Elle essayait déjà les chaussures à talons de maman quand j’en étais encore en train de jouer à GI Joe.

Ma soeur et moi, on a toujours été très différentes. J’ai à peine l’impression de commencer à trouver mon style, elle vers 12 ans elle savait déjà ce qu’elle voulait. De belles matières, des talons hauts, des bijoux précieux. Elle n’a jamais hésité à y mettre le prix, et à bosser pour. Même très jeune.

Vous imaginez combien elle nous énervait, moi, mon esprit révolutionnaire, mon jean baggy et mes Converse élimées. J’étais encore une ado mal réveillée, elle c’était déjà une femme qui portait ‘Féminité du Bois’ de Shiseido.

D’autant plus que Laetitia, malgré son mètre 80… Ben c’est ma petite soeur.

Comme toutes les soeurs, on s’est donc bien explosé les cordes vocales lors d’engueulades-courses poursuites à travers la maison dont à peu près toute la famille se souvient. Ça n’a pas toujours été parfait entre nous. Mais on s’est beaucoup marrées.

Oui. Il serait facile de s’imaginer le contraire, elle est tellement sophistiquée…

Mais c’est la fille la plus drôle que je connaisse.

C’est ça le truc avec une soeur. On a beau être le jour et la nuit, on parle le même langage. En un mot on se comprend. Et au fil du temps, alors qu’on s’apaisait, que je trouvais le chemin de ma féminité, que nos vies prenaient forme, on est devenues les meilleures amies du monde.

Mais je suis toujours la même. Quand elle m’a dit qu’elle venait passer le week-end à Paris, j’ai sauté au plafond de bonheur, rangé mon appart pour pas qu’elle tourne les talons en voyant que je ne classais pas mes chaussures par ordre alphabétique, et attendu en comptant les secondes son arrivée à l’aéroport.

Et puis ensuite j’ai passé mon week-end à lui grimper dessus, à lui dire comme je l’aime, comme je la trouve belle, fantastique, drôle et intelligente. On a fait les soldes. Elle a acheté des Tod’s, moi des Margiela. Elle a voulu aller déjeuner au Lutetia, je lui ai dit qu’au Sauvignon en face ça irait très bien comme ça. J’ai voulu rentrer en métro, elle m’a poussée dans un taxi.

Je me suis assise dans le taxi et pendant quelques minutes j’ai regardé ce beau visage que j’aime et que j’admire tant.

Et je sais qu’elle m’aime et m’admire tout autant… C’est ma mère qui me l’a dit. Merci, maman.