Ce coup là, je ne m’y attendais pas du tout. Invitée pour la présentation du nouveau make-up artist de Lancôme, j’étais là, tranquille, en train de raconter ma vie comme toujours, quand arrivent Alice et Aaron. Ils ont quelque chose, ça se sent tout de suite. On me les présente.

Aaron c’est donc la nouvelle star du make up. Il me présente Alice, son assistante et sa muse, puis s’intéresse à moi. Pas un mot sur lui. Puis on me l’arrache. J’en profite pour prendre quelques photos d’Alice dont le style, l’humour et l’étrange et vénéneuse beauté me vont droit au coeur. On accroche assez vite, on déconne, on parle de photo, de Stephen Malkmus, notre héros, elle m’étrangle parce que j’ai vu Pavement en concert. Et on parle de New York, où elle vit quand elle ne parcourt pas le monde.

Alice porte un vrai bleu de travail, avec une veste et des bottes Westwood

Mais la conférence commence. En bonne mauvaise élève, j’arrive en retard, je me prépare à m’ennuyer sévère, j’envoie des oeillades à mes copines, limite je fais des avions et du papier mâché.

Puis Aaron commence à parler. Et là, je ne comprends pas ce qui m’arrive. Il m’émeut. Son humour, sa simplicité, son accent hyper bizarre, sa façon de parler de son boulot, de ses débuts, de ses héros, de Rei Kawakubo, de Slimane, de Kate Moss avec qui il bosse.

De ces gens en présence de qui, dit-il, l’existence vibre et les idées s’entrechoquent.

Je commence à l’écouter, bouche bée. Je sens ce truc indescriptible, ce petit souffle précieux qui vous cueille quand vous ne vous y attendez pas. Je sais pas, genre, l’inspiration.

À la fin du truc, j’ai complètement oublié qu’on est là pour parler de rouge à lèvres. Je vais le remercier comme j’aurais remercié Bob Dylan à la fin d’un concert, la fille à peine impressionnée. Je ne raconte plus du tout ma vie. Et je repars, enchantée.

Quelques jours après, je reçois un coup de fil de chez Lancôme. Aaron s’est intéressé à mon boulot. Il est venu faire un tour ici, il a aimé mes dessins. Il aimerait, si je suis d’accord, qu’on travaille ensemble.

Je ne vous parle pas souvent de mon boulot, mais je peux vous dire un truc. Même si on ne fait jamais rien avec Aaron, c’est pour des rencontres comme ça que je bosse. Tout le reste, c’est du bla bla.

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