Donc voilà New York. Comme un grand bateau. Tu montes, tu descends, downtown, uptown, up, down, toujours à la vitesse de la lumière. C’est comme s’il n’y avait pas de demi mesure. Ils sont loin les cieux gris de Paris. Ici c’est blanc, ou c’est noir. Il pleut des cordes ou il fait grand soleil.

Je marchais donc sur la 8th Avenue, lentement, comme écrasée par la ville. Une tristesse venue je ne sais d’où m’étreignait. J’avais une blind date amicale, un concept très local, le genre de truc un peu angoissant que d’habitude j’annule à la dernière minute, par lâcheté.

Ce coup là, j’avais décidé d’y aller.

Arrivée a destination, j’ai eu un mal fou à trouver. Un endroit caché. Un nom sur une porte, à peine visible. Un escalier, l’impression de descendre dans les entrailles de la ville. Brrr.

Voilà comment j’ai posé ma mélancolie dans un speakeasy, et voilà comment j’ai vu mon nouvel ami que je ne connaissais pas arriver.

Un quart d’heure après, on était morts de rire à parler de milliards de trucs en buvant des cocktails au concombre et en écoutant du jazz. On a parlé de mode aussi. On a parlé de rêves, on a parlé de voyages, et on a beaucoup parlé de la personne qui nous avait réunis. On a trouvé qu’en fait c’était vachement bien les blind dates amicales. J’en ferais plus souvent.

Tous ceux qui vivent à New York City disent la même chose. C’est une ville dure, qui t’attrappe, te jette, t’étreins et t’épuise. Beaucoup y ont passé leurs premières années à pleurer.

Mais la plupart ne pourraient plus en partir. L’énergie y est trop entêtante, les fêtes trop folles, le travail trop dur. Et les rêves n’y ont aucune mesure.

Je me demande si un jour la ville m’adoptera. J’essaie de faire avec elle comme avec un enfant. Je ne lui demande pas de m’aimer, je ne lui demande pas de m’accueillir, je ne lui demande pas d’être belle, je ne lui demande pas d’être douce. J’essaie de ne rien lui demander. Quand ça lui chantera, elle viendra jouer avec moi.