Je serais certainement la pire conseillère en image du monde :

Toute une partie de mon art de vivre* est basée sur le fait que j’ai le luxe de bosser en pyj jusqu’à dix heures du mat, voire toute la journée si j’ai envie** et l’un de mes vêtements préférés, toutes catégories confondues, est le jogging.

Et pourtant un jour, nous étions assises sur un banc*** avec mon amie Rihanna****, et soudain j’ai masterisé la vie. Garance coach de vie, ça vous dit ?
Voici un compte rendu de notre conversation.

Vous allez avoir besoin de plus de contexte si vous voulez comprendre : ma copine Rihanna est très jeans Converse, très très, très effortless et elle a un poste important, genre importante responsable de la communication dans une boîte importante.
Ça fait beaucoup de choses importantes.

Nous disions donc :

“J’adore mon job, mais franchement, quelle galère. Je ne sais jamais quoi me mettre. T’as pas des fringues à me prêter ?

- Bah, oui, tu viens quand tu veux… Mais c’est pas un peu bizarre si tu portes des trucs qui ne sont pas à toi ?

- Oui mais ça me soûle, déjà parce que je n’ai pas envie d’acheter des trucs qui ne sont pas mon style – et mon style c’est jeans Converse – et qu’en plus, c’est hors de prix la mode ! Je veux dire si tu veux aller ailleurs que chez Zara.
Non sérieux même si j’ai un bon salaire, rien qu’acheter un sac de marque, ça va me mettre dans le rouge, je viens de changer d’appart, et je veux partir en vacaaaaaances…

- Mmmh. Non mais écoute. Je crois que parfois, faut investir. Surtout à ton niveau de carrière – c’est sûr que quand tu commences, personne ne va te demander d’arriver en Balenciaga, mais après…

- Je sais. Tu sais ce qui m’est arrivé la dernière fois ? On avait rendez-vous avec un gros client. Il a craqué sur ma veste et m’a demandé où je l’avais trouvée. Devant toute mon équipe. Grosse angoisse… Je suis nulle en mensonges donc j’ai répondu Zara. Mon boss a fait une tronche de trois mètres de long.

- Ça nous est tous arrivé : moi, la première fois que j’ai rencontré Carine Roitfeld, elle m’a demandé d’où venaient mes chaussures. Quand je lui ai dit Zara, elle a levé un sourcil. Puis elle m’a dit qu’il était temps qu’elle aille y faire un tour.
Mais bon Carine, elle est cool. Et ça ne m’a pas empêchée d’être mortifiée à l’intérieur.

- Non mais je sais ce que je vais faire. Je vais leur demander un budget fringues. Je ne vais pas me ruiner pour aller bosser ! C’est un système de fou. Je suis censée représenter les marques pour lesquelles je travaille donc ça devrait faire partie des avantages de mon boulot.

- Mmmmm, moi je pense que c’est le contraire en fait.
Depuis que je bosse dans la mode, j’ai appris qu’il fallait tout faire à l’envers. Et que se ruiner un peu peut être le meilleur moyen d’attirer les bonnes choses à soi. Système à la con.

- Système à la con, ça m’éneeeeeeerve !

- Ouais, mais ça, c’est pas demain que ça va changer. Donc il faut s’adapter. Regarde, rien ne t’oblige à devenir Anna Dello Russo. Achète-toi juste un bon sac, une ou deux vestes bien coupées, une ou deux paires de talons qui disent powaaaaa*****.
Oui, tu vas y passer un salaire, mais tu peux les garder longtemps. Même si tu t’habilles un peu pareil tous les jours, on s’en fout du moment que c’est classe. Même, à la fin, ça deviendra ta signature.

- Mmmmmmm tu m’énerves Garance.

- Mmmmmmm tu me remercieras Rihanna.

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Tra la la la la INTERLUDE la la la laaaaa… (sons de flute).

Comment je suis devenue coach de vie ? Enfin bon, je veux dire : comment j’ai appris j’ai appris qu’il faut avoir le look avant d’avoir le job ? D’abord parce que j’ai eu mon premier job grâce à une paire de chaussures.

Ensuite parce que Scott m’a toujours dit que parfois, il faut investir. Parfois, en me mettant des coups de pieds au cul (que ce soit pour acheter un appareil photo de “pro” alors que j’étais l’exact contraire d’une pro, une amatrice même pas éclairée…) et que j’adore cette histoire qu’il m’a racontée

“Très vite après que j’ai ouvert mon blog, Style.com m’a invité à couvrir ma première fashion week, à Milan. Je savais que c’était une chance unique et que cela ne se reproduirait peut-être jamais. Il fallait que je crée un réel impact, rapidement.
Je ne voulais pas être confondu avec un photographe de défilé. Je voulais que l’on me voit comme un éditeur qui écrit ses articles avec ses images.
À cette époque, mon budget était hyper serré, donc j’ai emprunté de l’argent à un ami et investi la moitié dans une nouvelle garde-robe, et l’autre moitié dans du matériel photo.
Grâce à mes années d’expérience dans la mode, j’étais confiant dans le fait que cet investissement ferait toute la différence.”

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Épilogue

Quelques mois plus tard, dèj avec Rihanna. Elle a changé de job, elle est radieuse, et elle est super bien sapée – mais genre super, super bien sapée, la fille sur mon dessin, quoi – la counasse !
Je la couvre de compliments, et elle me dit :

“Non, mais j’ai écouté tes conseils, et tu sais quoi, je ne me suis même pas vraiment ruinée. J’ai acheté quelques pièces… Et arrangé un peu ma façon de me coiffer et de me maquiller. J’ai décidé de jouer le jeu, quoi.
Et, en quelques semaines, tout a changé. C’est comme si les gens, voyant que je prenais du temps pour prendre soin de moi, étaient prêts à me donner plus de leur temps… Et j’ai même changé de job, certainement grâce à ça.

Et le pire du pire de l’ironie, tu sais ce que c’est ? Maintenant, je bosse dans une maison où j’ai un budget fringues. Je n’ai même pas eu à le demander…
Je peux même emprunter des fringues quand j’en ai besoin ! ”

Mais quel système à la con !!!

Comment ça se passe pour vous, dans votre job, dans vos études ? Est-ce que vous vous posez ce genre de questions ? Ou est-ce que vous avez l’impression que ce genre de problèmes n’arrivent que dans la mode ?

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* Bien sûr que j’ai un art de vivre : c’est traîner en jog à la maison.

** Mais il ne faut pas abuser des bonnes choses (me dit Scott).

*** New York n’étant pas, contrairement à Paris, une ville à “terrasses de café”, je passe ma vie assise sur des marches ou des bancs avec un mug de café “à emporter”.
Je comprends vachement mieux Sex & The City et Gossip Girl.

**** J’ai choisi de garder l’anonymat de mon amie pour des raisons évidentes, donc je me suis dit : pourquoi pas choisir un prénom qui claque ?

**** Ouais, enfin, power, quoi..