Dernières heures à Tokyo et la seule chose que j’ai envie de faire, c’est de rester assise au bar de mon hôtel, devant l’une de ces immenses fenêtres d’où j’ai une vue hallucinante sur la ville.

Aujourd’hui il pleut, il y a du vent, et d’énormes nuages passent entre les tours grises et argent, juste devant moi. Je pourrais rester ici des heures, à essayer de capturer ce que ce voyage à Tokyo a changé en moi.

Aller travailler dans un endroit inconnu, c’est le meilleur moyen d’entrer directement dans le vif de la ville. Alors forcément, on perd un tout petit peu le côté Lost In Translation (quoique), mais on a la chance de vivre des moments incroyables dont on se souviendra toute sa vie. Genre :

Le karaoké. J’ai eu la chance d’aller faire un karaoké avec de vrais Tokyoïtes et j’en suis encore toute retournée. Imaginez :
D’abord, au Japon, le karaoké ne se pratique qu’en salon privé. Donc on réserve un salon pour une heure, deux heures ou une nuit entière. Quand on arrive, le mieux c’est de choisir l’option boissons à volonté.

(Moi, bien sûr, je bois du saké comme toute occidentale qui se respecte, mais mes copains japonais préfèrent de la bière ou du whisky soda.)

Dès que la porte du salon privé (c’est à dire un placard qui PUE la cigarette) (on peut encore fumer à l’intérieur au Japon mais pas dans la rue, là, il faut se regrouper dans des spots fumeurs) se referme, mes copains japonais choisissent des chansons et commencent à faire monter les décibels dans leur micro (son totalement pourri, il faut littéralement hurler pour entendre quelque chose) (mais bien sûr, c’est fait exprès, l’idée c’est de se défouler !) en japonais.
Après la seconde chanson japonaise, je décide de lancer une chanson que mon équipe et moi pourrions chanter. Madonna, Like a Virgin.

Hurlage dans le micro, danses totalement sexuelles, sautage de table à sofa, hurlage dans mon oreille pour que je boive cul sec mon saké (très persuasif), au bout de deux heures, je sors de là complètement bourrée et parfaitement ravie.

Kana, ma productrice, me dit : “Maintenant tu comprends comment les Japonais relâchent la pression des longues journées de travail.”

Privé. Sortant du karaoké vendredi soir à Shibuya, complètement bourrée et perdue dans une mer de gens et de lumière, je demande : “Mais est-ce que tous les karaokés sont privés ? Il n’y a pas de salles publiques ?”
Réponse : “Non, ça va pas ? On ne chanterait JAMAIS en public !”

Nourriture : “Je n’aime pas la nourriture japonaise, les sushis ne m’intéressent pas et les algues, c’est pour les poissons”, disais-je avant d’arriver à Tokyo.
Les premiers jours, il a fallu un peu me forcer. Les textures gluantes, l’amertume, les soupes tout le temps, bof. Et puis j’ai commencé à adorer.
Je n’ai mangé des sushis qu’une fois. La nourriture japonaise, c’est tellement plus que ça.
Vous connaissez un bon japonais à New York ?

Les sushis : il faut les mettre tout entiers dans la bouche. Et les tremper dans la sauce soja côté poisson pour que le riz ne tombe pas dedans  . Oui. Essayez chez vous, c’est pas facile.

Shopping

1/ Les Japonaises et moi n’avons pas les mêmes goûts. La mode est très “fillette”, même passé l’âge. La féminité ne veut certainement pas dire la même chose, et je n’ai pas assez exploré pour être en mesure de vous donner l’un des mes légendaires décryptages psychologiques (quel dommage !). De shopping mode il n’y eut point donc.

2/ Les Japonaises n’ont pas le même corps que moi. Ma seule chance de trouver un vêtement à ma taille, c’est d’aller m’habiller chez l’homme. Une chaussure en 40 ? Non pas.

3/ Les hommes japonais ont les mêmes goûts que moi. En ce moment, ils aiment le casual à l’américaine, surf spirit et aussi les vêtements de randonnée, un truc de malade à Tokyo tellement c’est la mode… Et la tendance “Americana”, jeans, chemises à carreaux, rayures, etc.
Leur interprétation de la mode américaine est tellement réussie, tellement poussée   jusqu’à la perfection que j’ai vraiment eu du mal à ne pas ramener des tee-shirts “California Dreamin’” de chez Beams ou United Arrows.

Mots. Chers lecteurs adorés, ce n’est pas sans une pointe d’orgueil que je vous avoue mon talent inné pour les langues. Mettez-moi plus de quelques jours n’importe où, et je suis capable de parler à l’habitant. Quatre jours et j’arrive à le faire rire (ce qui est mon but ultime dans la vie).

Oui, ben pas au Japon. Mon génial cerveau est parfaitement imperméable au japonais, ce qui nous permettra de garder délicieusement courte la liste de mots que je vous ramène.

Sumimassen : S’il vous plaît. À faire traîner sur   la dernière syllabe, et à hurler quand on est au restaurant. Sumimasseeeeeeeeeeeeeeeeeeen ! (mnémotechnique inventée par mon équipe : “sue my my son.” Ouais. Bon. Ça marche)
Arigato : Merci. Dérivé du portugais (naaaaan mais les envahisseurs, quoi, sérieux !!!) Obrigado.
Sayonara : Au revoir.
Et voilà, c’est tout. Ah non, j’oubliais. Saké.

Trop grandes. Beaucoup de Japonaises portent leurs chaussures une ou deux pointures au dessus. Ça flip flop à mort au Japon. Paraît que c’est parce qu’on enlève ses chaussures toutes les deux minutes (pas de chaussures dans les appartements, non mais ça va pas ?)

François Hollande : François Hollande est le grand vainqueur du premier tour et dans le Japan Times, il est en première page, tout en bas.

Propreté : Tout est extrêmement propre au Japon, des rues au fish market aux toilettes aux stations de métro aux taxis aux… Et pourtant, il est quasi impossible de trouver une poubelle pour se débarrasser de son gobelet de café dans la rue. Sont trop forts ces Japonais !

Tradition : le kimono se porte toujours pour les célébrations, comme par exemple pour fêter le passage à l’âge adulte, a 20 ans – la jeune fille en photo est en route pour l’anniversaire de sa sœur – le kimono c’est très cher, donc il y a des endroits où l’on peut les louer et se faire préparer… Trop beau !

Beauté. La beauté est partout. La beauté est une chose très importante au Japon et est prise très au sérieux. La beauté a plusieurs dimensions, et je ne parle pas de la beauté physique. Il y a tellement d’autres beautés.
La beauté d’un geste.
La beauté des saisons. L’amour des Japonais pour la saison des fleurs de cerisiers ne s’arrête pas à la seule beauté de l’arbre. La beauté des sakuras se trouve dans la vigueur de l’éclosion (l’arbre éclot tout d’un coup et se charge de millions de fleurs) et dans sa fragilité (les fleurs disparaissent en quelques jours).
La beauté de l’intention. Mon cours de calligraphie m’a appris une chose très importante, que j’espère utiliser dans mon travail. Alors que Ten-You m’apprenait à tracer une simple ligne, que je m’efforçais de faire droite et rapide, elle m’a dit d’y mettre de l’esprit. Tracer une ligne est soudain devenu une expérience complètement nouvelle…

Et surtout, la beauté parfaite est imparfaite. C’est ce que j’ai compris du concept de wabi sabi, difficile à définir mais qui décrit la vraie beauté comme se trouvant dans l’impermanence, l’imperfection, la patine du temps, la simplicité.
C’est plus facile à observer dans la poterie japonaise – sublime – qui prend toute sa beauté au fur et à mesure que l’eau chaude fait son travail de craquelure par exemple.

Si seulement cette sagesse pouvait se retrouver plus souvent dans nos    vies de tous les jours, on passerait moins de temps à courir après la tragique idée que la perfection existe et qu’elle est la clé du bonheur…
(Bien sûr que les Japonais ne sont pas tous sages et wabi sabi – eux aussi adorent la chirurgie esthétique, même si leurs critères de beauté sont différents des nôtres…)

Boys : Des tas de Japonais sexy. Moi, je suis très heureuse avec mon Américain sexy (Je doute que Scott arrive à lire cet article jusqu’au bout mais au cas où, hehe) mais au cas où vous vous le demandiez, mes chères single ladies, je vous le dis.

Wapanese : Avec tout ce degré de fantasticité, on pourrait rapidement devenir un Japan lover, voire un japanese wanabe. Ils sont des milliers d’étrangers à avoir le coup de foudre pour le Japon, à apprendre la langue, à connaître toutes les traditions par cœur, à tomber fous amoureux d’un Japonais ou d’une Japonaise, à trouver que tout est mieux ici, tout est plus raffiné, tout est plus beau, tout est harmonieux, tout est plus sain… Comme si les Japonais avaient trouvé la clé du bonheur éternel.
Les Japonais, qui ne sont pas dupes (le Japon est un pays comme les autres, avec ses problèmes de société, ses Marine Le Pen, ses crises économiques et je ne parle même pas   des tremblements de terre, hein) se moquent d’eux en les appelant les Wapanese.

N’empêche, j’espère revenir le plus vite possible. Avec Scott. Aller à Kyoto. Retourner manger du poisson grillé chez Asasyoku. Aller acheter des souvenirs débiles chez Kiddy Land. Prendre trois kilos alors que je pensais rentrer toute mince. Chanter comme une débile au karaoké – si possible tous les soirs. Me réveiller à 5 heures du matin. Apprendre des mots et les oublier 5 secondes après. Communiquer par signes avec des gens rencontrés dans la rue. Dire wow toutes les trois minutes. Vivre Tokyo, quoi.

PS : Mon Pardon My French avec Dior arrive très vite ! Vous verrez tout ça en images. Même moi bourrée au karaoké ? Yes, même moi bourrée au karaoké ! Sayonaraaaaaaaaaaaa !