On parle souvent du métier d’actrice comme d’un univers glamour où les rôles tombent du ciel et la vie se déroule entre une leçon de pilates et un éclat de rire sur le red carpet. C’est dommage, parce que c’est bien plus que ça.
J’ai toujours été soufflée par les bons acteurs. Et pour m’être retrouvée une ou deux fois à devoir mimer une émotion face à la caméra, je me suis rendue compte que ça demande un vrai talent et un vrai travail.

Et je suis une grande fan de Rashida Jones.
Pour son travail bien sûr, dans The Office, Parks & Rec, The Social Network et I Love You Man notamment, et encore plus depuis que j’ai vu son propre film, Celeste & Jesse Forever, qu’elle a co-écrit, produit et dans lequel elle joue.
Mais aussi pour le reste, son humour, son style, son côté cool, son engagement politique… Une fille vraiment moderne !

Quand j’ai su qu’elle acceptait de faire une interview “carrière” avec nous, j’ai sauté au plafond.
Je savais qu’elle répondrait franchement, qu’on pourrait parler de tout.
Ensuite je l’ai rencontrée en vrai et je suis tombée vraiment amoureuse d’elle, mais ça c’est une autre histoire ;)

Quelle est ta profession ?
Pour l’instant, on pourrait dire scénariste/actrice.

Qu’est-ce que tu voulais faire quand tu étais plus jeune ?
J’ai toujours pensé que je deviendrais Présidente des Etats-Unis ! En fait, je voulais être juge. Apparemment, quand j’avais huit ans, je voulais faire des films. Inconsciemment, j’ai dû faire un blocage, parce que je ne m’en souviens pas du tout.

Quelles études as-tu faites et où ?
Je crois que tous les enfants essaient de se rebeller contre leurs parents et les miens étaient du genre cool, artistiques et créatifs. [Ses parents sont le producteur Quincy Jones et l’actrice Peggy Lipton] Du coup, ma façon de me rebeller, ça a été de suivre un cursus universitaire.

Je voulais aller à la fac et faire des études de droit, mais toute petite déjà, j’étais toujours fourrée avec le groupe de théâtre ou la chorale, dans tout un tas d’activités extra-scolaires artistiques. A Harvard, j’ai étudié la théologie et la philosophie tout en faisant du théâtre et du chant a cappella.

Au bout d’un moment, je me suis dit que c’était ridicule que ça reste des activités extra-scolaires. Je suis partie faire un stage d’été à la Royal Academy of Dramatic Arts de Londres et j’ai joué dans un film indépendant réalisé par une amie à New York. Ces deux expériences m’ont vraiment confortée dans l’idée que je voulais être actrice.

Une fois ton diplôme de Harvard en poche, quelle était la prochaine étape ? T’installer à New York ?
Oui, j’ai déménagé à New York, j’ai pris un agent et j’ai commencé à passer des auditions. Depuis que ma copine m’avait choisie pour ce premier film, ça m’avait plu et je pensais que c’était vraiment mon truc. Quand je suis arrivée à New York, j’ai commencé à réaliser que ce serait difficile. Je courais le cachet, j’enchaînais les castings et je n’étais jamais choisie.

C’est comment, les castings ?
C’était hardcore. C’est toujours hardcore. On se prépare, on saute dans le métro, on se met à transpirer et les allergies prennent le dessus. J’arrivais à un casting, le visage bouffi par les allergies. Tous mes efforts de coiffure et de maquillage étaient anéantis. C’était un peu comme dans les castings de l’émission Top Model USA.

Tes parents ont-ils eu une influence sur tes choix professionnels?
Bien sûr. Au début, j’ai voulu me rebeller mais en fin de compte, je n’ai pas trop eu le choix. Et c’est génial de faire la même chose que ses parents parce qu’on profite de plein de bons conseils. J’ai grandi entourée de gens qui ont connu la gloire et l’échec. Comment est-ce qu’on gère l’échec ? Mes parents me soutiennent et sont très lucides.

Lorsque je leur ai dit que je voulais devenir actrice, mon père m’a dit : « Pourquoi tu es allée à Harvard si c’est pour finir par te battre pour un rôle avec 80 000 autres personnes ? ». Mais si je suis bonne actrice et bonne musicienne, c’est aussi grâce à lui.

Quel est le meilleur conseil qu’ils t’aient donné ?
Ce ne sont pas vraiment des conseils professionnels mais plutôt des leçons de vie. Ma mère, elle, marchait aux coups de cœur et à l’instinct. Avec les années, je suis devenue plus instinctive, et ça c’est bien. Mon père, lui, m’a toujours dit de prendre des décisions motivées par l’envie, pas par la peur. C’est vraiment super. « Pourquoi est-ce que je prends cette décision ? Parce que j’ai peur que ce soit ma dernière chance ? » Ça, c’est de la peur. Ou alors « J’ai tellement envie de bosser là-dessus que je me fiche de ce que les autres diront. ». Voilà, c’est vraiment quelque chose qui me sert beaucoup au quotidien.

Qu’est-ce qui t’a permis de percer en tant qu’actrice ?
The Office [C'est une série télé géniale et extrêmement populaire aux USA], sans hésiter. J’avais 30 ans quand j’ai joué dans la série. A l’époque, j’envisageais sérieusement de reprendre des études.

Avant The Office, tu avais tourné dans des séries dramatiques comme Wanted et Boston Public. Comment s’est passée la transition du registre dramatique à celui de la comédie ? C’est une évolution dont tu avais envie ?
J’ai toujours voulu jouer dans des comédies. Quand j’ai déménagé à L.A., c’était quasiment impossible d’avoir des castings pour des comédies parce que dans ce registre, il n’y avait que des sitcoms tournées en multi-caméras [du type Friends]. The Office n’existait pas encore. Il n’y avait pas encore de registre intermédiaire mélangeant drame et comédie de façon enlevée. Pour les comédies, on cherchait un type de profil bien particulier auquel je ne correspondais pas. Donc oui, je voulais vraiment jouer dans des comédies, mais on ne me proposait que des drames.

Et maintenant, comment choisis-tu tes rôles ?
C’est une question de flair, d’évidence, que j’applique à mon boulot. Déjà, à ce stade de ma vie, je dirais que j’ai la chance de pouvoir choisir. Quand je choisis un rôle, c’est qu’il m’interpelle. Est-ce qu’il représente un défi excitant ? Est-ce qu’il me correspond ?

Cet été, j’ai tourné dans une comédie. Mais si j’ai accepté le rôle, c’est surtout parce que je voulais apprendre à danser. Si on me propose un rôle qui m’oblige à me dépasser, qui m’émeut et qui a une résonance en moi, alors je le prends.

En tant qu’actrice et scénariste, que penses-tu du rôle des agents ?

Les agents sont vraiment importants. Ce sont les gardiens du temple, ils savent où il y a du boulot. C’est indispensable. Ils te permettent de passer un maximum de castings. Quand j’étais plus jeune, je pensais que je perdais mon temps à courir les auditions. Mais c’est grâce à ça que 10 ans plus tard, un directeur de casting peut m’appeler parce qu’il se souvient de m’avoir vue dans un casting.

Parlons de ton travail de scénariste. J’ai adoré Celeste & Jesse Forever [film co-écrit par Rashida Jones] !!! C’était vraiment super. Qu’est-ce qui t’a donné envie d’écrire ?
J’en parlais depuis longtemps, sans rien faire. Finalement, j’ai eu cette idée de départ inspirée par des amis et des gens que je connais : maintenant, la nouveauté, c’est qu’on a le choix. Il y a 20 ans, quand on rencontrait un mec à la fac, on se mariait, on faisait des enfants et on restait ensemble, même quand on ne s’aimait plus. Maintenant, on a le choix.

J’ai voulu écrire un film sur deux personnes qui s’aiment et qui ont évolué ensemble mais ne savent pas vivre ensemble. Ils ne veulent pas se perdre et pensent pouvoir éviter la douleur d’une rupture en passant du statut de mari et femme à celui d’amis.

Tu as écrit le scénario avec ton compagnon d’écriture, Will McCormack. C’est comment, de travailler à quatre mains ?
J’ai grandi dans une famille où il y avait beaucoup de monde, donc j’adore être très entourée et travailler à plusieurs. Le travail d’équipe, c’est ludique et efficace. Will est comme un frère pour moi, c’est mon meilleur ami. C’est mon alter ego, c’est comme si j’écrivais avec moi-même.

On stressait pas mal à l’idée d’écrire notre premier film et ça nous a réassuré de pouvoir échanger avec quelqu’un de confiance. Ça nous a aussi servi de moteur.

Qu’est-ce qui te plaît dans le fait d’écrire à deux ?
On est tous les deux acteurs alors quand on écrit une scène, on peut la jouer. Parfois, je tombe sur des trucs… je me demande si les auteurs ont pris la peine de les lire à voix haute.

Et qu’est-ce qui est difficile ?
On reste deux personnes différentes. Parfois, on n’est pas d’accord sur la direction à prendre…

Tu as aussi produit le film. Je trouve ça génial que tu te soies impliquée à différents niveaux. Qu’as-tu pensé de ton rôle en tant que productrice ?
J’ai produit le film par nécessité car faire ce film a pris beaucoup de temps. Le budget n’arrêtait pas de changer et j’ai dû solliciter pas mal de monde et demander de l’aide. Il y a aussi le tournage au jour le jour, à gérer. C’est ça, la production. On est pas mal intervenu dans le casting. J’ai utilisé ma voiture et mes fringues personnelles. J’ai même demandé à des amis si on pouvait tourner chez eux !

Tu as été actrice, scénariste, productrice… qu’est-ce que tu préfères faire ?
Tout est enrichissant à différents niveaux. Je pense qu’écrire, c’est ce qu’il y a de plus gratifiant. On se retrouve avec un scénario qu’on a écrit de ses propres mains. C’est quelque chose qu’on peut montrer aux gens. Je préfère même qu’on me fasse un compliment sur mon scénario que sur mon jeu d’actrice.

Mais j’adore aussi jouer dans la série Parks and Recreation, on rigole bien, tous ensemble. C’est ludique et c’est moins fatigant. Ecrire, c’est vraiment épuisant. Quand je joue, je n’ai pas l’impression de travailler, Quand j’écris, je bosse vraiment.

Je n’aime pas la production. Je recommencerai, mais c’est tellement dur ! En gros, on passe son temps à demander aux gens de faire des choses pour toi, de te rendre des services. Ce n’est pas du tout mon truc, je ne sais pas comment les gens font.

La concurrence est rude dans le cinéma. Comment fais-tu pour vivre ça sereinement ?
Si j’ai commencé à écrire, c’est sûrement parce que la concurrence est si rude en tant qu’actrice. Il y a tellement peu de rôles et tellement d’acteurs qui donneraient tout pour bosser. Je réalise à quel point j’ai de la chance de faire ce que je fais, et je sais que rien n’est jamais acquis, mais un jour, je sais que ça s’arrêtera car tout a une fin. Je n’ai pas envie de me battre à tout prix. Je refuse d’exister uniquement à travers le regard des autres, de vivre ma vie en fonction des autres.

L’écriture, c’est un peu moins difficile parce qu’il s’agit de créer quelque chose de nouveau. Il y a des intrigues qui peuvent se ressembler, mais chaque film est vraiment unique. Ecrire, c’est difficile, et Hollywood a du respect pour les scénaristes. Quand on écrit un scénario qui plaît, on est bien plus respecté que les acteurs. Ecrire, on peut le faire plus longtemps, et on s’améliore avec les années. Quand on est actrice, c’est le contraire. On a son heure et puis c’est terminé, ou alors on passe à un registre différent. Mais il faut vraiment bosser dur pour bien négocier le virage.

C’est comme ça que tu vois ton avenir dans le cinéma ? La scénariste prendra le pas sur l’actrice ? J’imagine même pas la pression liée à l’âge à Hollywood.
C’est vraiment très dur à gérer. Il y a très peu d’exemples d’acteurs/trices qui réussissent à vieillir de façon intelligente. C’est pour ça que si un jour je commence à ne me voir qu’à travers les yeux des autres, je cesserai d’être actrice. Je le ferai pour rester bien dans ma tête et dans mon corps.

Tu fais quelque chose pour rester en phase avec toi-même ?
Plus jeune, j’allais méditer dans un ashram, donc j’essaie de pratiquer la méditation de façon régulière. J’aime aussi beaucoup danser, que ce soit en prenant des cours ou pour faire la fête. Ça m’aide à être présente et j’adore ça !

Aujourd’hui, les actrices jouent un rôle important dans la mode, notamment en tant que mannequins et ambassadrices pour certaines grandes marques. Qu’en penses-tu et comment le vis-tu personnellement ?
J’ai du mal à jouer les mannequins. Ça ne me vient pas naturellement mais ça fait partie de mon boulot. Il faut réussir à sublimer les vêtements. J’adore la mode, j’aime jouer avec et porter des vêtements dans lesquels je me sens belle.

En tant qu’actrice, il faut toujours avoir un certain look qui soit en phase avec ce que les gens attendant de toi. Ça me met un peu mal à l’aise. Mais avec le temps, je me préoccupe moins de ce que les gens pensent et je m’habille plus pour moi. J’essaie de continuer à être moi-même.

J’ai lu quelque chose qui disait qu’avant, on admirait les stars et les personnalités médiatisées mais qu’avec l’influence grandissante des réseaux sociaux, il y a une proximité qui s’est installée puisqu’on peut suivre les gens sur Twitter et Instagram. Que penses-tu du rôle des réseaux sociaux dans ta carrière ?
Oui, c’est étrange. Avant, les stars étaient des êtres à la fois sublimes et mystérieux, on avait droit à quelques bribes de leurs vies privées, c’était exaltant. Maintenant, on en sait dix fois plus, et c’est devenu la norme. C’est difficile, parce que je trouve que les choix que je fais à titre privé ne devraient pas avoir d’impact sur la façon dont je suis perçue à l’extérieur. Mais ça ne sert à rien de se bercer d’illusions, c’est comme ça, c’est tout.

Comment gères-tu ça ? Tu essaies de faire une distinction entre la sphère publique et la sphère privée ?
J’ai plus envie d’exposer ce que je fais que ce que je suis. Ça m’a pris du temps. Pendant longtemps, j’ai accordé beaucoup d’importance à ce que les gens pensaient de moi. J’ai le droit d’avoir ma vie, une vie qui n’appartient qu’à moi. Prenons Kate Moss, par exemple. Finalement, on ne sait pas grand-chose d’elle et c’est ce qui la rend si séduisante.

Quels sont tes projets ?
J’ai envie d’écrire, de réaliser des films. Peut-être qu’avec Will, on co-réalisera un film qu’on a écrit ensemble, un court ou un long métrage. J’aimerais aussi beaucoup écrire un roman. Pas dans l’immédiat, mais un jour…

Tes conseils à quelqu’un qui voudrait bosser dans le cinéma ?
Il y a vraiment plein de super façons de se faire remarquer grâce aux nouvelles technologies et au numérique. Alors, lancez-vous, ne comptez pas sur les autres. Lisez, apprenez, formez-vous sur ce qui vous plaît. Les jeunes sont très sûrs d’eux, à l’heure actuelle. L’assurance, c’est encore mieux quand c’est accompagné de vraies connaissances. Quand on veut jouer ou réaliser des films, on n’a jamais fini d’apprendre. J’ai appris la modestie. Je lis des scénarios qui me plaisent, des livres que j’aime. Oui, essayez d’apprendre un maximum de choses.

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