I – You are not on the list !

Alors alors alors Garaaaaance ! Tu vas mettre quoi pour la fête de Carine ? M’a demandé Anna. La fête de C… Quoi ? Mais de quelle fête tu parles ? Je ne sais pas… Je… Je crois que je ne suis pas invitée.

Voilà la première fois que j’ai entendu parler du bal masqué des 90 ans de Vogue.
Première fois qui annonçait une semaine qui allait monter dans un crescendo de frustration. Le dress code, c’était black tie. L’hôtesse, c’était Carine Roitfeld. L’endroit, l’appartement parisien de Karl Lagerfeld. Le thème, Eyes Wide Shut. Tout le monde ne parlait que de ça.

Le gens me fondaient dessus, surexcités :

> IRL : “Oh mon dieu Garance, tu ne vas pas me reconnaître, jeudi. Je vais être encore plus incognito que le fantôme de l’opéra !”
> Par Mail : “GARANCE !!! Tu crois que ça vaut le coup de faire un New York-Paris en deux jours pour venir à la fête de Carine ?”
> Par téléphone : “Merdeeee Garance je sais pas quoi me mettre !!! Tout le monde va être super sapé ! Tu viens on va faire du shopping ? Quoi ? Comment ? T’es pas invitée ? Mais c’est quoi cette histoire ?”

Après une semaine à ce rythme là, je disais plus rien. Vous savez, j’avais l’amère sensation que tout le monde était invité, sauf moi. Pauvre petite Garance oubliée du monde entier. Buuuuuu… Franchement, au bout d’un moment, j’avais quand même légèrement envie d’y aller, au bal masqué de Carine.

La journée précédant la fête, la frénésie était palpable. On se passait des adresses de magasins de masques vénitiens, les filles s’échangeaient leurs tenues pas bbm et tout le monde désertait les défilés pour tenter de trouver la touche finale à sa tenue.

Sauf le défilé Balmain, H-3 avant la soirée. Là comme par magie, tout le monde s’est retrouvé. C’était bondé, électrique, et à chaque coin de la salle, un seul sujet : le bal masqué. On pouvait littéralement lire sur les visages qui était invité… Et qui ne l’était pas. Moi, je commisérais sur mon sort avec une copine not on the list comme moi, quand soudain Carine est arrivée, accompagnée de Scott. Elle avait l’air choquée.

“Non mais pourquoi tu ne m’as pas appelée ? On est venu me dire que vous n’étiez pas invités. Bien sûr que vous êtes invités. C’est juste que c’est l’enfer depuis quelques jours, tu te rends compte inviter 600 personnes : c’est l’enfer. Comment ça vous n’avez rien à vous mettre ? Comment ça c’est trop last minute ? Ah non, vous venez ! Il y aura une distribution de loups à l’entrée. Vous venez !

J’ai pris ma place au défilé Balmain, pétrifiée. Julia, la fille de Carine, s’est retournée vers moi et m’a dit : alors, tu mets quoi, toi ?

II : Alors, tu mets quoi, toi ?

Arg. Aucune idée Julia. Mais je m’en foutais, et j’allais pas commencer à râler : j’étais ravie. Et j’allais trouver. Il ne me restait que deux heures pour trouver une tenue alors que tout le monde se préparait depuis 3 mois, mais j’allais trouver. Et puis si je trouvais pas, bah j’irais à poil avec un fouet. On est Vogue Paris où pas. Non ? Hein ? Carine ? Non ?

Après Balmain, on s’est retrouvés au café avec Scott. Conseil de guerre. Lui, il n’avait pas ses smoking, ils étaient restés à New York. Moi, je n’avais aucune robe qui pouvait prétendre à un tel niveau de soirée du siècle. Mais rien ne pouvait me désespérer. J’allais trouver. J’allais trouver.

On a décidé de faire un tour rapide au Printemps. Une demi-heure, pas plus. Il nous restait deux heures avant que tous les magasins ne ferment et il nous fallait… Bah. Tout trouver.

Je fonçais entre les rayons. Un costume chez YSL ? Une robe chez Lanvin ? Une combi chez Stella ? À chaque fois que j’essayais un truc, Scott faisait la grimace. C’était pas ça. J’avais un peu envie de l’étrangler. Je commençais à être légèrement hystérique. Mais je lui fait confiance.

Au bout de dix essais infructueux, il s’est exclamé : J’ai une idée !!! Et si je t’achetais un beau trench noir chez Burberry ? Tu l’ouvrirais sur ton décolleté et sur tes jambes juste comme il faut, tu mettrais de la lingerie qui tue et des talons super hauts… Tu en pense quoi ? C’est la tenue idéale de la Cool French Girl. Après il ne te restera plus qu’à être sûre de toi et à te la jouer Cool French Girl. T’auras même le droit de fumer, ahah.

Un trench et une paire de talons Lanvin plus tard, il me restait toujours à trouver la confiance de ma Cool French Girl intérieure. il ne me manquait aussi la lingerie qui tue. Je lançais un adieu symbolique à mon compte en banque, et un au revoir à Scott qui partait en mission pour se trouver une paire de chaussures et, seule, je descendais au sous sol du Printemps.
Direction, Agent Provocateur.

Arrivée dans le petit corner tout rose et noir, je vois les deux hôtesses s’affairer sur une fille plutôt très jolie. Sur son nez, un loup en argent.

Je m’exclame : Vous, vous allez au Bal Masqué de Vogue ! J’en suis sûre !!!
Elle enlève son masque, me regarde, me fait un grand sourire, et me dit : Oui ! Vous aussi ?
Avant même que je n’ouvre la bouche pour dire oui, je pousse un cri. Ah oui, cette fille est jolie. Sublime, même.

C’est Crystal Renn.

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Bon, je reviens vite vous raconter ce qui s’est passé après, parce que c’est trop drôle. Prêts pour un deuxième roman ?