Maquillage, univers plein de farces et d’attrapes. Tu crois avoir atteint un semblant de maturité lipstickesque, et tu te rends compte que non en fait, c’est juste ton rouge qui file. Tu penses que tu lances un regard envoûtant, et on te renvoie que t’as un truc dans l’oeil. Tu crois que t’as la paupière smoky en diable, et on te dit que tu ferais mieux d’arrêter de fumer.

Non, vraiment, c’est pire que le crime du démaquillant express, plein de faux-semblants :

Le mystère du crayon khol : le khol, ça, j’y aurais jamais cru. Truc de hippies, va te faire un tour chez Joan Baez, tu veux une pipe à eau, fais péter les yeux de lapin albinos, etc, je me dis. Sauf que je me fais maquiller par une pro (eh oui, encore, mais quelle vie ébouriffante n’est ce pas ?). Bref donc je me fais maquiller par une pro, qui a l’audace de pénétrer mon intimité oculaire, si je puis me permettre, elle met littéralement son crayon dans mon oeil. Légèrement offusquée, je rebiffe, mais j’aperçois mon reflet dans le miroir. Wow, je dis. J’ai l’oeil plus perçant que Diana la fille qui mange des souris dans V. Raboule le khol tout de suite ou je te croque.

Donc, je khol, khol, et re rekhol à longueur de soirées, hyper heureuse de ma trouvaille.

Sauf que j’ai jamais eu autant de “t’as un truc dans l’oeil” “attends, t’as quelque chose là”, de “viens ici que je t’arrange ” etc. Bref. Le khol, ça coule, et ça, ça me saoule.

Mais j’ai mieux :

Le sortilège du rouge qui file : Ah ! Le rouge, le rouge, le rouge. Pardon, mais j’aime tellement le rouge que je pense que je vais monter un fan club Nana Mouskouri comme ça on en parle plus. En attendant, j’ai testé la nouvelle nouveauté de chez Benefit, cette marque qui sous couvert d’être youpi girly nous refile des pots en carton MAIS qui fait du bon make up d’après mes copines qui roulent littéralement des yeux à la moindre sonorité en Béné ou en fit.

Bref, j’achète donc à Londres le rouge frenched, j’en profite pour me rengorger de ma french girlitude toutes les five minutes en me tartinant de ce rouge.

Puis un moment comme ça, je tombe sur un miroir dans un Starbucks. OMG ! WTF ! SOAB ! J’ai la bouche de Pamela Anderson ou quoi ? Woh ! Mais c’est pas au programme ! Je nage comme un pied moi ! Je me rapproche du miroir et je vois. Le rouge s’est répandu tout autour de mes lèvres comme un stylo-plume au fond d’un Dreyfuss, si vous voyez ce que je veux dire.

De loin on se dit wow, cette fille a une bouche de dingue. De près on se dit juste wow, cette fille est dingue. Fuyons. (Faisons comme son rouge, quoi. Fuyons.)

J’arrête ce billet dans ce moment de suspense insoutenable mais je vous préviens. Me reste encore à vous entretenir du coup du pinceau biseauté et de la mystérieuse disparition du vernis unicouche. Vous ne vous en sortirez pas comme ça.

Vous l’aurez deviné, ce texte dégoulinant de girlytude a été écrit sous l’emprise d’un truc pas fréquentable du tout qui commence par moji et qui finit par to. Je sais, c’est pas classe de vous faire ça. Mais le make up, c’est fait pour être belle. Être belle, c’est mieux pour sortir, et sortir, c’est mieux le soir. Et le soir, les filles comme moi, c’est pas fréquentable.

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Et sinon pour que votre rouge ne file pas vous faites quoi ? J’ai essayé de l’enchaîner avec différents subterfuges, de la poudre à la sous couche de baume en passant par l’intimidation, mais rien y fait : le frenched de Benefit ne pense qu’à se faire la belle. Salaud.