Londres. J’adore cette façon de nouer le foulard et aussi la chemise fermée jusqu’en haut. Très original.

Je me souviens d’un jour de printemps. Je devais avoir 11 ans, je devais être en 6ème, et je devais en avoir marre que ma mère refuse obstinément de m’acheter toutes les choses qu’il fallait avoir pour « en être ». Je devais avoir protesté plus fort ce jour là, car elle avait finit par me dire : allez, viens, on va te trouver des vêtements.

Le fait qu’on se soit dirigées vers son dressing plutôt que vers la boutique Maximôm qui cristallisait à l’époque tous mes désirs avait dû me mettre la puce à l’oreille, car je me rappelle l’avoir suivie avec cette démarche caractéristique de l’ado en colère : les pieds en dedans, l’oeil baissé, les lèvres serrées.

Je me souviens aussi m’être très rapidement déridée lorsqu’elle a commencé son tour de magie. En l’espace de quelques secondes, sa chambre s’est transformée en un tableau magnifique. Les fringues volaient puis s’amoncellaient sur son lit ou au sol, et certaines atterrissaient miraculeusement sur moi. Telle chemise était nouée pour s’ajuster à mes épaules, telle ceinture faisait des merveilles, tel carré se transformait sous mes yeux en un magnifique top…

Paris. Plus classique, mais tout simplement adorable avec un foulard Dior.

Je me souviens d’un moment d’une complicité et d’une gaieté incroyables. Je me souviens aussi avoir fini par tout rejeter en bloc, tout à fait consciente que retourner au collège dans ma nouvelle tenue de lumière ne me vaudrait pas grand honneur.

Tout rejeté, sauf le petit foulard en soie qu’elle avait noué sur ma tête d’une manière si artistique que je n’osais plus bouger de peur de briser le charme.

Arrivée au collège, bien entendu, tout le monde s’est moqué de moi.

Mais j’ai tenu bon, et porté dignement mon foulard jusqu’à la fin de cette longue et pénible journée. Les cons !

Je trouvais déjà à l’époque qu’ils n’avaient rien compris, mais je n’étais pas très courageuse. J’ai donc fait comme tout le monde et noué le foulard autour de mon poignet.

Il représentait toutes les jolies choses que m’avait apprises ma mère cet après-midi de mai.

Voilà, les photos de Londres, c’est fini, mais tout ça c’était pour vous dire que je suis bien contente que cette mode revienne. Parce que ce foulard, je l’ai encore.

Foulard, réveille-toi mon vieux, notre revanche est arrivée ! Héhé !

Bonne journée !

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