Ce que j’aime par-dessus tout, c’est le changement. Et ce qui se passe en ce moment dans la mode est assez fascinant, de ce point de vue.

Samedi, premier jour de fashion week londonienne, une copine décide de s’amuser un peu et de d’emmener promener ses toutes nouvelles Vuitton qu’elle n’a jamais mises. Les souliers sont sublimes. Leur beauté crée l’émoi, toute la fashion crowd a les yeux rivés sur ses pieds.

Je vous avais raconté que déjà à New York on sentait que les it-bags, les it-shoes étaient out. Que la nouvelle tendance c’était un look plus cool, gris, noir, genre, la mode ne me la fait plus. J’avais regardé ça avec curiosité. Un peu triste car j’aime le théâtre de la mode jusque dans ses extrêmes, mais aussi rassérénée. Car c’est vrai que les dernières années avaient poussé l’exagération un peu loin.

Dimanche matin, je débarque à Londres, et j’ouvre le Daily, un petit quotidien qui sort les jours de fashion week et qui recense tous les faits et gestes de la mode.

Dedans, un papier sur les fameuses chaussures. Je vous résume, on y disait à quel point c’était une erreur ['utterly wrong'], un crime de porter de telles chaussures, sous entendu, dans la période dans laquelle on vit. Que maintenant, le top, c’est no-heels, jeans, Converse et parka pour aller aux shows. Ils appellent ça la ‘new humility’.

J’ai complètement halluciné. C’est quoi ce truc ? Cette hypocrisie ? Ce retournement soudain ? Sur-exagéré ? Vous y comprenez quelque chose vous ?

Moi j’adore que la mode change, s’adapte, que l’on essaie de remettre tout à plat, qu’on dise stop au shopping éffréné, qu’on ressorte ses “vieilleries” d’il y a six mois. Pourquoi pas, si ça répond à un feeling. Si ça casse le rythme des tendances jetables. Des imitations pourries, des looks dupliqués à l’infini.

D’ailleurs si vous vous demandez pourquoi je vous fais un flash spécial Erin O’Connor aujourd’hui, et bien c’est parce que cette fille, en plus d’être super drôle et sublime, réunit tout ce que j’aimerais voir plus dans les mois à venir. Un style hors mode, sans tendance identifiable, sans marque reconnaissable, plein d’énergie, de mélanges, de couleurs… Simple et perso.

Mais si demain l’envie lui prenait de porter des chaussures hors de prix, des talons vertigineux, une tenue outrageuse, d’être au top de la crête de la tendance à en faire stratifier de rage Victoria Beckham [qui soit dit en passant, est en train de se racheter une crédibilité fashion en osant porter 2 FOIS le même sac. Ah ouais non mais vraiment, les temps changent, la 'new humility' frappe fort]… Je serais la première à admirer. À rêver et à applaudir. J’aime la simplicité, et j’aime aussi les excès. Leur beauté.

Cultiver l’humilité revient à cultiver l’hypocrisie. L’humble n’a pas conscience de son humilité. C’est pas moi qui le dit, c’est Gandhi.

Ah, je vous avais prévenu qu’aujourd’hui on allait non-tendancer et philosopher comme des malades. Héhé. Bonne journée !