III Crystal & moi

“Tu en penses quoi ? ll est génial, non, ce masque ?” Me dit Crystal Renn en me montrant le masque argenté qui la transforme en catwoman de l’espace.
J’adore. Je veux le même.
“Et le fouet, tu en penses quoi ? Je le prends le fouet ?” me dit-elle en me montrant un fouet strassé qu’elle fait claquer contre sa jambe.
J’adore le look. Carrément Newton. Wow. Prends le fouet.


Puis soudain, elle s’exclame : “Bon, attends, je vais passer ma tenue pour te la montrer. Puisque je l’ai là. Comme ça, tu me dis.”

Je profite de cette interlude pour réaliser que Crystal Renn est là, à moitié à poil, à me demander mon avis sur son fouet, puis je me souviens ce pourquoi j’étais là. Je choisis quelques articles à essayer et je prends place dans la deuxième cabine d’essayage.

Je ne sais pas si vous avez déjà essayé un corset chez Agent Provocateur, mais c’est un drôle de moment. Oui parce qu’un corset c’est quasiment impossible à mettre toute seule, on a besoin d’aide. On devient vite très intime avec l’hôtesse qui le ferme ou le lace… En se disant, comme chez le médecin, qu’elle en a vu d’autres.
Bref, très rapidement on se retrouve en petite tenue dans les cabines, quoi.
Et Crystal, baaaah. Crystal, elle est mannequin. La moitié à poilerie, elle est habituée.

C’est donc ainsi que nous nous sommes retrouvées, Crystal Renn et moi, à échanger sur nos tenues :

>”Wow, mais ça te fait une poitrine géniale ce corset !!!” Elle dit.
J’adore les mannequins plus size.
“Et moi regarde alors, t’en pense quoi ?”
Elle porte une combi près du corps, toute noire, à tomber. Sur les épaules, une espèce de col en plumes immenses… Trop la classe. Avec son masque en argent et son fouet, elle vient de se transformer sous mes yeux en fantasme ambulant.

Eyes Wide Shut ? Check.

Je vais pas avoir l’air con avec mon trench, tiens.

IV – The party.

Le seul aspect positif d’être autant à la bourre pour une soirée, c’est qu’on n’a pas le temps de se poser trop de questions. J’aurais bien voulu pleurer sur mon sort une petite demi-heure tranquille (pas de robe longue, pas de masque, les cheveux plats) mais au moment où j’ai ouvert la bouche pour pousser un gémissement, Scott m’a rattrappé :

“Holà, pas le temps. Il est 10 heures, on y va.”

Pfffff, si on peut même plus se plaindre alors. J’avais tiré mes cheveux (pas le choix) fermé mon trench comme une robe (pas le choix) et maquillé mes yeux ET ma bouche (même si ça ne se fait pas).

Ah, j’allais oublier. Pour compléter notre tableau “prix de la préparation la plus classieuse pour fête du siècle”, faut que je vous dise. On s’est rendu compte à 9h59, alors qu’on était tout prêts à partir, qu’on était MORTS DE FAIM.

On avait donc 3 mn pour trouver un truc à manger (-non, c’est pas comme si j’avais quoi que ce soit dans mon frigo pendant la fashion week -)

Voilà comment on s’est retrouvé, tout habillés, à manger du Mac Do à même le sol (montagne de fringues sur le canapé oblige) avant de partir au bal masqué de Carine.

V – The Party – mais cette fois-ci, pour de vrai. Pas la présoirée au McDo.

On arrive rue de l’Université, dans le mythique appartement de Karl Lagerfeld. C’est plutôt une maison, avec un immense jardin, en plein coeur de Paris. Sublime. L’endroit idéal pour un bal masqué.

Avant de pouvoir rentrer dans la soirée, on nous propose d’aller au photo call… C’est l’endroit où l’on pose devant un mur de photographes, comme à Cannes, vous savez ? C’est trop bizarre, je dis non. Je m’habitue peu à peu à ce qu’on me reconnaisse dans la rue et je trouve même ça sympa, mais il y a des trucs où je ne sais juste pas comment faire.

Allez, maintenant on pénètre pour de vrai dans la fête. C’est fou, j’ai l’impression d’être dans un film. Les gens ont vraiment joué le jeu, les tenues sont époustouflantes. Tout le monde a un masque. On se reconnaît, mais on n’est jamais vraiment sûr. Tout le monde s’embrasse, puis se demande : Who are you ? Ça donne tout de suite la légèreté idéale à l’atmosphère.

On se promène dans l’enfilade de pièces.

Dans un coin sombre, en costume, je vois Hedi Slimane et ça me fait des frissons.
Dans les escalier, un couple étrange et beau monte les marches, enlacés. Elle a une longue robe et lui porte un costume noir… Tous les deux sont masqués, je ne les reconnaît pas jusqu’à ce que je voie dans le cou du garçon un tatouage. “C’est Freja !!!” Je souffle à Scott. Elle m’entend, se retourne et claque le sol avec son fouet… Puis me lance un grand sourire.
Dans le jardin, la bande d’Alexander Wang est au complet. Il fait marrer tout le monde avec son déguisement. Il est le seul à y avoir pensé : pas de masque vénitien, il porte juste… Une cagoule.
Giovanna vient s’asseoir à côté de moi. Elle porte des cuissardes Louboutin cloutées tout le long de la jambe qui pèsent 200kgs, elle doit faire des pauses. On fume une cigarette (-Cool French Girl attitude, non ?) puis elle s’envole. Je la suis.
On se retrouve dans la pièce principale.
Là j’aperçois… Une sculpture vivante. Coiffée d’un masque aux plumes immenses, gansée dans une robe blanche à la traîne géante se trouve Anna Dello Russo. Elle est spectaculaire… Mais elle ne peut pas vraiment bouger. Du coup un cercle de l’amitié s’organise autour d’elle. On lui amène à boire, on lui fait la conversation…
Et Crystal Renn m’attrape et me fait un gros bisou. Je crois que cette fille est un ange.

La soirée est telle que je l’imaginais. Au moment même où j’ai pénétré dans la maison j’ai complètement oublié ma tenue. On danse, on boit, on bavarde et on échange des secrets, c’est à la fois subversif et très sage. Et qu’est ce que c’est beau… J’aurais pu passer des heures à regarder les gens passer, souriants, heureux, dans leurs beaux habits du soir. J’ai l’impression d’être dans l’une de ces fêtes mythiques dont on voit les photos et dont on se dit que ça n’existe plus.

C’est la fête idéale où tous les âges se mélangent, où la température est parfaite, où le champagne est frais et jamais loin, où l’on a assez d’espace pour danser, où l’on peut s’isoler dans un recoin. Si, ça existe encore. Comme un rêve. C’est rare, mais ça existe.

On finit par décider de rentrer. Une fois dehors, impossible de trouver un taxi. Aaaaaah la réalité. Paris. Il pleut, il pleut, il pleut…
Je m’en fous, je suis en trench.

Bonne journée !