Un jour Salomé, mon agent, m’a appelée pour me proposer un truc complètement dingue. Enfin bon, le genre de truc dingue pour moi qui, certes, est capable de danser comme une folle devant mes copains en hurlant les lyrics de Temperature de Sean Paul (j’ai découvert samedi que je n’étais pas seule au monde a adorer danser comme une chaudasse sur cette chanson !!! Ouuuuuuuais !) – mais qui est complètement coincée dès qu’il s’agit de le faire devant une caméra. Bon. Je disais. Salomé, donc :

“J’ai un projet génial : ça te dirais de tourner une vidéo pour Petit Bateau ? Ils te filmeraient en train de danser un Madison endiablé. Bien sûr, ils te feraient prendre des cours quelques jours avant, hein.”

“Non. Noooooooooon ! Je ne peux pas faire ça. Je vais être ridicule, en plus je n’ai jamais dansé le Madison de ma life. Non, Salomé, non.”

Le truc, c’est qu’en m’entendant parler ce jour là, je me suis sentie la fille la plus chiante de la terre. Franchement, un projet aussi fun que ça, avec une marque que j’adore et un défi aussi drôle que celui d’apprendre à danser le madison… Faut vraiment se prendre le chou pour dire non.
Et se prendre au sérieux, c’est vraiment ça le début de l’ennui.

Comme à chaque fois que Salomé croit à fond à un projet, elle insistait. Moi je n’arrivais toujours pas à dire oui, empêtrée dans ma peur du ridicule, jusqu’à ce qu’elle me dise :

“C’est Zoe Cassavetes qui filme”.

Pffffff. Elle connaît mes points faibles, Salomé. J’adore Zoe Cassavetes, et même si je ne l’avais jamais rencontrée, je savais que là, je ne pouvais pas dire non.

“Oui. Ok”

Après avoir entendu le cri de victoire de Salomé, j’ai raccroché. Et là j’ai commencé à m’imaginer des scenarios catastrophe, genre Zoe en train de me taper dessus avec sa caméra parce que je ne savais pas mettre un pied devant l’autre, ou un video-gag ou le gag ce serait moi, ou Adeline de Petit Bateau me disant “oui, non, finalement, tu danses trop mal / tu es trop moche / tes cheveux sont trop bouclés qu’on a décidé d’annuler le tournage” et j’ai commencé à avoir des gouttes de sueur de stress.

Je me suis dit Oh la, Garance, stop. Maintenant que tu as dit oui, interdit d’y penser.

C’est ce que j’appelle ma technique de la chèvre évanouie. Ça marche hyper bien. Je l’utilise à chaque fois que j’ai un shooting stressant, une rencontre avec Jay-Z (genre) ou quelque épreuve qui me stresse à fond.

Pourquoi la technique de la chèvre évanouie ? C’est simple, regardez ça. Quand la chèvre sent la menace, elle se prend pas la tête : elle fait la morte. Ça marche hyper bien (et aussi, ça me fait hurler de rire).

Donc bref, bon, chèvre évanouie aidant, la date est arrivée, et un jour je me suis retrouvée à Paris, dans un studio de danse, avec deux danseurs professionnels, beaux, gentils, attentionnés, drôles, des amours. C’était cool. On a dansé toute l’aprèm, j’étais complètement nulle mais on a fait semblant de ne pas s’en rendre compte, et moi j’étais toujours dans mon confortable déni.

Zoe est passée nous dire bonjour – et nous regarder danser – et là encore, j’ai juste pas réfléchi parce que sinon je me serais évanouie tellement j’étais impressionnée et je me sentais totalement ridicule. J’ai fait mon Madison, éclaté de rire quand ça ne marchait pas, et Zoe m’a dit que c’était exactement ce qu’elle voulait. Pas filmer une danseuse étoile, mais me filmer moi. (violons)

Le lendemain, fraîche, dispose et toujours en pleine technique du ne pense à rien / chèvre évanouie, on a filmé.

Je ne vous dirait pas que c’était génial, parce que c’est quand même un peu la pression. Mais en fait, c’était génial. Zoe est la fille la plus drôle et la plus naturelle que je connais et toute l’équipe était cool et hyper encourageante. On a rigolé et le soir j’ai pu aller me bourrer la gueule boire des verres avec Aurélie jusqu’à ce qu’on tombe de fatigue.

Ensuite, j’ai décidé de ne pas commencer à penser au résultat.

Et quelques semaines après, voici ce qui est arrivé sur l’écran de mon ordi.

DONC, MORALE DE MON HISTOIRE (trop longue, ça va, ça va, je sais)

Franchement, même si ça fait bizarre de se voir, je trouve ça trop mignon. Et ça me rappelle de supers souvenirs. Et aussi, je suis fière de moi d’avoir été courageuse. De ne pas avoir été arrêtée par ma peur du ridicule. Et d’avoir lâché prise sur mon image. Pour moi qui ai tendance à me cacher derrière la caméra, je peux vous dire que ce n’est pas simple d’être dans la lumière (en plus, les projecteurs, ça fait transpirer).

Il y a quelques années de ça, je me serais tellement pris le chou à stresser pendant des semaines pour rien, ça aurait tout gâché – je me dis que j’ai fait du chemin.

Donc, maintenant que je suis totalement cool avec les feux des projecteurs, la prochaine fois je vous fait une vidéo de moi en train de danser comme une chaudasse sur Temperature de Sean Paul. Cool ?

Pour Noël, cool nan ?

Naaaaan, je rigole.

Bisou !

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Bon, et maintenant que je suis une star de cinéma, acclamée par les plus grands, mon instant Oscar  (si vous n’étiez pas là le jour du tournage, ne lisez pas, c’est trop chiant) :

Merci à toute l’équipe de m’avoir supportée (dans les deux sens du terme) : Adeline & Petit Bateau (Merci de croire en moi !) Salomé (Merci de me pousser à faire des trucs trop de ouf) les danseurs Tom et Elie (Merci de vous êtres abaissés à donner des cours à une inculte comme moi), Zoé (Amour éternel et c’est quand qu’on le prend ce verre chez Buvette ?), à Nina pour m’avoir assuré que pour un film il faut toujours faire dépasser un peu le rouge à lèvres sinon ça fait une toute petite bouche (Et je me suis acheté le même jean Acné que toi parce que tu as trop de style) merci à Paolo le coiffeur pour les produits Leonor Greyl (Trop top le shampooing à la moëlle de Bambou) merci au catering pour le gâteau à l’orange parce que franchement il déchirait et que c’est pas parce que je suis devenue une star de cinéma que je vais arrêter de manger. Merci à ma mère, à mon… Nan je rigole. Allez j’arrête les conneries ! Bisou !