Aujourd’hui, un nouveau “vintage” post datant de 2007. J’ai pas tellement changé, en fait. Toujours aussi grave. Et j’ai toujours le foulard :-)

À l’heure où se déroule ce récit, je suis engloutie sous une montagne de pantalons Rykiel qui retracent 20 ans de mode, de ses périodes les plus heureuses à d’autres, bien plus obscures. Ce sont les ventes privées, où comme d’hab, le grand absent est le temps présent, c’est à dire la collec’ de cet hiver, dont je rêve la nuit.

Je me trimballe néanmoins avec un sac rempli de trois paires de 14*, d’un gilet long, comme dirait ma copine Nina, from hell to heaven, rayé of course, et de tout un tas de Rykieleries réjouissantes que je m’empresserais de reposer au moment de faire les comptes.

Quand soudain je retrouve Géraldine, sublimement et fraîchement foulardée. Un douloureux sentiment appelé jalousie me perfore. N’écoutant que mon avidité, j’exécute un saut de l’ange impeccable dans le bac des foulards, d’où je ressors, pas peu fière, un tissus vert, duveteux, fleuri et siglé à la main. Je m’en pare et le montre à Géraldine, qui fait wow**.

Le it-sentiment m’étrangle. Il me faut ce foulard, c’est quoi le prix, t’façons je m’en fiche bien du prix, j’ai un PEL, etc. Je fonds sur l’une des vendeuses, je l’attrape par le cou et je la menace de l’attaquer à coups de 14 si elle ne lâche pas l’info sur le champ.

Elle : regard surpris.
Moi : regard hagard.
Elle : regard narquois.

Elle : “Mais c’est pas un foulard ! C’est le tissu dont on se sert pour recouvrir le fond des bacs !”

Moi : sentiment comparable a celui qu’a du ressentir Jessica Stam le 4 mars 2006***.
Un mètre derrière : éclat de rire tonitruant de Géraldine.

Bon, alors, vous pensez que j’ai fait quoi ?

Et bien je suis allée voir la responsable, je lui ai demandé de me donner le fichu tissus, elle a dit non, je lui ai dit mais si, elle m’a dit mais non, je lui ai dit je paye, elle a dit mais on n’en donne même pas aux employés, je lui ai dit combien, elle m’a dit bon je vais voir attendez moi ici.

Et elle est revenue avec un petit paquet, et elle m’a dit : ” On vous l’offre.”

Moi je dis, dans la vie, y a ceux qui ont un pistolet chargé, et ceux qui creusent.
Moi, je creuse.

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* 14 centimètres de talons, Géraldine a dit : “Ça fait drag queen. Garance lâche ça tout de suite tu vas avoir un accident et te faire très très mal.”
** le vocabulaire utilisé en période de soldes est par la force des choses réduit à sa plus simple expression :
“wow”, “bof”, “no way”, “trop cher”, “on se casse”, et enfin “j’y crois pas l’affaire de dingue”.
*** merci à M1 pour ses liens vers des videos de mannequins qui se cassent la gueule, c’est cruel, mais qu’est ce que c’est drôle !