I prefer to have my hands in my pocket than to have a nice little bag. So I am not good for all these fashions. They have to sell bags, bags, bags, bags, bags, bags. I hate handbags. Carine Roitfeld dans une itw pour le Telegraph.

Carine, t’as trop raison. C’est nul les sacs. C’est lourd, c’est moche, ça casse la silhouette et ça fait des plis à l’épaule. Moi, je pense pareil. À tel point que je me suis fait un Vis ma Vie de Carine Roitfeld, pas plus tard qu’hier. Appelez-moi Carine.

Ça a commencé par un regard dédaigneux lancé à mon it-bag de la saison dernière, que j’aime et que j’adore mais qui a eu raison de moi. Il est tellement bien foutu ce sac que je l’ai tout le temps, tous les jours, chaque seconde depuis mon fébrile achat paliatif.

J’ai eu envie de changer. Et j’ai décidé que si mieux que ça, il n’y avait pas, bah j’avais qu’à attraper mon tote bag [Ces fameux sacs en tissus dont on nous abreuve depuis quelques saisons...] Obedient Sons & Daughters, trop sur la pointe la plus acérée de la fashion. Je suis sortie avec et, promis juré, je me suis sentie hyper archi vachement plus cool qu’avec mon sac griffé de femme qui a des trucs à prouver.

C’était bien. Même quand je mettais quatre heures à trouver mon téléphone au fond et que tout le contenu finissait par s’effondrer par terre parce qu’un sac en tissu ça n’a aucune tenue. C’était bien.

Vu comme je suis jusqu’au boutiste du cool, j’ai donc décidé de passer au stade au-dessus et de sortir SANS SAC. Carine, quoi, Carine.

C’était hier. J’ai commencé par faire un état des lieux de mon bordel organisé. Viré tous les gris-gris de mon porte-clés, décidé que je ne porterais pas mes lunettes, que je ne ferais pas de retouche make-up, que je ne me moucherais pas, que… Remplacé le porte-monnaie boursouflé par des milliards de trucs inutiles par… rien. Bref. Je suis sortie avec dans les poches, mon téléphone, ma CB et mes clés.

Et là les filles vous allez me comprendre, dans la rue, j’ai eu l’impression d’être nue. Mais bien. Si. Légère comme une plume, les bras libres, je me sens comme une enfant. Je sautille comme une débile, tiens.

Puis je me rappelle que je suis Carine, je relève la tête, j’avance droit sur mes talons et je lance un majestueux sourire à la terrasse de café en bas de chez moi. Bon. Il n’y a personne, il fait trop froid, mais un pigeon me fait le V de la victoire : on a des ailes, lui et moi.

Je suis heureuse et libre. Une femme moderne et sans attaches. Wow moi.

Sauf que j’ai oublié mes tickets de métro. Merde. Bon, j’en achète. Ah. Pas de monnaie. Pas de carte pour un ticket. Bon, je prends un carnet. Métro, liberté, bonheur. Je sors du métro, il pleut. D’habitude, j’ai toujours un parapluie sur moi. Je connais Paris moi. Sauf que là, non. Ok. Je retire de l’argent, j’achète un parapluie.

Oh, tiens, ma poche vibre, on m’appelle. Je tire mon téléphone, tous mes tickets de métro et toute ma monnaie vont s’écraser par terre, dans l’eau, j’ai mon parapluie à la main, je ne sais même pas encore qui au bout du fil, mais la personne se demande pourquoi c’est Beth Ditto qui a répondu et pourquoi elle est en colère.

Voilà. Je vis l’enfer et je ne suis pas sortie depuis cinq minutes. Je ne vous raconte pas l’aprèm entier, vous avez compris : il me manque TOUT, mon agenda, mes chewing-gums, mes… TOUT ! Ma vie, quoi, MA VIE !

Je finis par rentrer à la maison avec un sac plastique rempli de trucs, totale dans la mouvance grunge canal historique, absolument plus Carine, mais alors du tout.

Les amis. Une femme moderne ne peut pas ne pas avoir de sac.

Carine, dans la vie la vraie en fait, mais tu fais comment ?