Mon but dans la vie de mercredi, en prévision d’une soirée pleine de promesses, était de trouver un rouge à lèvres rouge éclatant.

Après m’être pris une giboulée verglaçante sur la tête, j’ai accosté chez Séphora, super belle : dégoulinante, le teint défait, l’air hagard de la fille qui s’est battue contre les éléments, essayant de protéger son sac haut de gamme avant sa santé même, car il y a des choses beaucoup plus importantes que le ridicule et la survie, c’est bien connu.

Arrimage immédiat d’une vendeuse à l’air avenant à qui je décide de confier mon avenir : je cherche un rouge. Sans bleu, sans orange, un rouge rouge, please.

Je me retrouve installée sur une sorte de promontoire ou tout le monde peut admirer mon inquiétant délabrement. La vendeuse, appelons-là Martha, observe mes lèvres avec un oeil inquisiteur.

“Il faut faire une gommach là”.
“Oui bon ok ça va ça va je sais, vous savez pas ce que je viens de vivre vous hein”.
“Pon. Je fais fou mettre une pase pougez pas”.
“Vous êtes italienne? J’adore l’Italie!”
“Non. Che fous conseille ça, ça, ça et ça. Che fous maquille pougez pas”
“Vous trouvez que ça va bien à mon teint?”
….
“Foilà : un gommach lèvres, une pase lèvres, un crayon contour des lèvres, un rouch à lèvres, et je fous conseille de prendre ce démaquillant lèvres. À bientôt.” Clin d’oeil.

Tu veux dire cent euros pour un rouge à lèvres c’est ça Martha?
Je lui retourne son clin d’oeil, et courageuse comme pas deux, je laisse tout sur le desk, et je me cache, sautant de rayon en rayon pour échapper à la surveillance de Martha, le phare de Séphora.

J’ai fini par trouver mon rouch en bas de chez moi, chez un Beauty Monop’ tout simple, pour un dixième du prix de celui avec la formule gommach.
Depuis, il fait beau sur mon visach!

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