J’ai quelques copines qui, de toute évidence, ont eu recours à la chirurgie ou à la médecine esthétique.

Mais si je le sais, ce n’est certainement pas parce qu’elles me l’ont dit.

C’est parce :

1/ Ça se voit comme le nez au milieu de la figure (ahah).
2/ Ça ne se voit pas, pour le commun des mortels, mais moi je les connais depuis tellement longtemps que j’ai bien compris qu’il s’était passé un truc au niveau du vécu (de la bouche, des seins, ou du nez, par exemple).
3/ Leur front est soudainement devenu lisse comme les grands lacs, ou elles ont un sourcil qui remonte d’une manière étrange quand elles parlent, ou la bouche qui tombe. Bref, c’est (encore un) coup de Botox raté.

Je me demande toujours si je devrais aborder le sujet. Surtout quand c’est plutôt bien fait, et que j’ai envie de faire un compliment.

Est-ce que ça se dit, ce genre de trucs ?

“Oh, super, ton nouveau nez !!!”

Huuum, bof. Peut-être vaut-il mieux en faire un sujet de conversation profond, genre confidence ?

“Ton nez… Tu veux qu’on en parle ?”

Ou alors faut-il noyer le poisson ?

“Woooooh, trop cool ton sac ! Et ton nouveau nez, vraiment ! J’a-dowe !?”

Je ne sais pas, parce que je ne le fais jamais.

Du coup, le sujet reste suspendu dans les airs, comme un énorme éléphant rose au milieu de la pièce. Parfois, je m’habitue au visage et puis j’oublie. Parfois, je passe ma conversation à essayer de m’empêcher de loucher sur le sourcil qui remonte ou la bouche qui tombe (“tu veux que je te le remette en place ?”).

Une fois, avec une amie très, très, très proche, j’ai essayé d’aborder le sujet.

Je me sentais blessée de n’avoir pas été associée inclue à aucun moment dans le processus.
Elle aurait pu me demander mon avis, non ? Et j’aurais pu l’accompagner et lui tenir la main. Si tel était son choix, je ne l’aurais pas soûlée, je crois. Enfin, je l’aurais soûlée un petit peu au début (“T’es sûre, hein ? Tu sais que tu es sublime comme tu es, hein ? Tu sais, j’ai une copine qui a eu la bouche qui tombe pendant trois semaines, hein ?) mais après j’aurais été cool.

Enfin je crois.

Donc bon. Un jour, j’ai essayé. J’ai adopté l’approche “coolos”.

“Hey, ma chérie, qu’est-ce que tu as fait à ta bouche ?”

“Oh, rien…”

“Mais, euuuh, comment dire, euuuuuh…”

“J’ai dit rien. Je n’ai pas envie d’en parler.”

Voilà. Vexée comme un pou, je me suis bien rendue compte que c’est l’unique sujet qu’on ne peut pas aborder à la légère avec une amie qui est passée de l’autre côté de la barrière. Même une amie avec qui on parle d’absolument tout, sexe, drogues et rock’n roll compris.

Est-ce parce c’est un aveu de fragilité ? Est-ce parce que la beauté est censée tomber du ciel ? Est-ce tout simplement parce qu’on ne se voit jamais comme les autres nous voient ?

Certainement un petit peu de tout ça.
C’est un sujet tellement personnel, le rapport à son image, à son corps.
Complètement impénétrable par quelqu’un d’autre que soi-même, et encore, dirait Woody Allen.
On n’a pas le droit de juger. On n’a pas le droit de se sentir blessée d’être exclue.

On aura toutes, un jour ou l’autre, une amie avec un truc refait.
Beau ou moche, ce ne sera pas à nous de juger, c’est sa vie à elle.
Et si on est complètement contre tout ça, on fait quoi ? Et bien on reste amie.
Parce qu’on aime ses amis comme ils sont.

Parce que même si de l’extérieur, la chirurgie esthétique peut apparaître comme un aveu de manque de confiance en soi terrible, de vanité outrageuse, on ne peut jamais juger les gens sur ça, de la même manière qu’on ne peut les juger sur leur physique.

C’est une leçon que j’ai apprise, moi qui étais trrrrrrrrrrrès rapide à juger.

Qu’est-ce que vous en pensez ?