-c’est quoi ce truc? c’est un sonia?*
-mais non espèce de perverse! c’est le hochet mon fils!!!
rends moi ça tout de suite!

*vous ne savez pas ce qu’est un sonia? allez voir de ma part le bon docteur caro, elle vous dira tout ;-)

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Puis, à un moment donné, la fille me regarde avec de grands yeux mouillés et me dit : “j’ai cette certitude foudroyante que je n’aurais jamais d’enfants. Je sais pas pourquoi, j’ai jamais essayé.”
Tu as bu, et tu es douée pour le drame, mais je te comprends, je lui ai répondu en regardant la ligne d’horizon.

Oui. À 30, en 2006, ta vie professionnelle commence tout juste à prendre bonne tournure. Tu es plus belle que jamais. Le monde est à toi. Sauf que.

Ta grand-mère, qui était déjà enceinte à l’âge ou ta petite soeur ouvrait son premier skyblog, prend son air le plus spectral et te dit : je ne serais pas en paix tant que tu n’auras pas fait d’enfant. Ta mère acquiesce.
Ton gynéco te dit : mademoiselle il va falloir penser à vous y mettre. À me mettre où? Cochon!
La société t’envoie des messages de manière subtile : procréer c’est maintenant ou jamais sinon tu accoucheras de gremlins.

Toi, tu n’as rien demandé, t’es juste bien, aucune horloge biologique n’est venue te sonner, à moins que ce qu’on appelle horloge biologique ce soit cette culpabilisation accablante que tu essaie tant bien que mal de juguler avec ton air désinvolte.

Mais finit par naître en toi cette sourde angoisse, qui se manifeste un matin au petit dèj’ :
“bon, mon coeur, on fait un enfant?”
Un bond en arrière plus tard, le café est parti se cacher sous la table, la tartine qui était sur le point d’être avalée s’est réfugiée dans tes cheveux (côté confiture, cela va sans dire).
“Tu veux rire? On a toute la vie devant nous! On est pas bien tous les deux?”
“Je suis une femme, et, procréativement parlant, dame nature n’a pas refait ses comptes depuis le moyen âge, tu te souviens, quand mourir à 40 ans c’était mourir vieux.
Donc, toute la vie, pour moi c’est maintenant. Je suis pile dans une fenêtre spacio-temporelle là tu vois? alors?”
“Bon, pourquoi pas.”

Stooooooop!!!! Comment ça pourquoi pas? Mais non! t’étais censé prendre tes jambes à ton cou, disparaître te soûler chez tes potes pour ne revenir que dûment protégé contre mes assauts reproductifs. Et moi, j’étais censée pouvoir pester contre ces hommes irresponsables et immatures, me lamenter dans les jupons de ma grand-mère, tout en me félicitant intérieurement de ce sursis de vie égoïste entièrement vouée au plaisir que tu m’accordais!

Écoute, tu sais quoi? Tiens, reprend ta tartine. Nature attendra.
De toutes façons, j’ai toujours été très artificielle comme fille.