Le jour de l’inauguration du premier TopShop new-yorkais sur Broadway, une drôle de coïncidence a voulu que je sois dans le coin dès 8h du matin pour travailler.

J’ai donc été aux premières loges pour voir se former une agrégation de fashion kids à l’hystérie très flegmatique, portant des tee-shirts Black Sabbath, rebel, Never look Back, et motherf***er, rangés bien sagement les uns derrières les autres en attendant leur tour pour passer à la moulinette du mass shopping.

Oh oui. Ça m’a rendue très snob, cette histoire.

“Non mais vraiment. Je ne comprendrais jamais des gens capables de faire la queue pendant 4h juste pour aller acheter des fringues”, je disais le sourcil levé.

“No way, me dit Zoe. En plus, on va toutes porter les mêmes choses pendant deux mois, c’est nul. Ça avait fait ça avec l’ouverture d’H&M. Au bout douze filles que tu voyais passer avec la même veste jaune moutarde que toi, ben… Tu souriais moutarde, quoi.”

“Ouais. Nul. Moi j’habite Paris donc euuuh. Mais vraiment, nul.

Peu après, samedi matin, j’avais enfin réussi à dégager trois heures de mon temps. Je voulais flâner, me caler dans ma librairie-café préférée, prendre des photos, écrire sur mon cahier avec un air inspiré de fille intelligente, et réfléchir… Tiens, je sais pas moi… À la société de consommation ?

Et puis aussi, je voulais une paire de chaussures. Ouais je sais je sais. Y a comme un schisme dans l’idéal trotskiste de ma matinée. Mais j’ai pas dit que je m’appelais Gandhi, oh.

Et pour les chaussures, TopShop, c’est top.

Donc voilà. Je me dis allez, je suis à deux pas, je vais y faire un tour. Bon, bien sûr, si il y a la queue, même pas j’y mets un pied, hein. Chuis pas aliénée par la mode. Moi. Non mais.

J’arrive devant, et là, un petit attroupement devant le magasin, rien de bien méchant. Je décide d’attendre. Je rationalise en me racontant que je vais juste voir les chaussures, et que donc, pas de cabines d’essayages. Dans 15mn je suis dehors à lire des livres de sociologie avec mes nouvelles chaussures chics, pas chères, et introuvables à Paris.

Ok j’arrête.

Vous avez très bien compris.

Voilà comment je me suis retrouvée, TROIS HEURES après, les bras chargés de fringues, suant dans les cabines après y avoir fait la queue pendant QUARANTE CINQ MINUTES, oui mesdames et messieurs, QUARANTE CINQ MINUTES, perdue dans des mathématiques fashion honteuses pour décider si je devais prendre la jupe en plumes ET la jupe en soie ET le leggings à sequins, parce qu’en plus TopShop, il veulent nous faire croire des choses, mais en fait c’est PAS DONNÉ DU TOUT, sans aucune paire de chaussures à l’horizon parce que toutes faisaient cheap SAUF celles dans lesquelles il n’y avait plus ma taille… ET déjà en retard pour mon déj de 13h ET ayant jeté aux orties tout rêve de caffe latte avec air pensif intégré dans ma librairie préférée.

On est bien peu de choses, et ma jupe en plumes roses, me l’a dit samedi matin…