C’était il y bien trois ans. Comme tous les jours, je regardais ses photos. Lui, je ne le connaissais pas. Mais ce jour là, en regardant la photo, j’ai eu envie d’être derrière son épaule.

Il me racontait quelque chose de la mode que personne ne m’avait jamais dit. Ses photos, pour moi, c’était du rêve fait avec de la réalité. La mode y était une affaire de grâce et d’instant. Avec en plus, quelque part caché dans la vive lumière, un regard d’enfant.

Puis un jour on s’est rencontrés. Moi, je m’en fiche de rencontrer les gens que j’admire. Je préfère souvent que mes rêves ne rencontrent pas la réalité. Les rêves, il faut les protéger.

Mais là, c’était différent. On a énormément rigolé. En trois minutes, j’avais oublié à quel point ses photos me transportaient et que j’étais censée être impressionnée. On a parlé de tout. Et bien sûr de photo, de mode et de toutes les petites choses merveilleuses qui nous inspirent et nourrissent notre imagination.

Scott a une chance immense. Il sait voir la beauté dans chaque éclat de vie. Il ne s’attache pas au tout. Il sait reconnaître le détail, le petit truc en plus qui fait la magie. La complexité d’un adolescent, la vulnérabilité d’un homme, la force d’un enfant. La fragilité dans la démarche décidée d’une femme…

Pareil pour la photo. Qui se soucie de perfection, quand on peut capturer un instant saturé de vie ?

On lui avait fait plein de propositions pour son premier livre. Toutes les grandes maisons d’édition. On lui avait proposé de faire de ces livres lourds et épais, des manuels, ou des trucs super exclusifs. À chaque fois on en parlait et puis… C’était pas vraiment ça.

L’un de ses rêves, c’était un jour de croiser un jeune étudiant en mode avec son livre dans les mains, écorné, annoté, plein d’idées et de vie.

Mais un jour il m’a appelée, et j’ai senti que ça vibrait dans sa voix. On lui avait enfin proposé le projet parfait : un livre simple et beau. Facile à prendre en main. Au prix accessible. Là pour une fois, ça semblait être un projet juste et qui lui ressemblait. On lui proposait même de produire à côté une petite série limitée. Du cousu main.

Quelques mois après, il est arrivé vers moi et m’a mis le livre entre les mains. Puis il est parti.

Je me suis retrouvée toute seule à regarder toutes ces photos que je connaissais si bien. Réuni comme ça sur le papier, l’ensemble m’a semblé toucher au sublime.

J’ai senti mon coeur gonfler de joie, se remplir de beauté. Et d’une immense fierté.

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Scott sera chez Colette demain pour signer son livre. Il sera ravi de vous rencontrer. Je serais sûrement pas loin à le couver du regard !!! Venez !