Samedi dernier, en plein shopping déco, je ressors d’une boutique totalement choquée par le prix d’une chaise vintage sublime dont je rêverais encore longtemps. Au secours ! 8000$.

Je traverse Broadway pour aller me réconforter avec un latte, quand soudain sur ma droite, je vois un minuscule magasin avec – le sort s’acharne – ma chaise en vitrine. Je me rapproche, je regarde, je vois le prix. 200$. Soldée à 160$.

??? Mais bien sûr.

Je pousse la porte avec mon expression n°18 : Colombo fait du shopping, et je dis au vendeur avec un air innocent : C’est du faux ?
Il me regarde et me répond avec un sourire malicieux : Oui ! Mais c’est exactement pareil, la même chose que du vrai.
Je remonte mon le col de mon trench et je lui dis d’un air conspirateur : Mais c’est pas interdit par la loi ce que vous faites ?
Il me répond avec un clin d’oeil : Non, après 75 ans, le design tombe dans le domaine public. Ils ne peuvent pas garder leurs créations pour toujours les créateurs !

Je reste à peu près une demi-heure à regarder toutes ces copies. Certaines sont assez mal faites, mais d’autres font carrément illusion. L’espace d’une minute, je m’envole au paradis du design. Tout est beau et design, tout le monde est gentil et malicieux et fait des clins d’oeil et les chaises sont posées sur des nuages et coûtent 160$.

C’est en plein milieu de mon rêve que je rencontre Charles & Ray Eames, qui me disent : “Garance, tu te fous de notre gueule où quoi ?”

Je retombe dans la réalité, un petit magasin mal éclairé sur Broadway, et je dis au revoir. Non. Je ne peux pas faire ça… Parce qu’en fait, je l’ai déjà fait :

Flash back #1

Un jour pendant la fashion week de Londres il y a quelques années, on s’échappe quelques heures de la ronde des défilés avec deux copines journalistes pour aller se recueillir chez TopShop.

Là, je vois une veste sublime, au design manifestement emprunté à la dernière collection YSL qui m’avait tant plu. Rose de joie, je l’essaye en poussant des cris hystériques, quand soudain l’une de me copines me dit :

“Franchement j’aime bien TopShop, mais là c’est carrément de la copie. Je suis désolée, on ne peut pas faire ça au créateur. Qui plus est quand on travaille dans la mode et qu’on connaît pertinemment la collection.”

Je lève les yeux au ciel, et là je vois Stefano Pilati apparaître dans ma cabine d’essayage et me dire : Garance, tu te fous de ma gueule ?”

N’empêche. Légèrement vexée par la remarque cinglante de ma copine (en même temps heureusement qu’il y a des copines qui te mettent en face de tes conneries), j’achète quand même la veste, juste parce que je suis terriblement conne têtue.

Résultat : Jamais mise. Pas une fois. À chaque fois que je la regardais, je me sentais coupable de traîtrise. Bon en plus franchement la matière laissait grave à désirer. Elle était même pas belle, ma veste, c’était juste le succédané d’une veste qui elle, bien au chaud dans son magasin YSL, était vraiment sublime.

Conclusion : Fausse veste, vrai achat à la con. Ce qui n’est pas toujours le cas, écoutez ça.

Flash Back #2

J’ai en ma possession, depuis la nuit des temps, une copie sublime dont je ne connais pas du tout la provenance, la copie d’un Birkin.
Il est fait d’un cuir naturel beau, souple et est parfaitement vieilli. Il est fait dans un cuir qu’Hermès ne fait plus (on aura bientôt l’occasion de reparler des cuir Hermès…). Je l’adore.

N’empêche. Il est tellement beau qu’on m’arrête dans la rue pour m’en parler. Résultat, je me sens mal à l’aise si je ne raconte pas son histoire :

“Non mais c’est un faux. Oui… Il est beau. Un faux comme on n’en fait plus.”

Résultat : Évidemment, je ne le porte jamais.

Un faux reste un faux. Qu’il soit moche, ou sublime. Que les autres le sachent, ou seulement vous. Un faux reste un faux.

Pfffffff et ouais c’est l’ennuyeuse morale de l’histoire.

Allez, je vous laisse, j’ai 8000$ à aller économiser.

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PS : Je fais une vrai différence entre une copie manifeste et un vêtement juste “inspiré”, à la mode et dans l’air du temps… Et c’est pour ça que je continue d’adorer TopShop et Zara…