J’ai commandé un grand chocolat chaud aux café des Tuileries hier matin, et j’ai regardé les gens courir dans tous les sens pour s’abriter de la pluie. La pluie parisienne, ça me rend gaie. Ça purifie l’air, ça fait courir les gens, et ça cache souvent un grand soleil.

Je regardais les filles sortir du show Lagerfeld exploser de rire en enfonçant leur talons dans la boue. Les joggeurs du dimanche continuer l’air de rien. Les photographes protéger leur matériel avec des astuces de fortune pour continuer à shooter les deux trois starlettes qui avaient fait l’effort de se réveiller pour Karl.

À côté de nous, que des gens de la mode, venus s’abriter là un peu comme sur un radeau. Des caméras, des flashs, des appareils photo, tous au repos pour quelques minutes avant de repartir vers les prochains shows. Plein de brushings foirés et de robes froissés, des tas de rires.

On a beau essayer de tourner autour du pot, cette fashion week est différente. On y ressent une lassitude amusée, comme si la crise permettait enfin de se détendre et d’arrêter deux secondes de jouer le jeu. On s’habille moins, on sourit plus. On redescend, un tout petit peu, sur terre.

Et tant mieux après tout, parce que les filles de la mode, on ne leur a pas demandé leur avis. L’une d’entre elles, qui ne peut mettre un pied dans un défilé sans être assaillie par une horde de photographes, me disait la dernière fois la pression infernale que ça créait au bout d’un moment. Franchement ? Je comprends.

Cette grande respiration que prend la mode semble reposer tout le monde, et si les photographes se pressent de plus en plus à l’entrée des défilés pour attraper de nouveaux looks et noter fébrilement les marques du moindre bout de tissus (jusqu’aux chaussettes, faut le faire quand même) que portent les filles, on sent ces dernières beaucoup plus détendues de porter des vêtements qu’elles avaient déjà la saison dernière. Enfin.

C’est d’ailleurs en prennant une photo d’une jolie people, absolument ravie de poser, autant de temps que je voulais, et que le voulait la horde de 365756 photographes à mes côtés, congelée dans le vent glacial en robe d’été, en Dior des pieds jusqu’à la tête au défilé Dior et qui me dit bien que tout est Dior que je me suis dit bon. Ça va deux secondes les conneries. C’est bien joli, mais qu’est ce que je fous là moi ?

Comme la pluie hier matin, la crise fait du bien. On remet les choses en perspective et on réapprend à regarder. Et je le ressens à Paris plus qu’ailleurs parce que c’est ici que j’ai vu mes premiers défilés, que je peux comparer la folie bling bling d’il y a quelques saisons avec l’esprit détendu d’aujourd’hui.

Les nuages ont finit par se disperser. Ils ont laissé la place à un grand soleil.