Je viens du Sud, et dans le Sud, le soleil, la plage et l’Ambre Solaire sont une culture, une way of life, une religion.

Quand j’étais petite, chez moi, chacun avait son grand panier de plage, bien aligné, dans les startings blocs dès le mois de mars, on sait jamais. Avec un grand drap de bain, un grand paréo, une grande bouteille d’eau, un petit maillot et une petite bouteille d’huile à l’odeur entêtante.

Le soleil, c’était comme Kal Lagerfeld. On ne pouvait pas ne pas l’aimer. On ne s’en protégeait même pas et à partir du 3 avril on comparait le cramage intensif de nos peaux et les reflets blondis de nos cheveux avec délice. A l’époque, j’avais de très mauvaises fréquentations. Des filles qui se passaient des formules secrètes sous le paréo : pour mieux bronzer, la formule c’était huile d’olive + citron. Pour blondir ses cheveux, outre le Timoteï à la camomille, il y avait une espèce de décoction au citron, je vous raconte pas le concours de fritures à la vinaigrette sur la plage.

Si tu es dermato et que tu me lis, calme-toi. Ce billet a une issue des plus mélanomement correctes.

Parce qu’en fait, moi, je m’emmerdais à 200 à l’heure. Mes copines étaient complètement stupides, à pousser des petits “hi”, “hou” toute le journée.
En plus, j’aime pas ma peau quand elle est bronzée. Passés les premiers jours, la légère teinte abricot, l’éclosion de mes 2500 tâches de rousseur que j’aime et que j’adore, je la trouve épaissie, burinée, frisant le vulgaire.
Donc un jour j’ai rompu avec mes copines, qui ont poussé des petits “hi” et des “hou” de désespoir, et j’ai fait mes adieux à la scène plage.

Depuis, l’été, dans le Sud, on m’emmerde : “Mais qu’est ce qui t’arrive? T’as bouffé un savon? T’es toute blanche, ça va pas? Tu t’es prise pour Marilyn Manson? Tu va pas à la plage? T’es pas normale, ma fille.Tu veux l’adresse de mon psy?”.
But time is on my side, yes it is. L’été dernier, j’ai recroisé “hi” et “hou” et beaucoup de leurs voisines de drap de bain à une soirée sur la, je vous le donne en mille, plage.

Oui, ben je les ai pas reconnues. On aurait dit deux Magda de Mary à tout prix. Flétries, cramées, décaties, finies, même en paréo à l’apéro. Il ne leur manquait plus qu’un truc.

Ah mais nooooonnn tiens qu’est ce que c’est que ça? “Hi hi hi hou regarde Garance hou j’ai un nouveau petit chéri hi hi hi!!!” “Wow trop cool trop, Puffyyyyy!!!!”

La beach way of life c’est clair, ça peut coûter très, très cher.

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