Il y a un article très intéressant ce mois-ci dans le Vogue américain.

C’est une mère new-yorkaise qui raconte sa guerre contre le surpoids de sa fille. Pour vous résumer en deux mots, elle a mis sa fille de 7 ans – déclarée obèse par son pédiatre – au régime.

Qu’est-ce que j’en pense ? Et bien pour avoir pu observer le problème autour de moi, je pense qu’il n’y a pas de solution préconçue.
Il y a des enfants qui ont un rapport compliqué avec la nourriture, que cela dérive des habitudes alimentaires de leurs parents ou non.
Pour certains, ça se règle tout seul avec l’âge. D’autres ont besoin d’être guidés et aidés, pour que ce qui ressemble parfois à un tout petit problème ne prenne pas toute la place à l’adolescence.

C’est au cas par cas, et il n’y a pas de solution idéale, tout comme il n’y a pas de mère parfaite (À part la mienne, bien sûr, maman, bisou !). Et qui peut se permettrai de juger un rapport entre une mère et son enfant ?

Pourtant ce témoignage a choqué : “Mais quelle horreur !!! Comment peut-on mettre un enfant au régime !?!!”.

Moi, ce qui m’a surtout touchée dans cet article, c’est la franchise et l’honnêteté de la maman, qui a l’intelligence de reconnaître son rapport complètement déglingué avec la nourriture, et d’admettre qu’elle a été bien prise au dépourvu quand il s’est agi de prendre en main la nutrition de sa fille…

Je vous en ai déjà parlé, mais depuis que je vis à New York, je suis fascinée – et terrorisée – par le rapport obsessionnel que les gens ont avec la nourriture, ici.

Entre copines par exemple. On parle tout le temps de nourriture. Qu’est-ce qu’on mange, qu’est-ce qu’on ne mange pas. Quelles allergies on a. Quel juicing il faut faire en ce moment. Comment on a exagéré au restaurant le jour d’avant.

On en parle… Sur un ton léger. On partage les bons plans macro-bio, les nouveaux régimes révolutionnaires et les meilleurs thés brûle-graisse. Mais personne ne parle jamais du côté alarmant de ces comportements obsessionnels.

Mais j’ai fini par me rendre compte que beaucoup de filles sont au régime à l’année. Et que pour certaines d’entre elles, il s’agit carrément d’une espèce d’anorexie perpétuelle, gérée tant bien que mal à coup de jeûne, de thé vert et de juicing.
Je me demande quels résultats  auront ces années entières de bonne-malnutrition…
C’est un peu tragique, d’autant que comme tout est dans le non-dit, pas moyen d’aider.

L’article de Vogue, à travers la voix de la maman, Dara-Lynn Weiss, permet de comprendre un peu mieux ces comportements :

“Ces trente dernières années, j’ai passé mon temps entre Weight Watchers, Atkins, Slim Fast, LA Weight Loss, Jenny Craig, les régimes à base de jus et les régimes macrobio.
[...]

Je n’ai jamais avalé aucune nourriture ni parcouru aucun menu de restaurant, ou même été malade au point de vomir, sans lancer mentalement un algorithme compliqué afin d’essayer d’imaginer comment cela affecterait mon poids.

[...]
C’est quand je suis devenue maman (de deux enfants, l’ainé n’ayant aucun problème de poids, ndlr) que mon poids s’est stabilisé. Il varie parfois de quelques kilos, mais je me sens plutôt normale. J’ai une silhouette plutôt normale. Mais, comme beaucoup de femmes, je ne suis pas vraiment normale.

Je maintiens un poids raisonnable en alternant les extrêmes. J’équilibre ma tendance à craquer pour les cheeseburgers et cupcakes en m’infligeant 3 jours drastiques de juicing.”

Normale ? Wow. Moi je trouve ça plutôt flippant. Et je me dis que vraiment, penser à ça 24h/24, non seulement ça pourrit la santé mais tout simplement ça doit pourrir la vie.

Alors évidemment, on peut hurler sur le fait que cette mère ait rendu publique son obsession pour la nourriture et le combat de sa fille (pas du tout anonyme, photos happy-happy post-régime à l’appui), mais encore une fois, c’est un témoignage, pas une leçon de vie.

Mais je trouve ça bien que Vogue, à travers ce témoignage, ait le courage de regarder les choses en face et de montrer ce qui se passe dans l’esprit de l’une de ces femmes “normales” qui souffrent d’un rapport compliqué à la nourriture pendant toute leur vie.

Qu’est-ce que vous en pensez de ce rapport à la nourriture, avez-vous l’impression, que beaucoup de femmes “normales” s’infligent ce genre de torture ?
Et, vous-mêmes, avez-vous un rapport complexe avec votre poids ? Arrivez-vous en à en parler autour de vous ?