Tout vient de chez Zara, excepté les chaussettes Isabel Marant, chacun son snobisme hein !

La rencontre de deux fashionistas à une intersection de la mode obéit aux codes suivants :

Approche : visage fermé, regardant au loin si rien ne vient se mettre en travers des 15cm de talons Christopher Kane.?Modasse dans le rétro : plissement des yeux, puis ravissement, puis haute exclamation :?« Oooooh ma chérie tu es là ? » (sous entendu : pourtant je pensais que tu avais été virée de chez B., ils t’invitent toujours aux défilés ?).

« Mais oui !!! Bien sur, enfin, cette fashion week j’ai décidé de le prendre cool, de profiter de Paris tu vois, de visiter les musées, ce genre de choses… » (sous-entendu : en fait je galère à mort pour avoir des invits depuis que je suis styliste free-lance) !?Départ, feu rouge : « Alors, tu as pensé quoi du show ? Époustouflant non ? Allez, bye bye ! »?Départ, feu vert : « Mais c’est subliiiiiiime ce truc ! ». Saisissant la veste, le pull, la jupe ou la chaussure de son interlocutrice. « C’est qui ? »

Le C’est qui ? est une marque de reconnaissance. Le C’est qui ? est le croisement des armes des chevaliers de la mode.?Le C’est qui ? a une telle importance sociologique qu’un copain total insider mais total naze en français est un jour venu me voir, désespéré : « But how do you say « Who is it ? » in French ? » Ben, you say « C’est qui ? ».

Bref donc. Si vous m’avez suivie, si vous allez à un défilé, et qu’on vous touche le corps en vous demandant C’est qui ? ne répondez pas « Ben c’est moi, c’est même mon sein droit là, tu veux un Prozac ou quoi ? ». Répondez c’est Marc. Ou c’est Stefano. Ou si vous êtes prises de court et que c’est juste Massimo, répondez : « That’s vintage. »

Faites pas comme moi. Moi qui, deux jours avant le début des défilés, ai eu l’impression de me vautrer dans le luxe parce qu’en bonne hystérique j’ai craqué trop d’argent chez Zara. Et acheté une pochette, des talons et deux trois bricoles destinées à me sauver de l’opprobre fashion.

Et qui, multi-adoubée et honteusement fière de l’être par une rédactrice mode avec un « Who is it ? » quotidien, sensuel, sonore et trébuchant, ai répondu, jour après jour : « Well… That’s Zara ! » au mépris de sa mine renfrognée.

Jusqu’à ce que le dernier jour, elle comprenne enfin : « Aaaaaaaw you mean Zeeeaaaawwaaa ! Oh my gaaaaaaaaawwwd !! I’ve never been there ! Je ne peux pas vivre un jour de plus sans connaîtwe cette chowse fabiouleuse ! Tomorrow, I’m on a Zara mission. I’ll wear my Balmain combat pants. »

Avec un grand clin d’oeil je vous rassure. La méconnaissance des basses sphères de ce monde n’a jamais empêché l’humour.

——————–