Ahhhh, je suis surexcitée à l’idée de vous parler d’Erin !

Erin McKenna est la très cool créatrice des bakeries BabyCakes. Une “bakery”‘est ce qu’on appelle, aux États-Unis, l’endroit où l’on peut trouver cupcakes (yum), donuts (aaaaah), cookies (iiiiiiih), prendre un latte et le plus souvent, repartir avec un grand sourire… Et légèrement mauvaise conscience.

Pas chez Babycakes. Voyez-vous, non seulement ses gâteaux sont délicieux, mais ils ne contiennent ni sucres raffinés, ni produits laitiers, ni oeufs, ni gluten et pas de sucres raffinés. On a presque l’impression qu’on en mangeant un donut on se fait du bien :-)

Voici, en quelques questions, comment Erin a décidé lâcher son job de rêve comme assistante styliste pour se lancer sans filet dans la création de Babycakes, à 29 ans, et en quelques années construire une vraie success story à l’américaine, avec 4 bakeries à travers les US (dont une à DisneyLand !), plein de livres de cuisine, un courage et un humour à toute épreuve (il FAUT que vous voyez ses vidéos) et même, à l’heure où je vous parle… Un bébé en route !

Wow. Inspirante, Erin…

Hello Erin ! Tu as commencé par travailler dans la mode, n’est-ce pas ?

Oui ! J’ai étudié la communication, et ensuite j’ai eu la chance de décrocher un stage de six mois auprès d’un rédacteur, chez Flaunt. Il y avait une compétition énorme, j’ai beaucoup bossé : j’arrivais toujours super tôt le matin, je me rendais entièrement disponible et complètement investie pour montrer ma motivation.

Ça a marché : on a fini par me proposer d’être assistante mode !

C’était quoi, le travail de tes rêves, à l’époque ?

Je voulais être acheteuse…

Tu avais l’air bien partie, qu’est ce qui s’est passé ? Pourquoi est-tu passée de la mode aux gâteaux ?

C’est bizarre, mais je me suis rendue compte que je n’étais pas satisfaite par mon travail. Aller au défilés et aux showrooms pour voir les collections m’angoissait complètement. J’aurais dû être sur un petit nuage mais ça ne prenait pas.
Du coup, pour me défouler, je rentrais chez moi le soir et je faisais des gâteaux.

Et là, c’était des moments de pur bonheur. J’ai fini par démissionner du magazine au bout de huit mois, parce que j’avais envie de retourner travailler dans un restaurant. J’adorais être serveuse !

Attends… Tu adorais être serveuse ? Vraiment ? Moi aussi j’ai été serveuse et je détestais ça !

Oui !!! Quand j’étais toute petite, je rêvais d’être serveuse. J’ai toujours adoré les restaurants et tout ce qui tourne autour de la nourriture… Par contre je faisais attention de travailler dans des endroits que je respectais…

Donc, pour reprendre, je démissionne du magazine, et trois jours plus tard, à un anniversaire, j’ai eu l’idée de créer Babycakes.

Et voilà comment ça a commencé ! Quinze mois plus tard j’ouvrais boutique dans un coin désert de Broome Street, dans le Lower East Side (NDLR : 6 ans après c’est l’un des coins les plus cools de New York…).

Je suis sûre que Babycakes ne s’est pas ouvert par magie… Qu’as tu fait pendant ces quinze mois ?

J’avais deux jobs de serveuse – parfois trois. J’essayais d’économiser le plus d’argent possible pour acheter mes ingrédients au magasin bio… C’était super cher.
Je faisais mes gâteaux le matin, prenais des notes sur mes recettes, puis je planchais sur mon business plan avant de retourner travailler au restaurant.
Si je mettais le doigt sur une recette, je la recommençais depuis le début dès mon retour.

J’étais obsédée et très déterminée – je ne pensais qu’à ça, et la vérité c’est que je me régalais !
Bon par contre ma vie sociale en a pris un coup – Babycakes était devenu ma priorité.

Où as-tu trouvé l’argent pour financer Babycakes ?

Au début j’avais prévu de faire un prêt, mais à la dernière minute, alors que je venais juste de signer mon bail, la banque l’a rejeté.
Du coup je suis allée voir tous les gens qui m’avaient dit qu’ils m’aideraient et investiraient dans mon projet. Et voilà comment je m’en suis sortie – avec dix investisseurs.

En fait quand j’étais serveuse souvent j’apportais mes gâteaux au travail. Les gens les goûtaient et me disaient “Si un jour tu as besoin d’aide, appelle-moi !”. Je les ai pris au mot, mais seulement une poignée d’entre eux ont vraiment tenu parole.
C’est comme ça : beaucoup de gens te disent qu’ils vont t’aider mais peu d’entre eux vont vraiment joindre l’acte à la parole.

La première année, je ne me suis même pas payée – ma priorité c’était de pouvoir payer mes factures et mes employés.

Quels sont les meilleurs et les pires moments de la vie d’une jeune chef d’entreprise ?

Ce dont je suis le plus fière c’est de tous les emplois que j’ai créés parce que j’ai eu le courage de prendre un risque.
Et les moments les plus difficiles, c’est quand je dois me séparer d’un employé que j’aime mais qui ne correspond pas à l’esprit de la compagnie.

Après Babycakes New York, tu as ouvert Babycakes à LA et même à Disneyland à Orlando ! Ça fait quoi de gérer à distance ?

C’est la partie la plus difficile de mon travail de ne pas pouvoir être dans les quatre boutiques au même moment. On m’avait prévenue, mais on ne peut pas comprendre tant qu’on ne le vit pas.
C’est compliqué de ne pas voir comment les choses se passent et comment mes employés se comportent avec nos clients, par exemple.
La clé c’est d’avoir quelqu’un de confiance sur place – mais de ne pas leur donner trop de liberté. Je l’ai appris à mes dépends mais il faut arriver à trouver l’équilibre.
C’est à dire faire confiance, mais aussi vérifier à chaque instant que tout a bien été fait.

C’est quoi l’expression, déjà ? Give him enough rope and he’ll hang himself… (“Donnez trop de corde et ils se pendront””)

Quelle est ta relation avec l’argent ?

J’ai toujours aimé prendre des risques – je crois que je suis née comme ça. Je n’ai peur de rien, j’ai confiance en moi et je n’hésite pas à prendre des paris.

Il faut dire aussi que j’ai grandi dans une grande famille – on était 12 frères et soeurs – et nous n’avions pas d’argent, donc je sais ce que c’est que d’être fauchée.

La plupart des gens sont terrorisés à l’idée de la pauvreté mais moi je l’ai connue, et elle ne me fait pas si peur que ça.

Est-ce que tu as eu un mentor ? Est-ce que quelqu’un t’a soutenue ou guidée ?

Mon mentor, ça a été la méditation. Pendant toute cette période j’ai médité une demi-heure chaque jour. C’était très important pour moi d’avoir de la gratitude pour tout ce que j’accomplissais et apprenais, et pour tout ce qui allait arriver…

Tiens par exemple, prenons le glaçage de mes cupcakes. Je n’arrivais pas à imaginer la recette idéale, et je me suis dit, ne stresse pas, médite, visualise le résultat. J’ai fait ça pendant des mois et des mois, sans perdre espoir. Et finalement un jour j’ai trouvé !

Ce qui est marrant c’est que c’est LA recette qui a fait parler de nous.

Est-ce que tu as eu des moments de désespoir, où tu t’es gavée de cupcakes en pleurant sur ton sort ?

Plein ! Il y en a un dont je me souviens particulièrement. C’était un 2 janvier, il y a 6 ans, cinq mois après l’ouverture. C’était la fin des fêtes, on avait été débordés pendant des semaines… Et soudain la boutique était vide. Le désert. Peut-être trois clients en tout et pour tout ce jour-là. À cinq heures, je me suis retournée vers me soeur en pleurant :

“Babycakes est fini !!! Les gens ne veulent plus de nous !”

Bon bien sûr après j’ai réalisé que le jour d’après le Nouvel An tout le monde se met au régime, mais sur le coup j’ai cru que c’était la fin !!!

On a regardé tes vidéos… a) Non mais ça va pas bien dans ta tête ? b) ON ADORE !!! Qui a eu cette idée géniale ?

Ahah, j’ai la chance d’être mariée à un homme intelligent, hilarant et talentueux, qui s’appelle Chris Cechin. Il a tout de suite compris Babycakes et il a eu l’idée de créer ces petites vidéos pour donner une idée de la personnalité de nos boutiques.

Maintenant racontes… Ça fait trois fois que tu passes dans le show télé de Martha Stewart. Elle est comment ? C’est un peu la Anna Wintour du lifestyle, non ?

Elle est hallucinante et c’est carrément ça ! Elles ont toutes les deux des talents de visionnaires et elles sont intrépides. Je pense que beaucoup de gens, spécialement les femmes, ont du mal à demander ce dont elles ont besoin mais elle, elle n’hésite pas.
Elle n’a pas peur de mettre les gens mal à l’aise. Ça lui a apporté un succès incroyable.

J’ai remarqué que les gens sont très anxieux en sa présence – mais en étant tout simplement moi-même, tout se passe bien. En fait, c’est comme si elle pouvait sentir la peur !

Question hyper cruciale : Comment fais-tu pour avoir ce corps de rêve alors que tu es entourée de brownies au chocolat toute la journée ? Et que tu es enceinte !

Bon. D’abord laisse-moi te dire un truc, je viens de déchirer mon pantalon. J’étais déterminée à l’enfiler, j’ai forcé, et crac !
Mais je fais du sport tous les jours. J’ai commencé il y a 10 ans quand j’ai arrêté de fumer, et maintenant c’est parfaitement naturel pour moi. Avant ma grossesse, je faisais du SoulCycle, j’en étais tellement dingue que j’étais en passe de me transformer en l’un de filles complètement hystéros qui vont à la gym le samedi soir – mais j’ai du me calmer parce qu’étant enceinte, je ne suis pas supposée faire d’exercices aussi intenses.
Aujourd’hui je fais de la barre au sol.

Des projets à venir pour Babycakes ?

On vient juste de lancer des préparations pour gâteaux, cookiex et brownies sur notre eshop. On est en plein lancement de notre quatrième boutique à Los Angeles et je suis aussi en train de rédiger de mon prochain livre. Tout est calme, quoi :-)

Et enfin, quel est le meilleur conseil que tu aie jamais reçu ?

Huummm, je dirais que c’est mon frère Frankie qui me l’a donné quand il a lui-même lancé son business. Il m’a dit de ne jamais m’écarter de ma vision et de ne laisser personne m’influencer, quel qu’en soit le prix.