La mode est un petit monde très organisé. Il y a des us, des coutumes, des rois, des reines, des fous, des princesses, une étiquette, des codes, on a jamais fini d’apprendre, et c’est particulièrement fascinant. Contrairement à ce que l’on pense, la plupart des gens sont délicats et distingués. Il est de bon ton d’être détaché. Mais tout se voit, tout se sait.

Le front row d’un défilé est avant tout l’endroit duquel on voit le mieux les vêtements. À partir du troisième rang on ne voit plus les chaussures et au cinquième, si on a de la chance, on peut apercevoir les coiffures. Les places au front row sont chères. Parce que c’est aussi celles où l’on est le mieux vu. On les gagne par la célébrité, l’expérience, ou le pouvoir. Elles cristallisent beaucoup de drames et donnent matière à de jolies crises d’égo.

Cette saison, les créateurs de Dolce & Gabbana ont eu une révélation. En parlant avec leurs clientes, ils se sont rendus compte qu’elles passaient leur temps sur internet. Qu’elles étaient hyper informées, qu’elles voulaient que ça aille vite, qu’elles étaient prêtes à acheter tout de suite. Ils ont se sont dit que c’était un âge nouveau, qu’il fallait avancer avec son temps.

Ils ont décidé d’ouvrir grand leurs portes à quatre bloggeurs.

Voilà comment Tommy, Brian, Scott et moi on s’est retrouvés sur les très prisés front row des shows D&G et Dolce & Gabbana.

Une impression très étrange, d’autant que ça a été fait en grande pompe. Au premier show, on nous avait mis quatre laptops, bien alignés devant nos sièges. Nous étions les seuls, de toutes les personnes présentes au défilé, à avoir droit à ce traitement de faveur. Alors que perso, je ne commente jamais en direct des shows. Et en plus vous le savez, je ne Twitte plus qu’oralement, héhé.

Bref. Une mise en scène parfaite, et donc assez troublante.

Car si se retrouver soudain propulsé sur la A-list d’une maison aussi prestigieuse est très valorisant, le fait que ça arrive de cette manière là est aussi vraiment très embarrassant. Et dans cet univers aux codes et au tissage très soigneusement tiré, ça bouscule un peu tout le monde.

Après tout, pourquoi pas ? Sauf que pendant quelques secondes et à quelques regards croisés, je crois que j’aurais préféré ne pas être l’incarnation de ce nouvel âge. Rester discrète, et faire les choses à mon rythme à moi. Continuer à ne surtout pas m’inquiéter d’où je serais placée dans un défilé.

Mais c’est comme ça. Et quand on vous fait un cadeau, si compliqué à ouvrir soit-il, il faut savoir l’accepter.

J’ai donc pris le parti de me régaler à voir l’envers du décor depuis les backstage et la salle VIP, celle où sont chouchoutées les célébrités avant le show.

Au mur, une photo de Monica Vitti, signée, j’ai pas pu résister…

J’ai aussi voulu rencontrer Stefano et Domenico. Je voulais d’abord les remercier, puis avoir leur point de vue sur ce micro-événement. Puisqu’ils étaient les premiers à dérouler le tapis rouge pour des bloggeurs, savoir, vraiment, ce qu’ils en pensaient… Je voulais savoir si leur démarche était sincère.

C’était sans compter sur leur incroyable charisme. À la minute ou j’ai serré leurs mains, j’ai été conquise. Voilà pourquoi je ne serais jamais journaliste : je n’ai aucune objectivité. Je leur ai posé plein de questions, et j’ai beaucoup aimé leurs réponses, très nature. Comme je vous le disais plus haut, pour eux tout part de leur cliente. Si elle aime internet, alors c’est qu’il est temps de s’y intéresser.

Et leur but, c’est communiquer leur idée. Ce qu’ils disent, c’est qu’un défilé, pour eux, c’est une idée, une inspiration. Que si on ne peut pas s’acheter une robe chez Dolce mais qu’elle inspire l’achat d’une robe vintage, pour 2€ au marché, ça leur va très bien. Et pour eux, internet c’est le moyen le plus direct de communiquer leur idée.

Juste pour vous, donc, voici leur mur d’inspiration, attrapé backstage. Une très belle collection hommage à leurs origines et à leur “italianité”.

Oh, et un petit bout du catwalk géant vu depuis la VIP room,

Et puis moi en JOGGING avec Stefano et Domenico, heureusement que j’avais mes chaussures d’hystéro de la fashion pour compenser.

Un moment que j’ai bien aimé juste avant de partir, le moment où toute l’équipe se réunit pour regarder le défilé. Super ambiance, Scott a du me tirer par le col pour pas que je m’incruste.

Et voilà. Drôle d’aventure pour moi, jolie et très intéressante à la fois. Je me demande ce que vous pensez de tout ça. Mais ce que je retiens surtout ce sont ces murs laqués, ces dentelles noires et ces lèvres rouges, cette musique cinématographique… Et les yeux de Sofia.