Je me souviens d’avoir frisé la crise d’apoplexie plusieurs fois dans la salle de bain de ma mère. Je ne sais pas où elle avait chopé ce truc, mais sa façon de se parfumer ressemblait plus à une douche à l’auto-bronzant (“surtout, n’oublier aucun recoin”) qu’à un rituel gracieux.

Soit. Son Aromatics Elixir est resté gravé dans la pierre de ma mémoire, et bien qu’elle ait changé de parfum depuis longtemps, je ne peux m’empêcher de regarder avec tendresse toutes les femmes qui le portent.

Elle expliquait sa générosité vaporisatrice comme ça :
“Écoute. Si je ne fais pas ça, dans une demi-heure, ça ne sent plus rien. Allez, zou, en voiture.”

Je ne sais pas par quel miracle j’ai échappé à la paralysie faciale : en voiture, l’Aromatics Elixir développait toute la force de la puissance du coeur de sa meule. Je me voyais donc réduite à ouvrir la fenêtre et à passer le voyage (la demi-heure d’évaporation en question donc) avec la tête à l’extérieur, tel un toutou content, les oreilles au vent. Après, ça allait. Elle sentait très bon et j’avais fait ami-ami avec le Captain Iglo.

Tout ça pour en venir à mon point du jour.

J’ai trouvé le parfum de ma vie.

Oh, je l’ai cherché celui-là. Mon odorat sensible a jeté plusieurs fois son dévolu sur des jus dont j’ai cru qu’ils seraient les bons.

Je sais pas, en parfum, j’ai ce truc d’éternité là. C’est con, mais c’est comme ça.

Je l’ai cherché. Je suis passée par le premier Comme des Garçons (quel bonheur ! Mais non), puis par la fameuse Eau D’issey (Quelle originalité ! Mais non.) puis par une rose de chez Lutens (Quelle snob ! Mais non.), par une rose éphémère de chez Agnès B (rappelez-moi de ne jamais tomber amoureuse de fragrances éphémères), remplacée par une rose ramenée du souk de Marrakech par une connaisseuse, (rappelez-lui de retourner au Maroc.)…
Et puis Petite chérie, puis Rush, Coco Mademoiselle, et puis Miss Dior…

Hum, ça chauffe. J’ai compris que j’aimais bien les parfums suaves.
Surtout, pas trop frais s’il vous plaît.

J’ai toujours été attirée par les parfums anciens. Et surtout leurs flacons. C’est pour ça que le jour où j’ai vu celui-là, je me suis arrêtée. Et j’ai immédiatement demandé un échantillon. Que j’ai gardé dans mon sac. J’ai commencé à prendre l’habitude de le sentir, juste un petit shoot comme ça. Et puis petit à petit, je n’ai plus pu m’en passer.

Et maintenant, je l’aime.
C’est une version allégée et modernisée du très capiteux jus créé en 53 par Estée Lauder. Tom Ford est derrière cette renaissance. Franchement, bravo. Maintenant arrête le porn chic please. On t’a dit que c’était fini.

Le seul problème, faut que je vous dise. Si j’ai fait un post sur mon parfum, c’est uniquement pour qu’on arrête de me demander quel est son nom.

Vous avez essayé de prononcer Youth Dew vous ? Ben essayez.
… Pardon, hein, quoi ? Pouvez répéter ?

Et promettez moi de bien réflechir le jour ou vous lancerez votre parfum.
À l’international je veux dire. Garance en a marre de répéter.

——————