Nous étions mardi soir avec ma garde rapprochée dans un boudoir coloré, rempli de jolies filles et de créatures étranges, qui sentait la rose bubble gum à plein nez. Bien poudrée, la rose. Nous étions venues fêter Madame, le nouveau parfum de notre cher Gaultier, et vu comme je l’aime fort, ce Gaultier, j’étais plutôt bien lunée.

Je repère au milieu de cette foule une fille à l’actu plutôt intéressante, une crypto-célébrité comme notre époque sait en produire à la pelle. Une fille qui vient des États-Unis et d’Internet, qui est belle, bien sapée et qui a tellement gravement le vent en poupe qu’elle va bientôt devenir l’image du cool d’une marque gravement cool.

Le cool mord toujours la queue du cool, le monde est ainsi fait. Il révolutionne sur lui même.

Bref. Je la vois, quelque chose en elle me plaît. J’ai abandonné l’idée de faire des photos au bout de deux vodkas-framboise. Mais je me dis, tiens, si je dois faire une photo ce soir, c’est de cette fille là. Je dois vous dire aussi, une curiosité étrange m’anime.

Est-elle comme Cory Kennedy, autre phénomène internétique et plus délicieuse qu’une religieuse framboise ? Ou bien, en deux mots, est-ce qu’elle se la pète, un peu, maintenant ?

Et bien, n’y allons pas par quatre chemins : elle se la pète, grave.

Et c’est drôle, ça m’a fait me poser plein de questions. À partir de quel moment prend-on l’air fatigué quand des gens s’intéressent à vous ? À quel moment devient-on si plein de soi que l’on ne sourit que lorsqu’on entend le déclic d’un l’appareil photo ? Comment se fait-il que les gens les plus talentueux, les plus mondialement connus sont souvent les plus adorables ?

Si je ne vous dis pas qui est cette fille, c’est qu’on ne juge pas les gens en une seule rencontre.

On a toutes le droit d’être un peu connes, un soir. Ou même tout simplement fatiguée, tiens.

En tout cas moi je ne l’étais pas, fatiguée. Et je ne suis pas du genre à me prendre la tête pour si peu. Ça me fait plutôt rire, en fait. J’ai l’impression d’avoir le privilège d’observer une certaine société.

Et si vous nous aviez entendues sur le chemin du retour, Sex and the Cityiser avec mes copines, vous auriez compris qu’on ne s’était pas arrêtées à deux vodkas-framboise. Je faisais ma Samantha à mort. On avait même une vraie Charlotte pour faire “Ohhh, noooon. C’est pas vraaai !!! Avec le biiip dans le biip ? Noooon, vraiment, c’est pas possible !”.

Ah mais sans déconner, comment je me la pète !

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