La carrière de Caroline est très intéressante, et ça faisait longtemps que je voulais vous en parler. Non seulement parce que Caroline elle-même est aussi drôle que brillante, mais aussi parce que sa trajectoire n’a rien de linéaire.

À travers ses réponses, elle nous raconte comment elle est passée de la finance aux front rows des défilés, à quoi ça sert de devenir une star des blogs de streetstyle et surtout l’aventure que c’est de tenir Tank, un magazine art & mode indépendant, basé à Londres.

Ça, plus un look que j’adore (sweat à capuche et boucles d’oreilles strassées, mais yeaaah !), pffffff, c’est trop la fête aujourd’hui sur ce blog. Allez hop ! Vis ma vie de Caroline !!! Bisou !


Quel est ton titre chez Tank ?

Je suis éditrice et rédactrice en chef mode.

Qu’est-ce que tu as fait comme études ?

J’ai toujours adoré le monde des affaires ! J’ai eu la chance d’étudier dans une école de commerce géniale aux US qui s’appelle Wharton (Caroline a grandi à Montréal). L’école était remplie de nerds et… J’en faisais partie !

Et quel a été ton premier job ?

Après mon diplôme, j’ai rejoint une petite boîte de consulting et de management, à San Francisco. Je me suis concentrée sur la grande distribution. Mon premier compte fut Nordstrom. J’ai travaillé avec eux sur leurs stratégies petites tailles et plus-size.

Et qu’est ce qui s’est passé par la suite ?

J’ai déménagé au Texas où j’ai travaillé sur l’acquisition de Snapple (NDLG : une marque de soda) par Dr. Pepper (NDLG : une autre marque de soda !). Ensuite je me suis installée à Singapour, d’où ma mère est originaire, j’y ai travaillé pour un client dans la finance et… je me suis rendue compte que je détestais la finance ! Je n’avais pas du tout envie de passer mes week-ends à lire des livres sur les hypothèques.

Je préférais de loin lire des magazines. J’ai donc demandé à ma boîte de me m’envoyer à Londres où j’ai recommencé à travailler pour la grande distribution, avec Boots. (NDLG : comme quoi il ne faut pas avoir peur de déménager quand on commence sa carrière !).

Mais alors comment t’es-tu retrouvée chez Tank ?

J’ai rencontré Massoud Golsorkhi, le créateur de Tank, par le biais d’amis communs. À l’époque il cherchait quelqu’un pour l’aider à gérer les affaires de Tank. J’étais jeune et naïve et je me suis dit : “Mais tiens, en voilà une bonne idée !!! Je vais abandonner un job hyper bien payé pour devenir entrepreneur dans la presse mode.”

Et c’est ce que j’ai fait. J’ai rejoint Tank en 2002, il y a presque 10 ans de cela… Et c’est la meilleure décision que j’ai prise de ma vie !

Explique-nous un peu quel est ton travail chez Tank ?

On a deux publications. Tank est trimestriel, et BecauseLondon est quotidien.
Ce à quoi il faut rajouter notre agence de consulting, TankForm. Nous avons une douzaine de clients pour qui nous créons des choses aussi diverses que des campagnes de pub ou des webshops comme pour Vivienne Westwood. Nous créons aussi des magazines pour des marques comme Levi’s.

Wow, ça fait beaucoup ! Ça donne quoi une journée de travail pour toi ?

C’est comme si je faisais 12 jobs différents dans la même journée et environ 10 projets par semaine. Ça passe d’un meeting avec l’équipe mode de Tank, à commissionner des rédacteurs ou préparer une plateforme stratégique pour une nouvelle marque. C’est hyper varié et c’est la raison pour laquelle j’adore mon job.

Tank, c’est plus qu’un magazine de mode. Comment arrivez-vous, toi et ton équipe, à trouver l’équilibre entre mode et art ?

Nous créons assez d’espace dans le magazine pour pouvoir couvrir des sujets aussi variés que l’architecture, l’art, la musique et la mode, avec, nous l’espérons, du sérieux et de la crédibilité.

C’est important pour vous d’avoir des célébrités dans votre magazine ?

On n’est jamais vraiment allés dans ce sens-là. Le peu de “célébrités” que nous avons mis en couverture, les gens ne les reconnaissaient même pas !

Pour nous, les vraies célébrités sont des architectes, des artistes ou des gens qui font des choses intéressantes, donc pas nécessairement celles qui sont en couverture de Voici ou de Gala.

Qui rêverais-tu de shooter pour Tank ?

Des femmes intenses et talentueuses comme l’écrivain Zadie Smith, la musicienne Corinne Bailey Rae, l’artiste Shirin Neshat, Donna Karan, Oprah Winfrey…

Comment financez-vous le magazine ?

Il est auto-financé. Massoud et son partenaire ont lancé le magazine avec 6000 copies qu’ils vendaient à l’arrière d’un camion.

Treize ans et demi plus tard, on a la chance d’avoir des lecteurs loyaux qui achètent le magazine en kiosque, et un petit nombre d’annonceurs fidèles.

En fait, notre modèle est à l’inverse d’un groupe de presse. Tous les grands magazines se financent en vendant énormément de pubs et en considérant les ventes comme la cerise sur le gâteau… Et c’est tout le contraire pour nous.

Du coup comment s’articule l’économie entre Tank et TankForm ?

Tenir un magazine c’est difficile. Tiens par exemple, si je vends une copie du magazine à Shanghai, je reçois ma marge un an après ! Cela a poussé notre agence de consulting à grandir plus vite, pour aider à financer le magazine.

Les marques viennent vers nous parce qu’elles aiment notre magazine et notre point de vue, donc elles nous approchent pour notre expertise en matière de direction artistique par exemple. D’ailleurs à mon arrivée ma mission était de développer l’agence pour avoir les reins assez solides et prendre de plus gros projets sans que le magazine en souffre.

C’est ainsi que nous pouvons continuer à faire un magazine qui est le reflet de nos passions.

Internet va si vite, est si économique… Pourquoi continuer à faire un magazine papier ?

Le papier est là pour rester. Chez Tank on n’est pas tellement dans les news, on aime se concentrer sur ce qui va résister à l’épreuve du temps.

Personne ne connaît la formule idéale pour réussir sur Internet. Notre plus grand challenge, c’est d’arriver à trouver ce qui est juste pour le papier, et ce qui l’est pour Internet.

Nous voulons que Tank fasse partie de l’histoire culturelle, que nos lecteurs aient envie de le garder chez eux et de l’emporter avec eux quand ils déménagent…

Ok, c’est le moment de l’interview célébrité !!! Tu fais partie des personnes que j’adore photographier… Qu’est-ce que ça a changé pour toi de devenir une star des blogs de streetstyle ?

Le plus important c’est que ça aide le magazine : les gens s’y intéressent et le découvrent ou le redécouvrent…

La fashion week arrive bientôt… Tu trouves ça important d’être assise en front row ?

Le seating des défilés est un mystère. Si une marque n’aime pas ton magazine, tu n’es pas invitée aux shows ou on te donne une place au 9ème rang où tu ne vois rien et franchement… Dans ce cas quel est l’intérêt ?

En fait ce qu’on devrait faire c’est une soirée défilés, on s’assiérait devant notre ordi en mangeant des donuts, comme pour un match de foot !

Un moment fashion dont tu te souviendras toujours ?

Je me souviens du show Dior Couture à Versailles. La mode est un rêve et ce qui est génial dans notre travail c’est que parfois on entre dans ce rêve.

Tu es toujours super calme et souriante pendant les shows… Comment fais-tu pour ne pas perdre ton calme avec toute l’hystérie ambiante ? 

Il faut prendre de la distance. Lire le journal tous les jours permet d’avoir une perspective qui dépasse le microcosme de la mode. Il faut se rappeler que la mode n’est pas tout.

Tu as été photographiée pour le Vogue plusieurs fois récemment, quels sont les avantages et les inconvénients d’être reconnue ?

Franchement, je n’ai jamais été aussi obsédée par mes cheveux. Ça me rend folle !!! Je n’ai jamais fait de couleurs, et j’ai plein de cheveux blancs, mes cheveux sont tellement frisés que je ne sais pas quoi en faire, et du coup pour la première fois je me dis : “Merde ! Je devrais vraiment faire quelque chose !” J’ai essayé toutes sortes de produits pour les faire briller, mais je crois qu’il est temps que je fasse appel à des professionnels.

Les bons côtés, c’est d’être invitée à plus de dîners (et de manger des trucs délicieux, donc en fait, pas si bien quand on travaille dans la mode… Mais bon) et de rencontrer des tas de gens intéressants.

J’ai plein d’amis dont le rêve est de lancer leur propre magazine. Tu aurais des conseils à leur donner ?

Juste d’avoir un point de vue spécifique et de s’y tenir. Et ensuite de s’assurer que les gens avec qui vous allez travailler partagent ce point de vue.

Ça, et se constituer une super équipe. Nous avons 22 personnes au studio à présent. Mais pour commencer il faut un très bon rédacteur en chef, un très bon directeur artistique et un très bon éditeur.

Trois personnes qui seront là pour le meilleur et pour le pire !

Quel est ton rêve le plus fou pour l’avenir ?

Mmmh… Je voudrais être le prochain SI Newhouse. Mais le prochain SI Newhouse qui aurait réussi le mariage parfait entre le web et le papier :-)

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Voilà ! Je pense qu’on a fait le tour de son travail – que je trouve passionnant, enfin normal c’est un peu comme ce que je fais en fait, sauf qu’on est beaucoup moins au Garance Doré Studio :).

Si vous avez d’autres questions pour Caroline, n’hésitez  pas à les poser ici ou sur Facebook, j’adore l’embêter avec mes millions de questions. Et si vous avez envie d’en savoir plus sur d’autres métiers, de la mode ou autre, n’hésitez pas à me faire des suggestions, je suis à l’écoute !!

Bonne journée !

Jettez un coup d’oeil sur mes autres career girl !!!