Elle est venue passer deux jours chez moi. Ca faisait longtemps. Elle avait maigri.

Je lui avais fait un petit repas. Elle a semblé soulagée quand elle a vu qu’il y avait plein de légumes et a même mangé avec un relatif appétit. Elle m’a parlé de cette difficile année passée. M’a dit qu’elle n’arrivait plus trop a manger. Ou alors des légumes. Ou du chocolat. On a rit un peu de ça. Je ne suis pas du genre à dramatiser.

On est allées faire un peu de shopping. Ca faisait des mois qu’elle n’arrivait plus à s’acheter quoi que ce soit. Elle flottait dans ses vêtements. Elle voulait un jean gris, un peu slim. Quand elle est sortie de la cabine, j’ai été soulagée. Il lui restait quelques petites formes, elle qui avait été si pleine de vie.

Sauf qu’elle, elle s’est trouvée grosse. Elle regardait ses cuisses avec angoisse. Je lui ai dit arrête tes conneries, t’es super jolie. Disait qu’elle était énorme. J’ai même été énervée par ce que j’ai pris pour de la coquetterie pendant une demie seconde. Comme elle voulait vraiment de nouvelles fringues, elle a pris le jean.

Puis elle a absolument tenu à trouver un grand pull “pour s’habituer à porter un slim”. A fait quelques essais, puis est apparue avec un immense gilet qui lui arrivait jusqu’aux genoux. Elle trouvait ça super. C’était du L. Sur quelqu’un qui fait du XS, ça fait bizarre. C’est là que j’ai compris : elle voulait disparaître.

Je lui ai dit : ” Mais tu es anorexique! ”

Elle m’a dit oui. Elle m’a aussi dit que tout le monde la trouvait superbe comme ça. Et puis aussi que personne ne voulait la croire quand elle disait qu’elle avait des désordres alimentaires, que les filles croyaient juste qu’elle voulait être jolie. On a beaucoup parlé, je me suis sentie complètement inutile, totalement désemparée.

Et elle est repartie.

J’ai eu l’impression de comprendre tout le piège et la solitude de cette maladie. J’ai été infiniment triste. Mais je l’ai eue au téléphone hier. Elle voit un psy. Je crois qu’elle va mieux. Je l’embrasse.