Je sais. Aaaaaaargh non mais quelle horreur, des BIRKENSTOCK !!!
Je vous aurais montré ça il y a trois ans, vous m’auriez traitée de traitresse.
Et vous auriez eu bien raison. À l’époque, je détestais les Birkenstock.

Mais ce matin, je vous en montre une paire. (Même si j’ai eu un peu le vertige en cliquant sur “poster”

Laissez-moi vous expliquer le cheminement de ma Birkpensée.

Juillet 1991, Ajaccio.

Ma copine C* rentre de New York. Ma copine C, la coolitude incarnée.

J’en reviens même pas qu’on soit copines tellement elle est 1000 fois plus cool que moi. Genre, le premier jour où elle est venue me parler, j’ai failli m’évanouir.
Non seulement elle est belle – mannequin à ses heures perdues, le premier mannequin que j’ai jamais rencontré – mais en plus, elle a un style de malade. Elle a habité à Paris, ce qui déjà la place au firmament de la coolitude ajaccienne, et cet été-là, elle revient de New York, donc, laissez tomber comme je meurs.

Ça fait longtemps que je ne l’ai pas vue. Elle me rejoint pour passer quelques jours de vacances avec moi. J’ai trop hâte de voir ce qu’elle a ramené de New York.

Elle tape à la porte, l’ouvre, et là, dans l’encadrement de la porte, la lumière éclabousse mon salon, sa silhouette se dessine, et soudain, JE SUIS TERRASSÉE PAR LE STYLE.

Je me rappellerai de cette tenue à vie.

D’abord, elle avait coupé ses cheveux, ce qui plaçait sa sublimitude sur la planète Jean Seberg, direct. Ensuite, elle portait un petit sweat vintage bien étriqué, bleu, un jean délavé bien serré, un peu taille haute, et, oui vous l’avez deviné une, une paire de Birkenstock** avec des chaussettes.

Toujours à moitié en train de m’étouffer, je lui montre ses chaussures et elle me dit avec une nonchalance qui me terrasse à nouveau :

“Oh, ça ? Tout le monde en porte à New York, enfin, surtout les mannequins, tu te rends pas compte, c’est vraiment top pour courir entre les castings !”

Mon compte est bon. New York ? Mannequins ? Castings ?
Je suis à terre écrabouillée par la coolitude. Je veux.

Août 91, dans ma chambre d’ado, entourée de tous mes The Face que je lèche tellement je les aime. Je colle une photo sur mon mur d’inspiration***

Mais je n’ose pas du tout sauter le pas d’en acheter. Je suis pas une touriste, moi, oh**! (mais qu’est-ce que je suis conne, par contre)

1997 ou quelque chose comme ça, j’achète ma première paire de Birks.

Je pourrais vous décrire un grand moment de shopping, mais non, je ne m’en souviens plus vraiment. J’ai trop attendu, c’est devenu carrément mainstream, tout le monde en a.

2006 (Je sais, j’ai 342 ans ou quoi ?) (Réponse = Oui.) Je jette mes Birks.

TOUT LE MONDE EN PORTE.
En France au moins. Dès que l’été arrive, vas-y que tout le monde collectionne les Birks, les couleurs se font de plus en plus fantaisistes, on les achète en vernis, à paillettes, dans des formes de plus en plus bizarre. Un jour, je me retrouve à en porter des oranges vernies et là je me dis : cette plaisanterie a assez duré, Garance, reprends-toi.

Tout le côté rough, légèrement ironique (je suis sublime et mes chaussures de prêtre sont tellement moches que ma beauté te saute trois fois plus aux yeux) qui me plaisait a disparu.

2012, Trois événements isolés attirent mon attention.

1 – Christopher Kane met des chaussures de piscine dans son show, et tout le monde crie au génie. Ça me rappelle quelque chose.

2 – C’est le retour des 90’s. C’est la mode des sweaters étriqués. C’est la mode des jeans serrés. Une pensée se forme dans ma tête : j’ai envie de Birkenstock. Je dis ça à Scott en pensant qu’il va exercer son droit de véto, mais il me dit : “Moi aussi, c’est bizarre : j’ai envie de Birkenstock.”

J’appose mon droit de véto. Pour lui ? Ah non !

3 – Tiens, c’est bizarre, dans la rue, plus personne ne porte de Birkenstock.

4 – Phoebe Philo, qui est à la mode ce que Tom Cruise est à la Scientologie, met d’étranges chaussures à fourrure dans son show. Ce n’est plus un signe, c’est une déclaration.

Et voilà le cheminement de ma pensée : AU SECOURS, LA BIRK EST DE RETOUR ET J’EN VEUX UNE PAIRE !!!

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Voilà, les enfants, c’est mon histoire. Depuis, j’ai essayé de les porter dans la rue, et il est vrai que les gens me dévisagent les pieds, grave.
Je pense quand même que je vais persévérer, juste pour pouvoir vous dire: “Je vous l’avais dit”.

Si vous me voyez passer dans la rue avec, ne vous inquiétez pas, quoi. Je ne suis pas une touriste**. Même que, avant, dans le passé, j’avais du style. Avant que je ne commence à suivre la mode. Il m’est arrivé de porter des talons.

Dites, vous m’aimerez toujours ? Même en Birks ?

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*Nan, pas la CC qui fume des joints

** Sachez qu’à l’époque, pour nous, locaux et fiers de l’être (ah, poèmes de l’insularité) la Birkenstock, est la manière de différencier un touriste d’un non touriste. Oui nous sommes moqueurs.

***Et quand je dis coller, c’est vraiment coller, demandez à ma mère. Je colle avec de la colle sur les murs. Je l’entends encore hurler dans mes oreilles. Oh, ça va maman, j’avais perdu ma Patafix.