On parlait la dernière fois de style et de personnalité… Moi j’ai cherché les miens (style ET personnalité) pendant longtemps.

Bon, il y a eu quelques moments plus marquants que d’autres :

1/ j’ai 8 ans, je suis amoureuse de mon papa.

Pour avoir le privilège de passer le plus de temps possible avec lui, je m’intéresse à toutes ses activités. Je m’habille comme lui.

Par ailleurs je suis complètement fan depuis mon enfance de Claude, l’héroïne du Club Des Cinq. Mon look ?

Pantalon et cheveux courts. Je suis le vrai garçon manqué de l’école, et toutes les petites filles modèles (les parfaita de l’époque, quoi.) me regardent avec méfiance.

2/ J’ai 13 ans, je suis amoureuse de Marcel.

Marcel est le plus beau skateur du collège. Il ne sait pas que j’existe.
Vu que j’ai l’impression de n’avoir aucune personnalité, je me dis que le mieux pour me faire remarquer, c’est :

a/ De copier le style de Marcel. Jeans baggy, tee-shirts baggy, Converse.

Résultat : Nul. Ne sait toujours pas que j’existe.

b/ J’affine mon analyse. J’observe que tous les copains skateurs de Marcel ont des chéries super féminines. Je me dis que vraiment, j’étais trop stupide quand j’étais jeune (= 2 jours avant). Evidemment, les garçons préfèrent les vraies filles !!!

Changement de stratégie. Je deviens super girly.

Résultat : Nul. Ne sait toujours pas que j’existe.

J’en conclus que ce n’est pas avec le style qu’on attrape les garçons. Le jour où je me dis ça, je rencontre mon premier amour. Non, pas Marcel. Marcel ne sait toujours pas que j’existe.

3/ J’ai 15 ans et je suis amoureuse de Rei Kawakubo.

Que j’ai découvert dans The Face, ma nouvelle bible. Vu que je n’ai pas de budget fringues, je fais des virées incognito dans le placard de ma mère.

Je m’empare de quelques-unes de ses plus belles fringues (Alaïa ? Mugler ?) et à l’aide de mes grands ciseaux j’en fais du Comme Des Garçons.

À Ajaccio où j’habite, personne ne comprend mon look sauf moi. Adolescence et désespoir. Personne ne me comprend. Et ma mère encore moins, qui manque de s’évanouir le jour où elle découvre mes méfaits. Outrée par son manque de créativité, je lui dis qu’un jour Rei Kawakubo m’adoptera et qu’on sera tous bien contents.

4/ J’ai 17 ans et je suis amoureuse de ma meilleure amie.

Notre style? Jean skinny Agnès B., gros pull et Dr Martens. Tout pareil, tous les jours, tout le temps. Notre dressing ? Commun. Nos amis ? Les mêmes. Nos films préférés ? Le même (Le Rocky Horror Picture Show). Notre personnalité ? Notre quoi ?

5/ J’ai 21 ans et je suis amoureuse de Björk.

Mon look : Chaussures de montagne comme Björk, micro-jupe comme Björk, micro-chignons comme Björk, et parka militaire parce que pas comme Björk : pas le budget pour aller m’habiller chez Hussein Chalayan.

Un jour, juste comme ça, pour voir, je me rase la tête. Parce que je suis troooop wooooooh ! Rrrrrrsgsgsg (bruits gutturaux comme Björk) !!! Crazy! Comme Britney Björk.

6/ J’ai 24 ans, je suis amoureuse d’un rockeur.

Jeans skinny (introuvables à l’époque, à moins de passer 12h à fouiller les tréfonds d’une friperie, mais j’avais pas mal de temps entre deux concerts à l’époque), ballerines pointues (introuvables à l’époque, à moins de passer 12h à fouiller les tréfonds d’une friperie, mais j’avais pas mal de temps entre deux concerts à l’époque), fourrure vintage (hyper facilement trouvables en fripes, pffffff, trop nul), clope au bec, bière dans une main, pass backstage dans l’autre.

Quelques années plus tard, je réalise que je n’aime pas la bière. Et qu’on voit mieux le concert depuis la salle. C’est pas comme si elle était bondée, de toutes façons.

5/ J’ai 26 ans, et je suis amoureuse de Zara.

Correspond parfaitement à mon budget de jeune employée. En l’espace de quelques mois, ma garde-robe est constituée à 80% de Zara. Zara devient ma religion, comme à la messe j’y vais au moins une fois par semaine, et très vite je me demande comment je faisais pour m’habiller, avant.

Résultat : même look que toutes mes copines. Non. Même look que toute ma ville! Non, Même look que toute la France !!! Non. Même look que le monde entier!

6/ J’ai 27 ans, et je suis ruinée.

J’ai quitté mon job pour me lancer dans l’illustration. C’est la vie de bohème ! Même aller chez H&M est un luxe, c’est le niveau 0 du shopping, c’est le fashion juice cleanse. La seule chose que je n’arrête jamais d’acheter, c’est des magazines. Aaaaah, magazines, pays des merveilles !

7/ J’Ai 30 Ans, Je Suis Illustratrice, Et J’Ai Un Blog !!!

Les blogs de mode naissent en France au moment où le mass market de la mode explose. Zara,TopShop et H&M, qui lance les collaborations avec des designers (La guerre pour une veste Karl Lagerfeeeeeld !!!)… C’est la surconso.

Et pour moi qui commence à vivre de mes illustrations, après le fashion juice cleanse, c’est la rechute :
Plutôt que de rester calme et d’acheter peu de jolies pièces, je me ruine en “bonnes affaires fashion” et en ventes privées débiles.

C’est ma pire période niveau style : je ne m’habille pas pour moi. Ni même pour un mec ou ma best friend mais pour essayer d’être “fashion”.

Tiens par exemple. C’est la folie Phoebe Philo pour Chloé. Vous vous souvenez des robes baby doll ? Vous m’imaginez en robe baby doll pseudo Chloé ? Non ? Moi non plus.

Pourtant j’ai fait. Vraiment, des années sombres.

8/ Je N’ai Pas Assez de Recul Sur Les Années Qui Suivent Mais :

Mon style a fini par retomber sur ses pattes et a retrouvé ses fondamentaux : vestiaire masculin et jupes courtes, entre autres. J’ai toujours des moments où je m’affole et où j’essaye soudainement de devenir aussi sexy-cool qu’Emmanuelle Alt ou aussi sexy-chic que Carine Roitfeld mais ces moments ne durent jamais très longtemps.

J’ai compris que quoi que je fasse je ne pourrai être que moi.

J’ai encore plein de choses à apprendre pour ce qui est des tenues de soirée. Parfois je m’affole au moment des défilés. Achats à la con, prises de tête de dernière minute avec cris, hurlements & larmes juste avant de sortir, et de temps en temps, un look complètement raté qui me donne juste envie de mourir sur place, vu que je me rends compte qu’il est raté au moment où il est beaucoup trop tard pour en changer.

Mais je suis sûre qu’on passe toutes par là.

Même Carine Roitfeld.

On oublie vite. Ce dont on se souvient ce sont des moments où les gens sont beaux et se sentent bien dans leur peau. C’est ça qui nous marque, que l’on garde avec soi et qui est important. Vous ne trouvez pas ?