wes-del-val

J’adore bavarder avec Wes. Il connaît tous les magazines, me donne toujours les derniers blogs à visiter, les bonnes personnes à rencontrer et on peut parler pendant huit heures d’une série de mode ou d’une mise en page.
On a la même passion pour les images.

(On a aussi en commun une personne chère à nos deux coeurs : sa fiancée, Delphine, est mon amie et agent…)

Son job est fascinant : chez powerHouse, une maison d’édition new-yorkaise, il donne naissance à des livres qu’il suit de A à Z.
J’ai eu envie de lui poser quelques questions pour en savoir plus sur son travail qu’il adore, et aussi son évolution dans un monde de plus en plus dominé par internet…

Quel est ton travail?

Je suis éditeur chez powerHouse Books.

Dis-moi, comment as-tu commencé ?

J’ai commencé à lire des magazines très jeune. Ma mère et ma soeur achetaient tous les magazines féminins et j’adorais y regarder les photos de mode et les vêtements. J’ai grandi à Fargo et ce n’est pas comme si c’était une ville très à la mode… Mais j’ai tout de suite su que ça m’intéressait.

Je passais aussi un temps fou à regarder les photos d’Irving Penn et d’Avedon et j’adorais les beaux livres d’image. L’objet en lui-même me plaisait. C’est en tournant les pages de l’un de ces beaux livres, en voyant des images imprimées en grand que j’ai décidé que je voulais faire des livres d’image.

Comment es-tu arrivé chez powerHouse ?

Une semaine après avoir eu mon diplôme d’ «American Studies», j’ai déménagé à New York. J’avais toujours adoré le jazz, donc j’ai travaillé chez Jazz At Lincoln Center pendant à peu près un an.
Mais le 11 septembre est arrivé et énormément de gens se sont retrouvés au chômage… Moi aussi.

Mais j’ai trouvé un autre travail : je suis devenu commercial pour Fendi – et là j’ai pu toucher du doigt ce qu’était la réalité de la vente.

J’avais toujours profondément envie de travailler dans l’édition. Donc j’ai démarché Random House, où j’ai fait du marketing pour les bibliothèques et les écoles. Ça m’allait… L’important pour moi, c’était de mettre un pied dans cet univers.

Mais j’adorais toujours autant les images et la photographie, et Random House faisait plutôt des livres de cuisine et des romans.

Je suis donc rentré chez powerHouse, à la vente une fois encore, espérant qu’une fois là-bas, je pourrais un jour commencer à rechercher des projets et éditer des livres… Et c’est ce que je fais aujourd’hui. Je fais encore de la vente parce que nous sommes une toute petite maison, mais aujourd’hui je passe beaucoup de temps à la recherche de projets de livre.

Vous êtes combien chez powerHouse ?

Nous sommes quatre, et nous sortons environ 20 livres par an.

Et quel est ton rôle en temps qu’éditeur ?

On a tous plusieurs chapeaux, mais je travaille plutôt sur l’élaboration des livres.

Ça veut dire rechercher un projet, donc rencontrer des auteurs potentiels pour trouver ce que l’on va publier. Une fois que l’on décide de lancer le projet, je passe un temps fou à l’éditer.

C’est quoi, une journée au bureau pour toi ?

Je suis sur internet toute la journée. Ma journée de travail ne s’arrête jamais, dès que je me réveille j’ouvre mon laptop et je fais de la recherche, et quand je rentre le soir, je réponds à mes emails – week-ends compris.

Au bureau au quotidien, je regarde où on en est au niveau des ventes, je me renseigne sur notre inventaire, pour être sûr que nos représentants ont bien tout le matériel qu’il leur faut. Mais la partie la plus excitante est la recherche de projets.

Quelle est la chose la plus difficile dans ton travail ?

Tout simplement, le fait que créer un livre, ça prend du temps…

Qu-est ce qui te plait le plus dans ton travail ?

Rencontrer de nouveaux auteurs.

Comment les trouves-tu ?

Tumblr ! (vous pouvez aller voir son Tumblr ici) C’est énorme. J’y passe un temps fou. Je regarde les archives des musées. J’ai trouvé des projets en partant juste d’une seule image d’un artiste repérée au hasard et en allant sur leur site internet. Franchement, ça n’a jamais été aussi facile. Je peux faire tout cela en 5 minutes, ce qui est vraiment un luxe.

Internet est-il en train de changer le monde de l’édition ? Dans quel sens ?

Avec l’ultra rapidité de l’information, il y a un nouveau projet qui sort chaque jour et tout devient obsolète à la vitesse de la lumière. Avant quand on sortait un livre, il restait en librairie pendant 3 mois… Aujourd’hui après 4 à 6 semaines ils commencent à nous être renvoyés.
Alors que nous venons de passer neuf mois à travailler dessus, que nous avons mis tout notre coeur dedans, notre argent, tout !
Et, noooooon, au moment où ça sort, c’est déjà quasiment du passé.

Il n’y a rien à faire contre cela. Juste s’adapter. Si je devais passer ma vie à me plaindre, ça voudrait dire que je me suis trompé de carrière.

Qu’est-ce qu’internet apporte à l’industrie du livre ?

Un inventaire immense, infini – des centaines d’années – de livres à regarder. C’est énorme.

Quel est le livre du futur ?

J’imagine qu’il sera plus interactif, on pourra cliquer sur une photo et avoir la petite histoire, peut-être un commentaire de l’auteur. Ce n’est pas ce qui m’intéresse le plus en ce moment, mais pourquoi pas ?

Et que penses-tu des livres sur les tablettes comme l’Ipad ?

Oh, ça va venir… Dès que quelqu’un trouvera une manière de rendre l’expérience intéressante. Très vite tous les livres auront leur version digitale.

Quels sont les mauvais côtés des livres numériques ?

Cela rend notre projet de neuf mois encore plus éphémère. Parce que l’on ne tient même plus le livre entre ses mains, on ne peut plus choisir le papier, la couverture… Tout ce qui en fait un vrai objet que l’on va poser sur une table.
On perd cela sur l’Ipad.
Cela suffit parfaitement à beaucoup, mais les livres, c’est un peu comme les vinyles aujourd’hui – il y aura toujours un groupe de gens qui les recherchera.

Qu’est-ce qui fait le succès d’un livre ?

C’est le timing. Et le degré d’intérêt que l’on arrive à susciter. Si le public ne sait pas qu’un livre existe…

Quel a été ton plus grand succès ?

Take Ivy. Je préfère sortir un livre juste avant qu’une tendance explose, mais la vague “American Prep” était à son comble et le livre a fait beaucoup de bruit.
Je savais qu’il aurait du succès, mais ça a été un énorme succès pour nous.
Cela nous a amené des projets intéressants que nous n’aurions pas eu sans cela.

Un projet que tu as soutenu à fond et qui n’a pas eu le succès escompté ?

On a sorti un livre très charmant, tiré d’un blog sur Tumblr appelé Scandwiches.
L’auteur fait des sandwiches, il les coupe en deux et ensuite il les scanne… Et le résultat est magnifique.

La morale de l’histoire – et elle est très importante : de blog à livre, ça ne marche pas à tous les coups. On peut avoir des tas de fans online, mais payer pour posséder un objet, ça peut être un challenge pour eux.
Comme d’autres éditeurs, c’est ce que nous sommes en train de découvrir…

Quel est le meilleur conseil que l’on t’ait jamais donné ?

Mon beau-père m’a dit: «Quand tu penses que tu as tout donné, il y a toujours 10% que tu peux faire en plus. Ton projet passera de bon à fantastique.»

Dernière question ! Pour ceux qui cherchent un travail dans l’édition : quelles qualités recherches-tu chez les gens que tu recrutes ?

Nous recherchons quelqu’un de passionné (on ne rentre pas dans l’édition pour l’argent) : on doit aimer les livres.

Et puis nous cherchons quelqu’un qui s’intéresse vraiment à ce qui se passe dans le monde, qui ait une vraie culture et qui comprenne nos références.
Tout le monde dans nos bureaux doit être à l’écoute du monde qui nous entoure, cela rend notre compagnie plus forte.

Merci Wes ! Et enfin pour finir, voici la liste de lecture de Wes…

Favorite Magazines: Pin-Up, Paradis, 032c, Apartamento, AGMA, Log, Another Man, A Magazine, Self Service

Favorite Books: Male/Vince Aletti, Concorde/Wolfgang Tillmans, Not an Object. Not a Monument/Tony Smith, Bettie Kline/Richard Prince, half awake and half asleep in the water/Asako Narahashi, New
Topographics/Britt Salvesen, Firework Studies/Pierre Le Hors, The Cultivated Life/Jean-Philippe Delhomme, 9th Street Run Down/Christopher Wool, Marriage/John Stezaker, Bird/Roni Horn, Self Portrait/Lee Friedlander, Taiji Matsue/Taiji Matsue, Tauba Auerbach’s books from Deitch Projects, the “in almost every picture.” series from kesselskramer, David Markson’s last three books, anything about Cy Twombly

Jetez un coup d’oeil sur mes autres career !!!


Vous devriez également aimer

  • The Del Val #25
    Contributeurs
    The Del Val #25
  • The Del Val #24
    Histoires
    The Del Val #24
  • The Del Val #23
    Contributeurs
    The Del Val #23
  • The Del Val #22
    Contributeurs
    The Del Val #22

74 comments

Ajouter le votre

In The Spotlight