Ça me prend tellement de temps de choisir les chaussures que je vais mettre, le matin, que je préfère zapper l’étape make up plutôt que d’arriver en retard à mes rendez-vous. C’est bien un truc de modasse irrécupérable, ça. Les pieds avant la tête. Ah bravo.

Pour moi, depuis mes 20 ans, ma mission visage est parfaitement remplie quand j’ai appliqué ma crème de jour et mon contour des yeux. Le reste, c’est du temps, donc c’est du luxe.

En plus de déteste me mettre du fond de teint sur les doigts. Baah. Dég.

J’ai donc résisté loooooooooongtemps au fond de teint.

Je me berçais d’illusions, m’inventant qu’un simple coup de poudre minérale sur le visage faisait le truc, et souriant à la vie dans la totale inconscience de La Vérité.

Sauf que La Vérité, je l’ai croisée au détour d’un miroir, dans la lumière blafarde du métro parisien. Je ne sais pas quel est le saligaud qui a placé un miroir là, mais vu ma tête d’endive déterrée, j’ai immédiatement compris pourquoi certaines préféraient prendre le taxi.

Pour résumer, vu ma tronche, je me suis dit qu’un arrêt à Havre-Caumartin ne serait pas du luxe.

j’ai donc pénétré l’enceinte du Printemps de la Beauté, hautement chaussée mais honteusement étrangère à cet univers odorant, et j’ai été surprise de voir que quelques innovations avaient été faites depuis 1896, date de ma dernière sortie en terrain cosmétique.

Enfin ! Les labos avaient pensé à moi. Bien sûr, moi ! Qu’à moi, pourquoi ?! C’est comme avec Gad Elmaleh. C’est à moi qu’il parle à travers ses sketchs. Désolée de vous le dire les filles. Mais c’est comme ça. On est en Bluetooth lui et moi.

Les cosmétologues ont donc pensé à moi, à mon éventuelle rencontre avec Gad, à qui, même s’il ne doit plus prendre le métro depuis longtemps, je n’ai pas envie de faire peur avec mon teint d’endive décédée.

Et ils ont créé les fonds de teint avec pinceau intégré. On s’en met plus sur les doigts.

Ouais, je sais, encore un truc pour nous faire acheter. Ouais, je sais, c’est un gadget. Ouaaaaaaaais, je sais, si on déteste s’en mettre sur les doigs, on peut acheter son fond de teint préféré et le mettre avec un pinceau. Oui, je sais. Et en plus je l’ai choisi chez By Terry, juste parce que le flacon est en métal mauve et qu’il en jette.

Mais quoi.

Je redécouvre les joies du fond de teint. Bien appliqué, il n’y a pas plus discret, plus lumineux, plus unifiant. Avec un poil d’anticernes, ma peau devient une toile soyeuse sur laquelle je rajoute un peu de blush, de l’ombre à paupière avec plaisir.

Fond de teint, tu es imbattable. Aucune poudre, aucune crème teintée de t’arrive à la cheville. Je me rends.

Parce que le jour ou je croise Gad, même si je suis absolument convaincue qu’il aura l’intelligence de d’abord regarder mes chaussures, j’ose espérer qu’il lèvera ensuite les yeux vers mon visage. Et vu le clin d’oeil hyper irrespectueux que je compte lui envoyer, j’ai intérêt à avoir un teint irréprochable.