
L’avantage d’avoir des parents jeunes, c’est qu’on les a, en quelque sorte, vus grandir.
Si aujourd’hui, il me reste des années 80 une idée vaguement amère, en gros, fric pas très chic, je pense pouvoir dire que ces gâtés de baby-boomers se sont bien amusés.
Et alors, ma mère, et son amie Martine, elles, se sont littéralement éclatées.
Nous vivions alors dans une demeure entièrement blanche, dedans-dehors, du sol au plafond, en passant par la cuisine et la télévision.
Ce radicalisme esthétique a vite fait de ma mère la star de la bande. Dois-je préciser que le but ultime de cette bande, c’était de s’éclater le plus possible dans la vie, en en mettant si possible, le plus plein la vue au plus de monde possible.
En dehors des immenses photos en noir et blanc de New-York, Mecque de tous les wannabe yuppies de l’époque, le panoplie exigeait alors :
- des épaulettes, bien entendu, même sous les tee-shirts*, envergure minimale 1m (Martin si tu m’entends)
- des Philip Morris bleues, (deux paquets par jour)
- des talons aiguille pour les femmes (vernis rouge sang laqué)
- ainsi qu’une Golf cabriolet, (vernie rouge sang laqué)
- des Ray-ban Wayfarer (ou des Drifters ah ah vous les aviez oubliées celles-là hein?)
- d’un pull sur les épaules pour les hommes (Pringle si ça vous intéresse)
- accompagné du regard conquérant , « jeune loup n° 265″
- et pour tous, un abonnement à la salle de muscu la plus chère du coin, d’une coupe de champagne et de sa petite soeur la paille argentée.
Ma mère ne pouvait s’en tenir là, et en plus de ses coups d’éclat professionnels, n’hésitait pas à enfoncer le clou en arborant une coupe de cheveux verticale, aussi noire que son canapé blanc, parfaitement coordonnée à sa robe Mugler, Montana ou Gaultier, celle avec les seins en cône, oui, c’est vrai, j’ai connu des moments étranges à la sortie du collège.
Elle faisait donc les quatre cent coups avec son amie Martine, et moi, je m’amusais bien. D’abord, parce que j’adorais et que j’adore toujours Martine. Qu’elles riaient du matin au soir, qu’elles organisaient de grandes fêtes à la maison, et puis que de temps en temps elles m’amenaient en boîte.
J’y suis d’ailleurs allée si jeune que je n’avais pas eu le temps de comprendre ce que le terme « en boîte », voulait dire. Donc, avant que je ne découvre ce monde irréel et clignotant, lorsque ma mère me disait : je vais en boîte, je l’imaginais rentrer avec Martine et ses amis dans une énorme boîte de chaussures noire (ben oui, boîte de nuit). Mais bon, j’ai toujours eu extrêmement confiance en ma mère, et donc cela ne m’avait pas inquiétée plus que ça.
J’y observais avec un regard étonné ces gens hilares, hurlant et gigotant dans des décors futuristes et clinquants, ou gréco-romains et clinquants, je rencontrais toutes sortes de phénomènes, adorables, et, sans le savoir, je me préparais des souvenirs doux et forts, et une complicité sans limite avec ma mère, la reine de la nuit, la superwoman de mon coeur.
——————-
* ma mère avait développé une technique « scratch » assez fascinante. Il s’agissait donc de coudre des scratchs à son tee-shirt pour pouvoir retirer les épaulettes quand elle voulait passer les portes pour le lavage. Malgré ce système sophistiqué, il arrivait que l’une d’entre elles se sauve et aille se scratcher à l’avenant, sur la veste ou dans les cheveux d’un ami…
——————
Vous pouvez retrouver les commentaires sur ce post sur mon ancien blog, ici.



Tags :




















[...] faut du temps pour comprendre les sous-couches de l’underground de la garde-robe de ma mère. À chaque fois que je pense que je l’ai définitivement pillée j’en ai fait le tour, [...]
Magnifique! la description des années ressemble trés bien à ce que j’ai connu avec mes parents. Eux aussi, ils étaient de jeunes parents mais pour couronner le tout, mon père faisait de la planche à voile en plus et il avait une bande de pote complétement branques.
[...] fashion intempestifs, à lâché avec malice : “La Moncler ma chérie ? Mais voyons, Martine me l’a empruntée il y a deux ans. La Moncler se balade sur la Côte d’azur ma chérie. [...]
[...] On aura beau s’accrocher à nos épaules menues tant qu’on voudra, j’ai bien l’impression que l’épaulette version 2000 est décidée à se faire sa place. Maman, si tu m’écoutes, l’heure de ta revanche a enfin sonné ! [...]
[...] viens d’années entières à traîner avec des skateurs et je viens aussi des années 80 de ma mère dont je vous parle souvent. Talons haut, épaules et rouge [...]
tu m’as prise en photo rue des archives samedi dernier (j’ai les cheuveux gris)j’adore les photos que tu as a prises de beth ditto qui est vraiment merveilleuse voila bonne continuation.a bientot peut etre au détour d’une rue du marais.
[...] Ma mère*** pense que c’est très bien et qu’il faut profiter de sa jeunesse pour faire tout ce qu’on veut. Elle m’explique qu’après un certain âge, ce qui est terrible c’est de devoir renoncer à un truc après l’autre. Genre, le moment où tu te dis que le monde peu bien se passer de voir tes bras. Il doit pas être évident celui-là. [...]
Salut, je cherche desesperement des wayfarer de vue sur Paris… Sais tu ou je peut en trouver? Merci d’avance, et bravo pour ton blog que je suis tout les jours êt pour ta robe, courage! on est avec toi :)
[...] Et ben j’ai vachement pensé à toi. Tu te rappelle, tes épaulettes ? Comme je me moquais devant ton manteau Mugler ? Et bien j’en ai vu partout. Franchement [...]
What a rich seam to dig memories and inspiration from…