Dans les temps irrémédiablement reculés de mon adolescence, dans mon île splendide et sauvage où, à 11ans, je m’ennuyais déjà ferme, où j’avais l’impression que la vie était ailleurs, où je regardais des cartes du monde en rêvant, Internet n’existait pas encore.

Ma seule fenêtre sur le monde, à l’époque, à part les voyages que j’ai fait assez vite et souvent seule, c’était la presse du centre ville. Celle qui avait la petite étagère “presse internationale”. Là, tous les mois, avec trois mois de retard, je retrouvais ma vie. Principalement The Face et iD.

Si je vous fait cet historique complet, c’est pour que vous imaginiez la fébrilité avec laquelle je courrais chez moi claquer la porte de ma chambre et m’enfermer pendant des heures pour lire et regarder les images. Grâce a ces pages, je respirais enfin. Je rencontrais des artistes, des gens différents, étonnants, un peu barge, des musiciens dont je n’écouterais jamais la musique, mais je sais pas, j’avais l’impression d’être chez moi.

Les heures d’après étaient passées à tenter d’imiter les tenues des séries mode avec les moyens du bord, c’est à dire des réinterprétations des vêtements de ma mère qui se souvient encore de quelques coups de ciseaux malheureux dans une veste Irié ” Mais c’est pour faire du Margiela ! Regarde, la photo, là !!!”

Bref. Vous avez compris, j’ai grandi comme ça, puis un jour je me suis barrée, et ça faudra que je vous raconte, parce que là franchement pour une intro, je crois que ça va.

Le truc, c’est que la presse mode, c’est un peu comme de la drogue. Il y a un moment où tu as ton fix, et puis après à chaque fois que tu rachète un mag tu espères y trouver la même extase.

Pfffff, si ça se passait comme ça, ça se saurait. Depuis des années donc, j’achète des mags en souvenir d’un bonheur lointain.

Et puis bon, cet été, j’ai eu un peu de temps, et j’en ai eu marre. J’ai décidé de tous les tester. J’ai aussi décidé de demander à chaque personne que je croisais, un peu fan de mode, sa revue préférée.

Le truc numéro 1 dont je me suis rendue compte, c’est que la presse, c’est la ruine. Je le savais, hein. Mais 40€ pour 3 magazines (dès qu’on touche à l’international, c’est entre 8 et 15€ le magazine, ce qui absolument : dingue) dont au final je n’aimerais que quelques pages, c’est un peu les boules, mais pas grave. J’étais en mission. Genre.

Le truc numéro 2, c’est que personne ne peut vraiment répondre à ma question. Si honnêtement, souvent, peut-être un peu parce que je suis française, on me cite le Vogue Paris. On en pense ce qu’on veut, mais ce magazine arrive à susciter une excitation et à faire parler de lui plus qu’aucun autre.

Souvent juste après arrive Lula. Puis ensuite ça part un peu dans tous les sens. Il y a le Jalouse, le Nylon, le Fantastic Man… Mais personne n’arrive à me citer le truc surexcitant, qu’on attend, qui cristallise son époque, qui bouscule la mode, qui amuse et stimule…

Personnellement, ça change tout le temps, mais en ce moment j’aime bien le Elle Anglais, avec les conseils mode de Chloé Sévigny et des éditos mode et shopping assez inspirants, et le Velvet qui est un supplément du Repubblica italien et dont l’esprit et la maquette me mettent en joie. En plus, ça m’oblige à lire l’italien. Il y en a d’autres, mais aucun ne me rend dingue. J’ai bien aimé le Zoo (merci Steph à Berlin) récemment, Amelia’s magazine, le dernier Bazaar anglais…

Je pourrais écrire un roman sur ce sujet. Vraiment, la presse me fascine. Il y a tellement de choses à dire, sur l’image de la femme, sur la pub, sur l’industrie de la mode… J’essaierais peut-être d’aborder ça prochainement, mais en attendant, j’aimerais savoir…

Si vous deviez choisir un magazine, ce serait lequel ? Pourquoi celui-là ? Et votre magazine idéal, il serait comment ?

Edit 9h06 : Oh, et je rajoute une question, non deux ! Est-ce qu’il y a des “plumes” que vous aimez retrouver au fil des publications ? Et des stylistes ? Bon, je vous laisse, j’arrête de vous épuiser… Bonne journée !!

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