Un déménagement à l’étranger c’est bien plus qu’un nouvel appart et une nouvelle carte de métro. C’est un changement total de repères, une remise à plat de tout ce qui nous semblait évident, une mise à l’épreuve d’autant plus intéressante qu’elle arrive à petits coups d’électrochocs dont on ne peut pas vraiment parler au moment où ils vous arrivent, puisqu’on a aucun recul. On ne les comprends pas.

La première chose qui m’a frappée c’est la relation des New Yorkais à leur corps. Moi qui les observait d’un oeil amusé il y a encore quelques mois, J’ai aujourd’hui quasiment complètement changé mon style de vie. Voilà pourquoi.

Vous avez déjà pris un dèj avec des New Yorkaises ?

Franchement, ça ressemble de loin à un épisode de Sex And The City.

De près aussi. Les filles sont parfaites jusqu’au bout des ongles. Elles ont le teint rosé, des cheveux parfaits et leurs fringues, même quand elles sont vintage, elles ont l’air neuves. Et elles sont, mais alors, minces. Ou comme elles disent, skinny.

Bon, faut dire que moi, quand je suis arrivée à New York, les premières personnes que j’ai rencontré sont des filles qui bossent dans mon milieu, la mode. Ensuite j’ai rencontré plein d’autres filles et je peux vous le dire, les New Yorkaises ne sont pas TOUTES comme ça. Pas toutes.

Mais les filles de la mode, à New York, elles ne sont pas juste skinny. Elles sont New York skinny. New York Skinny ça veut dire mince à la limite de la maigreur, musclée au Pilates parce que ça fait des muscles tout fins. Ambiance Anna Wintour, quoi. Muffin Top ? C’est quoi ce truc ?

C’était mignon, au départ, d’être la seule parisienne à un dèj avec des new yorkaises.

Nan parce que, vous avez déjà pris un dèj avec des parisiennes ? Enfin, bon, ok, avec moi ?

Les dèjs contiennent souvent un verre de vin, un ou deux desserts qu’on partage. Pas d’entrée, mais aucun problème pour boulotter la moitié du pain qui est posé sur la table à chaque repas. On finit par un café serré. Et douze clopes, aussi, souvent, en se disant que c’est pas bien mais que c’est drôle.

Donc c’était mignon d’être la parisienne à la table des New Yorkaises. Elles me regardaient me descendre le pain, commander du vin et du dessert en se demandant par quel mystère insondable les parisiennes restaient-elles minces avec un tel régime dévastateur.

Et moi je me moquais. Je leur disait que de toutes façons elles étaient beaucoup trop minces, qu’il fallait qu’elles pensent à vivre et que non, je ne faisais pas de sport, que j’avais d’autres choses bien plus passionnantes à faire de ma vie. Genre fumer des clopes, tiens. Ah, et aussi, que je vivais parfaitement avec mon petit muffin top, moi. J’étais très heureuse comme ça.

Ça a duré un petit moment, quand même, ce manège.

Jusqu’au moment, en fait, où mon muffin top a pris le pouvoir. Je vous jure, je ne pouvais plus fermer mes slims. La, je ne sais pas pourquoi, mais soudain j’ai commencé à me la fermer sévère. Je ne disais plus rien, au dèj. Je le voyais bien. Je grossissais. Je grossissais comme j’avais jamais grossi avant.

C’est là que j’ai commencé à comprendre quelques unes des innombrables différences entre le régime parisien et le régime New Yorkais.

1 / Les restaurants : Oui, les parisiennes se lâchent dix fois plus quand elles vont au resto. Mais elles vont dix fois moins au restau. Et à Paris, pas de take out… On cuisine. A New York la vie sociale se fait dehors, on passe son temps à prendre ses repas dehors. Le seule fois où j’ai “cuisiné” depuis que j’habite à New York c’est pour faire des crêpes, pour prouver à quelle point j’étais fwancaise.

2 / les portions : Vous avez vu la taille des assiettes à New York ? BIG. On comprend mieux le truc du doggy bag qui nous fait tellement rire en France. En gros, avec une assiette, on peut facilement faire deux vrais repas. Mais les yeux s’habituent très vite à ces doses énormes et on se retrouve souvent à finir son assiette sans même y avoir pensé.

3 / Les normes alimentaires : bon, ça c’est un sujet que je ne connais pas assez pour m’étaler mais une chose est sûre, les lois sont nettement différentes concernant par exemple, les hormones de croissance qu’on donne aux boeufs et aux poules pour les faire grandir plus vite. Je ne sais pas à quel point ça influence notre poids mais je ne vois pas comment ça ne se retrouverait pas dans le lait, les oeufs et la viande.

C’est assez flippant. On se disait avec Emily, mon amie australienne fraîchement arrivée à NYC et qui a elle aussi me disait avoir pris ses 5 kilos réglementaires (c’est connu pour être le cadeau de bienvenue de New York, – hello, welcome, here are your 10 pounds !), que non seulement on grossissait ici, mais on grossissait mou. Yeurk.

Malheureusement de quoi rendre un peu parano de la nourriture. Et de quoi pousser les gens vers l’opposé extrême. Faire du sport pour éliminer – et ici le sport c’est tous les jours, manger moins, surveiller de près la provenance de ce qu’on mange, décider d’arrêter la viande, ou le gluten, les laitages, ou tout à la fois… Et devenir New York skinny.

Après il y a une autre chose à New York qui mène à l’obsession de la minceur, c’est le statut social. “My mom always says, ‘The smaller the dress size, the larger the apartment,’ ” (“Ma mère disait toujours : Plus la taille de robe est petite, plus grand est l’appartement”) lisais-je dans le New York Times. C’est drôle, mais ça fait flipper, non ? Ah, le statut social à New York… Laissez -moi digérer ça (ahah) et on en reparlera.

Je n’ai pas l’impression qu’on ait une telle pression, à Paris.

Ce qui ne veut pas dire que Paris est un paradis du bien être et le l’acceptation de soi. Juste qu’on y pousse un peu moins les extrêmes.

Quand à moi, tiraillée entre l’obsession de la minceur des new yorkaises, ma cool attitude de parisienne et les kilos qui malgré mon sourire crâneur commençaient à s’accumuler, il allait falloir que je commence me poser des questions… Et à me regarder dans le miroir.

Oh my gaaaaad. Dur dur…