C’est sûr aussi qu’arriver à trouver une robe de rêve, des escarpins parfaits, la veste en jean idéale, et vivre un micro-miracle de la dernière minute, c’est à dire une copine styliste avec une pochette panthère Louboutin et des bracelets Vuitton en bois vernis en surplus, c’était quand même vachement la classe.

Ouais. Tout ça pour coller un appareil photo dessus. C’est pas très malin.

J’étais donc dans la suite gigantesque du New York Palace à me balader en shootant tout ce qui me passait sous le nez, quand sort de la 4ème salle de bains une créature de rêve, dans une robe de rêve, avec un sourire en émail diamant massif de publicité. Je lui dis hello.

Elle me regarde avec de grands yeux, me répond hello, ne sait pas comment s’adresser à moi, cherche un indice de position sociale avec son oeil bionique, ne voit pas la pochette Loubout’ qui est restée au salon, trouve que ma veste en jean n’est pas très officielle – ce qui est tout à fait vrai, c’est une Zara, et passe beaucoup trop rapidement sur mon décolleté en daim massif car son inspection est arrêtée par un indicateur flagrant : mon appareil photo.

Enfin rassurée sur la place des choses dans le monde, elle pose sa main laquée O.P.I NLG1O It’s all greek to me sur mon épaule, et dans une intonation au sucre-glace, me dit : “Alors, tu es l’assistante d’Olivier Zahm ?” Je souris et je lui réponds : “Non. Je prends juste des photos.”

Merde, un grain de sel vient de s’insérer dans son système.

Nous retournons au salon ensemble, je fais des blagues à la con, elle rit poliment, mais je sens qu’elle est toujours en train de chercher un sens à ma vie. Puis soudain, une étincelle :

Elle repose sa main sur mon épaule, et dans un petit cri étouffé : “Ça fait longtemps que tu bosse pour les gens de Style ?”

Là, je la regarde, et sa détresse de l’étiquette est telle que je me dis que si je ne veux pas qu’elle s’étrangle sur le champ avec ses pompons Vuitton il faut que je la briefe.

Non parce que sinon elle va finir par me demander depuis quand je fais le room service pour le New York Palace -ce qui est un très bon job, notez- et ça n’aurait pas été sympa de ma part de la laisser se tourmenter comme ça.

Je lui explique donc ce que je fais là. Elle devient aussi rouge que son O.P.I et se répand en excuses, polie, adorable, vraiment sincèrement touchante. Rouge. Oh mon dieu mais rouge.

Un appareil photo sur une robe Balmain, c’est pas très fashion, mais finalement c’est plutôt sain, car l’objectif me donne une certaine distance que j’aime bien. Tant pis pour l’étiquette. Enfin bon, pour le nombre de photos que je vous ai ramené je ferais mieux de ne pas trop me la… Qu’est ce que vous en pensez ?

Bonne journée !