Petite, je voulais être Martine. Je voulais être aussi gracieuse, immuablement parfaite, gentille et avoir une maman qui me fasse des gâteaux.

Que voulez-vous. La mienne était dans la rue à brûler ses soutien-gorge. Je passais des heures à lire et à relire les albums en frottant mes joues sur ces images sucre d’orge. C’est comme ça que j’ai commencé à dessiner.

Puis cette pimbêche de Martine m’a saoulée avec son Patapouf. C’est alors que j’ai découvert le Club des 5. Je me suis immédiatement identifiée à Claudine, le garçon manqué de la bande, courageuse, frondeuse et désobéissante. Si j’avais eu un chien, je l’aurais appelé Dag’ : j’étais super fascinée.

C’est en m’amusant à déchiffrer ses histoires que j’ai appris à lire avant même d’aller à l’école.

Après j’ai voulu être Marine. Marine, vous ne la connaissez pas, c’était ma voisine et elle a quatre ans de plus que moi. Cette fille est la grâce et le rock’n roll incarné. Son grand âge lui donnait le privilège de tout vivre avant moi et elle adorait me raconter. Je l’observais et j’appliquais. Voilà comment j’ai commencé allumé ma première cigarette.

Bien sûr, c’était entre moi et moi-même, ce truc d’identification. Je n’en parlais à personne, je trouvais ça hyper honteux et je me disais qu’un jour ça me passerait.

Mais ça n’a cessé de continuer. Ma vie est peuplée de héros et d’héroïnes, de figures mentales idéales et de modèles.

Il y a des modèles stables et absolus, du type Françoise Sagan, ou plutôt l’idée que je m’en fais, et puis quelques places jamais définitivement attribuées : mes icônes de style changent perpétuellement par exemple.

Je vous raconte même pas à l’adolescence la rave party identificatoire. Vraiment, je me cherchais. Je pouvais passer de Kurt Cobain (Oui, quoi ? Pas obligé que ce soit des filles !!) à Helena Christensen (bah, c’était la mode des top-models, que voulez-vous) en passant par Simone de Beauvoir en trente secondes.

Il y a deux jours, j’ai reçu un mail d’une lectrice (hello Muriel !) qui me disait avec humour qu’elle avait maté Gossip Girl et que ça n’allait pas du tout, qu’elle ne s’identifiait à personne et que du coup ça le faisait pas.

Ça m’a fait sourire autant de franchise, et j’ai eu envie de lui répondre : mais enfin, voyons, et l’incarnation du cool, Serena ?

Mais ça m’a surtout permis de me rendre compte qu’on est toutes un peu pareilles, que ça n’a rien de honteux, de projeter sur quelqu’un toutes les choses que l’on voudrait être.

Ça nous permet de les identifier, de les reconnaître et de tendre vers elles.

Ça aide souvent aussi à comprendre un peu mieux cette expression abrupte du désir, la jalousie. La sienne et celle des autres.

Ça permet aussi de sentir à quel point on est humain. Parce qu’on foire toujours quand on veut s’approcher d’un idéal. Mais sur le chemin, on se rencontre soi-même.

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