Au début, sur mon blog, il n’y avait que des illustrations.

J’adore l’illustration. Je pourrais passer des heures – en fait, je passe des heures – à illustrer, effacer, recommencer. Je ne suis jamais contente. Je veux toujours faire mieux.

L’illustration me permet d’exprimer beaucoup de choses, mais pas tout. C’est pourquoi, à peu près un an après avoir commencé un blog qui s’était fait connaître pour ses illustrations, j’y ai ajouté des photos.

Mon point de vue évoluait. Je venais de m’installer à Paris et tout ce que j’y voyais excitait mon regard. La photo est venue naturellement.

Les premières fois où j’ai posté des photos sur mon blog, elles n’ont pas forcément été reçues avec bienveillance. C’est un blog d’illustration ! Pourquoi poster des photos ?
C’est dur de lire des commentaires négatifs. C’est dur quand on est un jeune blogueur, et c’est dur quand on est un blogueur plus expérimenté.

Franchement, pendant trois minutes, je me suis demandé s’il ne valait mieux pas que je les écoute, ces commentaires. J’ai même ouvert un deuxième blog, juste pour les photos, pendant quelques semaines…

Puis je me suis dit que c’était dommage.

Mon blog n’est pas un projet commercial où je dois répondre à des attentes. Ce n’est pas une série télé qu’on peut couper au bout de deux épisodes parce qu’elle ne produit pas de résultats. C’est une plateforme artistique, celle où je suis la plus libre, celle où je peux expérimenter.

Mes photos étaient maladroites au début. Mon propos pas très clair, mais je cherchais quelque chose. Scott est l’un des premiers à m’avoir encouragée, d’ailleurs. Alors que je suivais la même voie que lui.

Quelques mois plus tard, la photo a fait exploser le blog sur le plan international.
Car une photo, encore plus qu’une illustration, ai-je constaté, ça n’a pas de frontières. Pas besoin d’explications.

Mais moi surtout, j’ai trouvé une passion, un nouveau moyen d’expression.

Ce passage m’a appris quelque chose de très important : il faut faire les choses qui nous excitent et essayer de transmettre son enthousiasme du mieux que l’on peut. On ne peut pas plaire à tout le monde… Mais quand on cherche l’émotion, qu’on est vrai avec soi-même, le reste suit.

Les illustrations sont restées, et les textes aussi. La photo s’est tout simplement ajoutée.

Fast Forward, quelques années plus tard, le “streetstyle” a explosé.

C’est génial, et beaucoup de photographes font un travail remarquable, mais le problème, c’est que, devant les défilés, c’est l’Apocalypse.

Et quand je parle de l’apocalypse, c’est bien dans les deux sens. Au sens propre, et au sens Gad Elmaleh.

Des milliers de photographes se bousculent pour photographier des tenues de plus en plus élaborées, plus sapées que ce que l’on voit dans les défilés en question. Les fringues sentent un peu trop le neuf, les photos se répètent, on photographie des filles qui sont devenues des célébrités du streetstyle sans même s’interroger sur leur look.
Si c’est elles, c’est que ça doit être bien. C’est souvent vrai, d’ailleurs.

Ne parlons même pas du système qui se met en place avec les marques de mode, le New York Times le fait très bien ici.
Je comprends très bien ce qui se passe, et en fait, je ne le condamne pas. C’est normal que le système s’adapte et que les choses évoluent.

Mais personnellement, je sentais qu’il était temps que je communique d’une manière différente.

Que faire ? Arrêter d’aller à la fashion week ?
Ce serait con. J’adore la mode. J’adore les défilés, j’adore ce que j’y vois, ce que j’y apprends. A chaque fois, j’ai l’impression de vivre une nouvelle aventure.

C’est à ce moment-là qu’un peu par hasard, j’achète un nouvel appareil photo. Et un jour, comme ça, je me rends compte que mon appareil comporte un bouton : vidéo. Et là, J’ADORE.

À partir de là, j’expérimente. Je commence à poster quelques vidéos sur le blog. Je les monte moi-même, sur Imovie.

Ça déplace le sujet. Ça me permet de partager les choses d’une manière plus vivante. Et surtout, ça m’inspire !

Puis soudain, je me dis : voilà, c’est ça que je veux faire pendant les fashion weeks.

Je veux faire des vidéos pour Internet. Pas à la télé. On m’a déjà proposé cette idée mais je ne regarde jamais la télé, à part No Reservations d’Anthony Bourdain (amour éternel), Saturday Night Live (amour super éternel) et quelques autres bijoux de programmes qui existent au USA.

Je me lance. Je m’entoure d’une petite équipe, trouve un sponsor – car faire de la vidéo, ça coûte cher- et c’est parti.

Comme je le dis souvent à mes amis et aux gens qui m’entourent, Pardon My French en est au stade expérimental. (Chez Net-à-Porter, vous comprenez peut-être mieux pourquoi je les respecte autant, ils me font confiance alors que mon programme n’en est qu’à ses débuts, il faut avoir du cran.)
On essaye plein de choses, on travaille comme des fous.

Si vous saviez les nuits que j’ai passées, la saison dernière, à ne pas dormir parce que j’étais en montage, à changer complètement un épisode au dernier moment au risque de me faire haïr par mon équipe (merci à eux pour leur patience), à repenser tout un montage à 2h du matin. Ou à ne pas dormir tout simplement parce que j’étais rongée par le stress, à me dire que cette fois-ci, j’avais mis la barre beaucoup trop haut.

Tiens, un exemple. La voix off. Au début, même si j’avais envie de faire des vidéos qui soient comme un journal de bord, je n’avais même pas imaginé de voix off. Mais très vite, en montant les images qu’on avait prises, on s’est rendus compte que ma voix manquait. D’ailleurs, souvent, c’est vous qui me le dites, que ce que vous préférez, au fond, dans ce blog, c’est ce que je vous écris…

J’ai fait mes premières voix off enfermée dans une chambre, toute seule avec… Un verre de vodka et 12 cigarettes (en même temps), pour me décoincer. Merde, quoi. Pas facile de parler toute seule dans un micro.

J’ai refait les premières prises environ 12 fois. 20 fois. 30 fois.

Mais avoir un projet auquel on tient, c’est comme faire un bébé (enfin, bon, je ne sais pas moi, c’est ce qu’on m’a dit) : une fois qu’on l’a devant soi, on oublie tout ce qu’on a fait pour en arriver là. Et on en fait un deuxième.

Et il va en falloir des tas, pour arriver à être fière du résultat et pour vraiment arriver à montrer la mode de la meilleure manière qui soit sur Internet.

Et je dis bien Internet. À quoi servirait de lancer un programme sur Internet si c’est pour copier la télé ? Tout est encore à inventer, et pour inventer, il faut essayer.

Voilà – pour vous expliquer un petit peu ma démarche, comment je vois les choses et comment je travaille, en me lançant des défis et en apprenant en faisant.

Maintenant, si Woody Allen veut venir me donner des cours, franchement, je prends. Ou Larry David. Ou Anthony Bourdain. Ou Kristen Wiig. Ou… Bon, enfin, je délire. Revenons-en au blog :

Les photos, les illustrations et les textes reviendront toujours, ça fait partie de moi et donc, naturellement, de mon blog. Ils s’enrichissent de mes nouvelles expériences, d’ailleurs.

Quant au reste, je ne sais pas.
La seule chose que je peux vous promettre quant à l’avenir, c’est de ne jamais vous servir du réchauffé juste parce que “j’ai trouvé une formule qui a fait mon succès”. De toujours questionner ma passion, les attentions dont je suis entourée, ce que je vois. De faire évoluer mon blog en même temps que mon point de vue.

De ne jamais croire qu’en me répétant et en ne bousculant surtout pas vos habitudes, je serai sûre de vous garder.

D’essayer de trouver un moyen de vous ouvrir les portes qui s’ouvrent à moi.

Sinon, franchement, aucun intérêt.

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PS : Je lis tous les commentaires, même si je ne réponds pas à tous, et je suis très intéressée par vos points de vue.
PPS : Pour ceux qui ont des problèmes techniques avec les vidéos, n’hésitez pas à nous décrire exactement ce qui vous arrive, quel navigateur vous utilisez etc.
Si les voir à travers le blog vous pose problème, vous pouvez toujours aller les regarder sur ma chaîne YouTube (abonnez-vous !!!) mais on essayera de tout faire pour y remédier.
PPPS : Merci à tous ceux qui nous envoient leurs encouragements, vous êtes les plus nombreux et franchement, rien ne peut mettre plus de vent dans les voiles que votre enthousiasme.

Énormes bisous !