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Ensemble inspiré par le défilé Viktor & Rolf FW 08

Ce n’est pas comme si on ne s’était pas posé des questions sur les tenues à adopter pour aller aux défilés, Géraldine et moi.

Vous dire qu’on s’est fait à peu près trois cafés “conseil de guerre”, cinq ou six rendez-vous “validation express” en magasin, et une petite dizaine de pré-présentations, c’est vous avouer à quel point on est pas du tout Lou Doillon dans l’âme, pas du tout je me réveille, je mets le jean de mon mec et je suis fabuleuse.

J’avoue.

Toute la complexité du contexte est d’allier un minimum de confort pour prendre des photos, avec un minimum de chic pour assister aux défilés sans qu’on nous dirige fissa vers le mur de photographes, certes impressionnant par son concentré d’objectifs, mais pas par son condensé d’élégance.

J’avoue. J’ai passé le show Stella au son assourdissant des clic clacs des photographes.

Tout ça pour avoir envie de s’enfoncer dans le sol quand on la voit passer, la Lou, dans toute sa sublimescente simplicité aérienne. Alors qu’on est accroupie à la Spiderman pour tenter de contrebalancer la hauteur de nos talons dont l’effet point de vue plongeant ferait passer Inès de la Fressange pour un basset artésien.

J’avoue. Un soir je suis rentrée, et j’ai eu le plaisir de découvrir 245 photos de bassets artésiens. Certes, c’était des bassets bien sapés. Mais je peux vous dire que le lendemain, j’étais bel et bien accroupie, au mépris de toute poursuite du chic photographique.

Bref. Tout est question d’équilibre, et on s’est démerdées comme on a pu. Mais c’est assez marrant de constater que chaque chose dans ce monde est bien en place, tient absolument à le rester, et à quel point la sape est un marqueur indéniable d’appartenance et d’identification.

La preuve en deux anecdotes, au vol devant les défilés.

#1 : Aux Tuileries, je prends des photos.

Arrivent vers moi deux rédactrices de mode, mortes de rire et manifestement d’excellente humeur. L’une d’entre elles porte un dégradé de gris à tomber à la renverse, je décide de la prendre en photo, elle accepte avec un grand sourire…

Jusqu’à ce que sa copine lui dise, en montrant ma veste.
“Oh, regarde ! Vous avez la même !”

Regard surpris. Regard hautain. Puis regard courroucé de la rédactrice :
“Pardon mais euuuh… Je dois y aller là. Tant pis pour la photo.”

#2 : Accoudée à un muret, je fume une cigarette.

En face de moi, un photographe tout ce qu’il y a de plus photographe. Pantalon multipoche noir, veste multipoche noire, mallette à roulette multipoche spécial matos noire, total confort. Il m’observe de bas en haut pendant 5 mn et devant mon sourcil levé finit par me lancer :

” Vous avez un 5D ? Mais c’est un appareil photo de professionnel !”

Déjà assez légèrement irritée par son examen minutieux de ma personne, je décide de le prendre à rebrousse-poil : je tire sur ma cigarette, dans la pose la plus langoureuse qui soit, et je lui jette d’une voix chaude et traînante :

“Mais dites-moi, qu’est ce qui vous fait penser que je ne suis pas une professionnelle ?”

Complètement décontenancé par la puissance spirituello-sexuelle de ma réplique, le photographe change de regard et me dit, limite apeuré :

“Mais… Vous n’avez pas le look !”
“Si être professionnel c’est être habillé comme vous, alors j’aime autant être amateur. Sur ce, bonsoir.”

Comment on appelle ce que j’ai fait là déjà ? De la perfidie de haut vol ? Un juste retour de manivelle ? Ou bien tout simplement l’éternelle et inexorable reproduction des schémas ?

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