Là, je suis sous la Manche. Le train me ramène à Paris. J’ai devant moi un thé et un muffin mûre-chocolat blanc, ce qui est absolument odieux me dirait ma mère, mais pour moi, les voyages sont une parenthèse où l’on peut enfin réfléchir sur le sens de la vie et aussi manger n’importe quoi. Les voyages, ça ne compte pas.

Londres-Paris en Eurostar, c’est trop court. Le muffin mûre-chocolat blanc, il n’y en a pas assez. Il est temps que j’arrête de voyager.

Autour de moi, 300 kgs de magazines. Parmi eux, le Vogue anglais, qui parle de la beauté. On Beauty, ça s’appelle. Un long et beau sujet tout en subjectivité, qui ne parvient pourtant pas un instant à mettre le doigt sur quoi que ce soit.

La beauté, c’est un déséquilibre. Ça ne s’explique pas.

Moi j’aime Lara Stone. J’aime la voir en photo. J’aime la voir s’avancer sur le podium, la démarche mal assurée, la poitrine en avant, détonnant de rondeurs parmi les longues tiges qui l’entourent. À chaque fois je me dis que cette fille est une vraie cata, qu’elle va tomber, qu’on va se rendre compte de l’imposture, et à chaque fois je n’attends qu’elle.

J’aime sa façon de ne rien dire quand je la prends en photo, de me faire des grimaces avec ses dents de travers et d’immenses sourires, de jouer avec son physique imparfait.

Mais Lara est mannequin, alors tout ça c’est trop facile et pas très concret. Le concret, je l’avais déjà effleuré ça et . Ce qui m’a marquée pendant ces fashion weeks, c’est de voir à quel point les filles qui bossent dans la mode savent se rendre belles.

Il y a une certaine pression, dans ce business. J’ai entendu parler de régimes express, de gardes-robes rétroplannées à la boucle d’oreille près, de visites en totale hystérie pré-défilé chez les copains créateurs…

C’est que c’est du boulot, tout ça. Dans la mode, on est un peu ce que l’on porte, et c’est finalement assez normal.

Mais du coup, moi ce que je retiens, c’est à quel point n’importe quelle fille, pour peu qu’elle ait quelques notions de l’alphabet du style, qu’elle sache jouer avec les codes et avec ses imperfections, peut devenir incroyable, désirable, iconesque.

C’est là que la mode joue son vrai rôle pour moi. Celui de mettre en valeur, d’ajouter une touche de glamour, d’humour et d’irréel.

Les filles de la mode l’ont bien compris. Il n’est pas rare de les voir jouer avec les mêmes codes et mettre en avant les mêmes atouts jour après jour, en variant autour du même thème.

Géraldine Saglio montre ses jambes, Kate Lanphear allonge sa silhouette avec de très hauts talons, Taylor Tomasi met en valeur ses attaches délicates en portant des tas d’accessoires (ah ah, mais qui est cette Taylor ? Réponse bientôt !).

Bon, et toutes ont des cheveux canons aussi : il semble que ce soit vraiment l’accessoire du moment, une bonne coupe et une bonne couleur.

Dans l’autre sens, je me souviens que l’une des plus belles, Romy, était loin d’avoir un corps de superwoman. De quoi on se souvient ? De ses cheveux tirés et de l’incroyable lumière de son visage.

Et c’est génial de voir à quel point ça marche. Il n’y a qu’à observer avec quelle ferveur chacune de leurs apparitions sont reprises sur le web. À quel point les voir toujours mises en valeur crée une mystique autour d’elles et les rend belles.

Je crois que sa beauté, on se l’invente, voilà. Et que plus on y croit, plus les autres y croient.

La prochaine fois je vous raconterais comment un homme peut vous rendre belle aussi, mais là j’ai déjà été trop longue et on est presque à Gare du Nord, j’ai vachement trop réfléchi à la philosophie transcendentale de la vie, fait un billet beaucoup trop long et mangé la dernière miette de mon muffin.

Je me demande ce que vous pensez de tout ça, de la beauté, de l’épanouissement, si vous vous trouvez belle, si vous avez l’impression d’avoir trouvé votre truc à vous, et si je le trouverais un jour, mon truc à moi. Bisou !

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PS1 : Non, mais je vous jure, J’AI MÊME PAS EU LE TEMPS D’ALLER CHEZ TOPSHOP !!! C’est peut-être un signe : le bleach ça doit pas être pour moi ?

PS2 : J’ai PAS EU LE TEMPS non plus de faire des dessins ces derniers temps, je préfère être chez moi pour dessiner donc ça complique un peu le truc, genre, dans l’Eurostar, c’est dur, mais pour ceux qui m’en demandent, d’abord merci, ça me fait très plaisir, et croyez-moi, des que j’ai une seconde, DESSIN ! Bisou !

PS3 : je sais, je pourrais commander chez TOPSHOP, je sais. Mais j’ai pas le truc, là. Je dois pas être assez démangée ? Ça doit être ça ! Re-bisous !

PS4 : Oui et pour répondre à la question que vous ne m’avez pas posée, je n’ai pas fini le livre de Zadie Smith, On Beauty. J’avais décidé de le lire en anglais, genre I believe que je parle couramment mais pas trop fait gaffe qu’il s’agissait d’un anglais bien particulier… Bref, je l’ai un peu mis de côté. Mais un jour, j’y arriverais ! Re-Re-RE-bisou !!!