Je me demandais ce que vous avez pensé de la controverse à propos des photos de Karlie Kloss dans le Vogue Italie de ce mois-ci. J’ai entendu des tas de points de vue différents et surtout de nombreuses spéculations sur le corps de la principale intéressée, mais aucune ne m’a vraiment convaincue.

J’ai entendu dire que Photoshop était responsable des courbes hyper étirées de Karlie. Mais en regardant la vidéo de la séance photo, on se rend compte que ce n’est pas ça.

Ensuite on a parlé d’anorexie. Mais là non plus ça ne correspond pas à l’image que j’ai de Karlie Kloss. C’est l’une des filles à l’allure la plus saine et l’une des plus souriantes des mannequins – cette photo d’elle sur son vélo entre deux défilés, que j’ai prise à la fashion week de septembre, c’est pour moi la vraie Karlie.
C’est d’ailleurs étonnant : on en parlait hier avec Scott et on se disait que l’une des choses dont on ne se rend pas tout à fait compte sur les photos (que ce soient celles du Vogue Italie ou d’autres) c’est de l’effet Karlie.

Il suffit de la voir avec d’autres mannequins pour comprendre : elle fait deux têtes de plus que la plupart d’entre elles et elle a un corps beaucoup plus fort et musclé. Sur le catwalk, la puissance qu’elle dégage soulève immanquablement l’audience.
Le dernier truc auquel on pense quand on la voit c’est anorexie.
Sa maigreur fait plutôt penser à celle d’une danseuse étoile ou d’une coureuse de marathon. Et à son niveau, on ne peut pas contester qu’être mannequin est un sport de haut niveau.

Franca Sozzani, l’iconique rédactrice en chef du Vogue Italie, s’est enfin exprimée** sur ces images la semaine dernière, et son opinion, c’est que c’est la photographie en elle-même, autrement dit les angles sur lesquels Steven Meisel et Karlie Kloss on joué, qui est responsable de la confusion que ces images ont suscité. Pour elle se sont des images expérimentales – et il est vrai que les pages du Vogue Italie se sont toujours situées dans le domaine de l’art : provocant, sublime, dérangeant parfois.

C’est son point du vue, mais pour moi, un magazine vit avec son époque. Et à notre époque plus que jamais, la mode a un problème a régler avec la promotion inconsidérée de la maigreur.

Moi personnellement la maigreur ne m’a jamais fait rêver, mais j’ai eu la chance de grandir dans les années 90. C’était la décennie de Cindy Crawford ou de Elle McPherson et leurs corps naturels et athlétiques ont certainement conditionné mon idée de la beauté… Mais je ne sais pas ce qu’il en sera pour ma petite soeur. Je pense qu’elle est assez forte pour développer le recul nécessaire par rapport aux images des magazines, mais toutes les ados ont-elles cette force ?

Dans ce contexte, il aurait été bon d’éditer la série ou au moins de clarifier le parti pris choisi pour cette série de photos.

Parfois, l’amour des images peut pousser ses auteurs à aller trop loin. Carine Roitfeld elle-même a récemment regretté d’avoir photographié autant de cigarettes dans ses séries de mode…

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* Elle est danseuse, d’ailleurs.
** Je trouve ça absolument génial qu’elle ait un blog.