Tenue inspirée du défilé Vuitton SS09

On le sait, souvent, une fille dans la mode est gâtée. C’est pas juste, je trouve, voilà. Moi aussi je veux aller cueillir des chaussures Rodarte toutes fraîches à la sortie du défilé. Bon, en même temps, les protos, le plus souvent, ça tient le temps du show. Après ça se délite, évidemment au moment où tu es en train d’arriver à une super soirée. Je le sais, ça m’est arrivé d’en acheter en soldes de presse. Je suis un enfant gâté. Avec un talon cassé et un sourire crispé, mais gâté.

Arrêtons donc de répandre de fausses rumeurs. La plupart du temps, si tu veux des cadeaux, le mieux que tu peux espérer, c’est que sur ton siège au moment où tu arrives à un défilé, il y ait un petit paquet rempli de surprises, une sorte de cornet de quand on était petits. Le goodie bag. Sauf que là faut pas l’ouvrir tout de suite.

T’es pas une môme, tu te tiens. De ta blasitude dépend ta crédibilité.

Venons-en au fait. J’arrive au défilé Christian Dior, absolument choquée du bonheur d’avoir un sitting, et après avoir malencontreusement écrasé 346 pieds et donc être officiellement la personne à abattre de la rangée, je trouve enfin mon siège, sur lequel, oh, miracle de l’amour, est posé un petit paquet, siglé CD.

À côté de moi, une rédactrice de mode relativement vachement connue ne me regarde pas avec un air furibond. Ne me regarde pas, je veux dire, son visage est tourné vers le catwalk. Mais mes yeux de chouette épervière voient étinceler son regard derrière ses lunettes noires.

La vache. Je sais pas pourquoi. Mais elle m’en veut.

Mon goodie sur les genoux, absolument pas concernée par ce qu’il y a dedans, en total fashion détachement credibility correct, je m’ennuie. Donc je fais la moue en compulsant mon Blackberry. Me demandez pas, c’est comme ça qu’il faut faire, c’est vernaculaire.

Ennui, moue, Blackberry.

T’es au défilé Dior ma vieille. Tu adoptes les comportements de la faune, sinon la RMRVC (redactrice de mode relativement vachement connue) va te bouffer toute crue.

Vu qu’elle ne t’a toujours pas lâchée du regard.

Je commence à être passablement terrorisée, et c’est le moment où mon cerveau reptilien choisit de m’envoyer un info que mon intelligence ratatinée par des années de psy avait décidé de balayer d’un coup de Jacques Salomé :

Mais non. Cette RMRVC ne peut pas être en train de convoiter le goodie bag qui se trouve sur le siège resté vacant entre nous. Non. Non. On est chic ici, ou du moins on essaye d’en avoir l’air, on se tient, j’ai même pas regardé ce qu’il y avait à l’intérieur du goodie.

Cerveau reptilien, ta gueule, sinon je te transforme en maroquinerie Gucci SS09. Fais gaffe. Le python est dangereusement à la mode. Tu pourrais le regretter.

Mais toujours étincelle le regard métallique de la RMRVC, rivé sur moi derrière ses lunettes noir ébène. Terreur, plus du tout passable.

Puis n’étincelle plus du tout, vu que les lumières s’éteignent. Mon heure est proche, je vais mourir à un défilé Dior.

Attendez… Hey, ça me va en fait !

Bref. Les lumières s’éteignent, le défilé va commencer. Plus personne ne viendra prendre place entre nous. Pendant quelques secondes tout est noir, quelques secondes d’éternité ou je ne sais pas bien si je suis encore en vie, d’autant plus que je vois une lumière blanche au fond du tunnel. Des voix s’élèvent…

Ah non, je suis pas morte ! C’est juste le show qui commence !!!

À côté, c’est la haute tension. La RMRVC me regarde, et soudain, plus supersonique qu’un crocodile sur sa proie, attrape son it-bag oversize et le plante sur le goodie bag abandonné.

Puis déchausse ses lunettes et me lance un sourire triomphant.

Stupéfaite, choquée, j’explose de rire. En fait, depuis le début, c’était la guerre psychologique du goodie et je le savais même pas !!! Elle est contente ! Elle a gagné ! J’ai envie de lui giver un five pour la féliciter mais non.

Elle plisse les lèvres, lève le nez et se concentre sur le défilé.

Soudain de très bonne humeur, je me plonge avec délice dans l’énergie du show. Aaaaaah. C’est beau.

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