Venise est la plus belle ville du monde. La plus onirique, la plus irréelle, la plus mystérieuse.

Je le savais. Je m’y étais déjà arrêtée un jour, quelques heures. Juste le temps de me rendre compte de la folie créative et du raffinement extrême dont peuvent faire preuve les hommes. Construire une ville sur de l’eau. Quel rêve.

Hier, j’ai posé le pied pour la deuxième fois à Venise. Il faisait chaud. Des hordes de touristes frottaient leur rêves à la réalité. Si groupés que je ne distinguais pas leurs visages, si nombreux qu’ils prenaient toute la place dans le paysage, si manifestement passagers qu’ils emportaient toute la magie sur leur passage.

Je le suis dis que j’étais comme eux. Je n’ai pas du tout aimé. J’étais super énervée.

Comme solution à mon désarroi, nous avons pensé que la bonne idée, ce serait d’aller boire des verres. On était sur la place Saint Marc, alors on s’est assis chez Florian, l’un de ces tea-rooms italiens historiques, écrasants de beauté. Sur la place, Andrea Bocelli répétait pour son concert du soir. J’ai pas l’air comme ça, mais j’adore l’opéra. Sa puissance, sa précision, sa beauté. Ça me file des frissons incroyables. Mes plus grandes émotions artistiques, je les ai connues à l’opéra.

Collés l’un contre l’autre, à l’ombre avec un verre de Pinot Grigio glacé, nous observions les oiseaux dévier de leurs trajectoires aux sons des choeurs, nous sentions les murs frémir aux envolées des violons, nous regardions le chef d’orchestre lever les bras très haut.

J’ai soudain réalisé que j’étais en train de vivre l’un des plus beau moments de ma vie.

Ce matin, je me suis levée très tôt. Pour mes dernières heures à Venise, je veux être un peu seule. Je suis sûre qu’à six heures tous les magasins de souvenirs seront fermés. Que la lumière sera douce, que le fond de l’air sera frais. À huit heures déjà, il sera trop tard. Mais je serais déjà rentrée à l’hôtel, des croissants au chocolat bien chauds dans mon panier.