Je suis dans l’avion. J’ai l’impression que depuis des heures le crépuscule s’étire, comme si on trompait la course du soleil.

Pour mon dernier jour en Australie, j’ai eu envie de revoir Jade. Je lui ai proposé qu’on se retrouve chez Tusk, vu que je suis parfaitement capable de tomber amoureuse d’un papier peint couleurs coucher du soleil.

C’était le matin de ce jour sans fin que je suis en train de vivre. À l’heure qu’il est j’arrive à Singapour, et ne me demandez même pas quel jour on est, je suis complètement perdue devant mon 18ème Earl Grey. C’est pas mal en fait comme sensation.

L’Australie me manque déjà.

C’est bon la distance. Ça permet de prendre congé. Les longues heures passées dans un avion sont comme une alcôve secrète où, seul, déconnecté, on peut regarder la réalité s’éloigner. Dire au revoir, collecter ses souvenirs, rembobiner  ses émotions, et enfin les enrouler très serré, pour pouvoir les garder disponibles, vivantes, au plus près de soi.