Bethany est ma prof de yoga, la seule dont les cours me plaisent tellement que je la suis depuis que je suis arrivée à New York.

J’adore ses cours parce qu’en plus de m’avoir donné des bras en béton (enfin bon, là, ça fait un mois et demi que je n’y suis pas allée donc le béton commence à fondre grave), elle me fait du bien à la tête. Je suis même en train d’essayer d’organiser une séance privée juste pour moi et mes copines (ce serait cool, non, de faire ça une fois par semaine ?).

Bref. Beaucoup de mes profs de yoga préférés sont tombés dedans par hasard (Tiens par exemple, saviez vous que Tim, mon traducteur et ami, qui travaille avec moi depuis 5 ans, est devenu prof de yoga à Seattle ?), parce que ce n’est pas tellement un débouché que l’on vous offre quand vous arrivez en seconde.

Voici donc comment Bethany est devenue ma prof de yoga préférée !

Alors, comment ça s’appelle, ton travail ?
Je suis principalement professeur de yoga. C’est ma passion.

Je m’occupe aussi de coordonner trois salles de gym à New York pour Crunch. Je gère les professeurs, leurs emplois du temps, et tout ce qui a trait au fitness. J’aide aussi à embaucher, en particulier les profs de yoga.

Je travaille aussi pour SoulCycle dont je suis une des fondatrices.

Comment as-tu découvert le yoga ?
En fait, j’étais directrice marketing à plein temps, et en plus, je dansais pour une compagnie à Philadelphie. Un jour, l’un de mes entrainements a été annulé, et ce jour-là, j’avais vraiment envie de bouger. La réceptionniste m’a suggéré un cours de yoga, juste à côté.

J’y suis allée et c’était hyper physique ! Je me suis dit: “Oh, c’est super !” et j’ai commencé à y aller tous les jours.

À quel moment as-tu eu envie de devenir professeur de yoga ?
Six mois après que j’ai découvert le studio, le propriétaire m’a demandé si je voulais faire un stage pour apprendre à devenir professeur – ce qui voulait dire trois mois de cours particuliers. Je me suis dit que ce serait un bon complément à ce que je faisais déjà, donner quelques cours en plus… Mais j’ai fini par ne faire plus que ça, parce que c’est devenu ma passion.

Donc j’avais mon job à plein temps, et j’enseignais le matin, à l’heure du déjeuner et le soir. Deux emplois à plein temps en fait, parce que mon but, c’était vraiment d’enseigner – ça a fini par marcher.

Il y a un million de types de yoga, j’en ai essayé beaucoup et celui que tu enseignes est mon préféré. C’est très physique, mais jamais répétitif, vraiment fun ! Comment est-ce que ça s’appelle et pourquoi l’as-tu choisi ?
C’est la méthode Baptiste, dont la philosophie est axée sur la physicalité, l’ouverture aux possibilités qui nous sont offertes – dans la pratique du yoga mais aussi dans la vie, ainsi que sur l’”empowerment” (un terme américain qui n’a pas vraiment d’équivalent en français et qui veut dire “la prise de pouvoir sur sa vie”, “l’autonomisation”).

Moi, j’ai besoin de mouvement, d’exprimer mon énergie et surtout, j’ai besoin de bouger si je veux pouvoir m’asseoir et méditer. Par ailleurs, faire monter la température corporelle, c’est très bon pour la santé. Et ça aide à se concentrer, à se connecter avec soi-même.

Au yoga, on nous dit toujours que ce n’est pas une compèt, mais parfois, dans la salle, on sent que les gens se regardent… Comment fais-tu pour éviter cette atmosphère dans tes cours ? Toi-même, as-tu l’esprit de compétition ?
La compétitivité, à la base, c’est quelque chose de plutôt positif. Mais ça finit par mettre les gens dans un état d’esprit qui n’est pas sain. Ça ne veut pas dire que c’est mauvais, nous avons tous ce genre de pensées. La meilleure façon de s’en débarrasser, c’est de s’en rendre compte, et de se dire que c’est juste notre ego qui nous joue des tours. Et de le prendre avec humour.

Comment devient-on prof de yoga ?
Ça dépend du type de méthode qu’on choisit. La plupart du temps, ce sont des programmes de deux cents ou cinq cents heures, mais chaque méthode suit une structure différente – certaines sont intenses, à plein temps, et d’autres peuvent se faire pendant l’été et les week-ends. C’est ce que j’ai fait.

Quel est le salaire moyen pour un professeur de yoga ?
Ça dépend. Dans certains studios, on est payé au nombre d’élèves. Pour te donner un exemple, on peut être payé 25$ de base plus 3$ par élève après un certain nombre.

Puis il y a ceux qui sont payés au tarif de base. À New York, environ 40 à 50$ de l’heure dans un studio. Mais c’est New York. À L.A, la compétition est 50 fois plus dure.

Qu’est-ce qui fait de ton enseignement une expérience unique ?
Je n’ai pas peur de pousser mes élèves, d’une manière saine bien sûr. Ça va être un petit peu “boot camp” avec moi, mais je ne vais pas vous crier dessus.
Mais on se donne à fond à chaque cours.

C’est comment, une journée, pour toi ?
Il n’y a pas de journée type, mais une chose est sûre, c’est qu’à un moment ou à un autre, je vais transpirer.

En général, je commence par me faire une session de yoga le matin – si je ne le fais pas le matin, ensuite la journée défile trop vite et ça passe à la trappe.

Ensuite, je donne des cours de yoga (privés ou en studio), puis je pars donner un cours à SoulCycle.

Au déjeuner, je rentre chez moi pour promener mon chien et travailler sur mon ordinateur, répondre à mes e-mails, regarder les blogs et chercher de la musique pour mes cours.

J’ai pas mal de presse à faire aussi, il y a toujours quelque chose ! Je donne aussi des cours le soir.

Quel genre de musique aimes-tu passer pendant tes cours ?
Je ne mets pas trop de musique pour mes cours de yoga, seulement vers la fin. Pour le savasana, ma musique préférée est Danny Wright, une pianiste géniale.

Pour SoulCycle : Un peu de tout ! Electro, pop, des remixes, des mash-ups, du rock…

Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton travail ?
C’est d’avoir un effet positif, et visible, sur la vie de mes élèves. C’est pour moi quelque chose de fantastique.

L’aspect le plus difficile de ton travail ?
Deux choses : On doit toujours pouvoir me joindre, je n’ai jamais un jour de repos. Donc mon Blackberry est tout le temps avec moi et je ne trouve pas ça très sain.

Et la deuxième chose, c’est que vu que je suis prof, je dois être parfaitement à l’heure. J’ai parfois des classes de 60 élèves qui m’attendent ! Je dois vraiment planifier à fond. J’essaye de rester aussi cool que possible à ce niveau-là, mais du coup, quand j’ai quelques jours de vacances, je ne planifie absolument rien !

Un truc drôle qui t’est arrivé en cours ?
Un jour, une alerte au feu a retenti en plein milieu du cours. J’ai juste dit à tout le monde: “Ok, on va se mettre en posture de l’enfant, les mains sur les oreilles” et on s’est tous mis à méditer !

J’ai lu quelque part que le yoga pourrait ralentir le métabolisme et rendre la perte de poids difficile. Qu’est-ce que tu en penses ?
C’est n’importe quoi ! On étire complètement son corps…

Enfin bon, oui, bien sûr, si l’on est assis au sommet d’une montagne et que l’on médite pendant des jours. Mais je ne connais personne qui fasse ça…

Est-ce que tu penses qu’il faut combiner le yoga avec une autre forme d’exercice ?
Le style de yoga que j’enseigne est très complet. Je pense que c’est bon de faire du cardio, que ce soit du running, du vélo ou de la danse, ce que tu préfères. Mais tout dépend du type de yoga que l’on pratique.

Comment savoir quel type de yoga nous convient ?
Il faut essayer. Je recommande toujours d’essayer trois fois. Trois essais avec trois personnes diffférentes pour voir ce qui vous parle.

Et SoulCycle (c’est une forme de gym extra populaire en ce moment à New York, où l’on fait de la gym tout en pédalant sur un vélo, et, d’après ce que j’ai compris, en écoutant de la musique à fond, je n’ai pas essayé, j’ai peur – mais on a une convaincue au studio), comment est-ce que ça a commencé ?
On est venu me chercher. Des élèves qui étudiaient aussi avec l’un des créateurs de SoulCycle ont fait la connexion. Il n’y avait pas beaucoup de professeurs de spin (vélo) qui étaient spécialisés dans le yoga à vélo… Moi, je vois le vélo comme un tapis de yoga, et en plus, on fait ça avec de la super musique, c’est vraiment chouette.

Et toi, perso, comment tu “t’entretiens” ?
Je fais le plus de yoga possible. Je fais beaucoup de vélo dans mes classes, donc je n’ai pas besoin de faire plus de cardio. Et parfois je fais de la danse.

Des conseils pour être en forme ?
Boire de l’eau ! Je pense que l’on ne boit pas assez d’eau en général.

Et ensuite, être à l’écoute de ce que ton corps demande. Je pense vraiment qu’il suffit d’écouter son corps pour savoir si l’on a faim. Quand on n’a pas faim et que l’on mange, c’est juste par ennui. Je pense aussi que le corps sait exactement ce dont il a besoin, quand on a très envie de manger quelque chose, il y a une raison. Être à l’écoute…

Un bon conseil surtout, c’est de faire de soi-même une priorité.

Tu voyages beaucoup, comment continuer à faire du sport quand on voyage ?
Il y a tant de podcasts, beaucoup sont super, il suffit de les télécharger !

Des livres qui t’inspirent ?
Oui ! Journey into Power et 40 Days to a Personal Revolution par Baron Baptiste, ainsi que The War of Art by Steven Pressfield (désolée, aucun de ces livres n’existe en français).

Ta panoplie pour le yoga ?
- J’ai besoin d’un bloc. Je n’ai pas de marque spécifique, mais il doit être assez épais, sinon je pousse mes étirements trop loin.
- Pour les tapis, ma préférence va aux tapis qui adhèrent, j’adore ceux que fait Jade. Et avec ce genre de tapis, c’est bien d’avoir une “couverture” de chez Yogitoes, c’est bien aussi parce que ça se lave.
- Ultima electrolyte powder, à mélanger avec de l’eau et à boire, ça booste les electrolytes (bon alors là, je suis perdue, je crois qu’en français ce sont les ions négatifs ? Vous savez ?)
- J’aime avoir un bandana quand je pratique parce que je transpire beaucoup.
- Et Lululemon, qui font des fringues super. J’adore leurs shorts et leurs “y tanks” et “y bras”. J’aime aussi les Combat Pants de Nike Pro – ils descendent juste en dessous des genoux et sont faits dans une matière très fine.

Le meilleur conseil que l’on t’ait donné ?
Ma maman m’a dit que les filles peuvent tout faire.

Beaucoup de gens disent que le yoga a changé leur vie. Es-tu quelqu’un de spirituel ? Est-ce que tu penses que la spiritualité est nécessaire au yoga ?
Je suis très spirituelle. Je pense que chacun a sa propre énergie.
Je pense que c’est très important pour la pratique de s’ouvrir à la spiritualité. Mais il y a une différence entre donner une spiritualité à la pratique et aller prêcher. Je ne force personne à être spirituel. Je pose juste des questions.

Des conseils pour un futur prof de yoga ?
Ecouter la voix de ses élèves. Si l’on s’arrête, on n’est plus un professeur.

Ton rêve pour l’avenir ?
Je ne ressens pas le besoin de réinventer le yoga. Mais je fais en sorte que le yoga soit une grande partie de ma vie, et que mon enseignement puisse toucher le plus de personnes possible…

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