On a toutes – comment ça, non, seulement moi ? – au fond de nous ce fantasme qu’un jour nous sera révélée la beauté fatale que nous avons en nous.

J’appelle ça le fantasme du make over, et j’avoue que le jour où j’ai rencontré Christophe Robin, le coloriste des stars qui le valent bien, à un cocktail (ah, ma vie rêvée de blogueuse) et qu’il m’a dit :

“Mais passe au Meurice, je m’occuperai de toi !”

J’ai tout de suite pensé :
1/ Que comme tout le monde, j’adoooooore le Meurice.
2/ Que comme tout ceux qui l’ont rencontré, j’adoooooore Christophe Robin.
3/ Et que comme toutes les filles, j’adoooooore les coloristes de stars.

Parce que si les stars sont au max de leur potentiel beauté c’est parce qu’un jour, quelqu’un les a make overisées. Quelqu’un qui leur a dit : “Ah non mais toi, Scarlett, je te vois en blond doré.” “Toi Cate ? Un roux vénitien.” “Toi Marilyn ? Un blond platine !”

Trop cool. J’allais enfin avoir droit à mon : “Toi, Garance ? Un roux incendiaire / blond hitchcokien / rose Katy Perrysant, bien sûr !”.
Je m’imaginais déjà, différente et sublime, m’astreignant avec zèle aux racines bi-mensuelles.
Y allouant le budget qui allait avec (“Mais si enfin, Scott, tu comprends, ce n’est rien, 3000$ – c’est ce que j’imagine que ça coûte, mais c’est certainement plus – pour te subjuguer du soir au matin ! – Ah oui, c’est vrai, tu as raison, c’est pas grave, on s’achètera un appart en 2065”).

Bref, je me faisais une superproduction hollywoodienne de dingue en montant les marches du Meurice, palace parisien où Christophe a installé son salon.

Comme c’était la première fois, il m’a assise dans un petit salon privé.
Je vibrais d’excitation.
Il m’a regardée, a regardé mes cheveux, on a bavardé, bavardé, bavardé…
Et soudain j’ai entendu :

“Bon alors, Garance, tu vas être déçue, mais ta couleur est bien comme elle est.Pas de grand changement pour toi, je suis désolé. Alors on va réveiller un peu ton brun, hein. Ça va être beau. Mais vraiment, tes cheveux sont bien comme ça. J’espère que tu m’en veux pas trop ?”

Malédiction.

“Mais non ! J’adooooooore ma couleur naturelle. C’est toi qui as raison ! Ne t’inquiète pas, je sais que tu fais pour le mieux !” ai-je menti alors qu’en moi, des pans entiers de rêves de gloire cinématographique s’effondraient.
Pas de make over pour moi, suis bien comme je suis, normale. Pfffffffff. Boring.

Merde en plus. Moi qui avais soulé tout le monde en leur disant qu’ils ne me reconnaîtraient pas la prochaine fois qu’ils me verraient, il allait falloir que je fasse profil extra-bas.

Bref, Christophe m’a brisé le cœur. Même si ça prouve à quel point il est bon – ça doit pas être facile de résister aux hordes de follasses qui viennent le supplier de changer leur vie couleur.

Après, il m’a fait un brun sublime, hein. Sublime. Mais définitivement, même en regardant de très près : brun.

Et là, moi, je croyais que c’était la fin de l’histoire.

MAIS il ne m’a pas laissée partir comme ça. Sa nouvelle ligne de soin capillaire venait de sortir, et il m’a offert quelques pots. Il m’a surtout parlé d’un truc, le crème lavante au citron.

“Bon, ça prend trois heures à laver, ça mousse pas, et en plus, ça pique à mort si tu t’en mets dans les yeux. Mais je te jure, essaye, c’est top.”

J’adore sa franchise.

Oui. Bon. Je suis repartie, j’ai posé les produits dans un coin de ma valise, et je ne les ai plus trop regardés. Moi qui me lave les cheveux quasiment tous les jours, je n’ai pas trop de temps à perdre avec un truc aussi prise de chou.

Et puis, étant en plein milieu de mon tour du monde en 23 kgs, j’avais moyen envie de m’embarrasser avec 4 kilos de produits capillaires. Il me restait le Brésil, la Corse, et re-Paris avant d’atteindre ma salle de bains à moi.

Mais quelque chose me disait : ces produits-là, garde-les.

Un beau jour donc, à Sao Paulo, j’ai pris un bain. J’ai essayé le masque. Mes yeux ont piqué, ça n’a pas moussé, et ça m’a pris trois heures pour les laver. Ensuite j’ai appliqué masque régénérant à l’huile rare de figue de barbarie, rincé, et voilà. J’ai laissé mes cheveux sécher sans trop y penser, sans même mettre de baume après après shampoing.

Et là, douceur.
Boucle apaisée.
Cheveu brillant.
Mèches soyeuses.
Bonheur.

“Putain mais c’est du délire !!!” ai-je hurlé dans ma salle de bain. (Non, les mots ne sont pas assez forts.)

Et vous savez ce que c’est, le plus gros délire ? Pour moi qui suis en général obligée de me laver les cheveux tous les jours sinon ils regraissent et ça me dégoute, beurk ?

C’est que je peux rester au moins trois jours sans faire de shampoing, et qu’ils restent nickel, frais et soyeux et tout.

Les enfants, les plus grandes révolutions sont celles qui avancent masquées. (Ok, là, je raconte n’importe quoi.)

Et mon nouveau graal capillaire, ce ne sont plus les pointes (trop facile, trop 2008, les pointes, pffffff !) c’est le cuir chevelu.

J’ai comme un nouveau feeling que la beauté du cheveu vient de là.

Enfin, c’est Christophe qui a eu le feeling.

Mais c’est moi qui ai des cheveux de soie.