L’autre jour, quand je vous parlais d’essayer une “Juice Cleanse”, beaucoup d’entre vous se sont indignés.
“Garance ce n’est pas bon pour toi !”
“Ne cède pas à la pression de la minceur !”
“Trahison !!!”

Vos réactions m’ont fait rire – en premier lieu parce que vous avez raison – mais aussi, m’ont fait réfléchir. Bien sûr, j’aurais du me douter que beaucoup d’entre vous réagiraient. Moi la première, il y a moins d’un an je trouvais que les juice cleanse, c’était une vraie blague.

Oui mais voilà. Maintenant, j’habite à New York.

Une ville folle et excitante et accueillante et tellement sûre d’elle que pas une seconde elle ne remet en question le fait que ses us et coutumes ne sont pas forcément approuvés et adoptés partout ailleurs.

Du coup, quand on s’y installe, on trouve plein de trucs complètement bizarres.
Puis, petit à petit, on finit par s’adapter – certaines choses prennent plus de temps que d’autres, mais petit à petit, on finit par s’adapter.

Et un jour, on finit par se demander comment on vivait, avant.

Voici à peu près le temps qu’il faut pour devenir un vrai alien New Yorkais.

Se nourrir comme un koala = 2 ans.

Avez-vous déjà déjeuné avec, je ne sais pas moi, quatre New Yorkais ?
Vous pouvez être sûr qu’au moins l’un d’entre eux est gluten free. L’autre est dairy free (Pas de produits laitiers) le troisième est végétarien (Pffff, tellement commun… Boring !) ou ne boit que du thé vert.
Et vous, vous êtes là, toute européenne que vous êtes, et vous commandez un beau steak bien juteux.

Et vous avez soudain l’impression de faire le truc le plus rebelle de votre vie.

Bref. Vous imaginez bien qu’au milieu de tout ça, se dire qu’on va tenter un petit juice cleanse d’un jour où deux, ça ne casse pas trois pattes à un chat.
C’est complètement normal, tout le monde en fait, tout le monde en parle.

Tiens d’ailleurs, tout le monde fait des colonics (oui oui, vous avez bien lu : des lavements), aussi.
Et peut vous en parler en long, en large et en travers.
Beurk, dégueu ?
Pfffff, pas sur planète New York.

Adopter un chien et l’appeler “mon fils” = 4 ans.

À New York, les gens bossent comme des fous. Non, c’est vrai, je ne rigole pas.
Ici, pas de pause dèj, presque pas de vacances, encore moins de RTT.
Pas surprenant de sortir du bureau à 8h. Pour aller à un dîner de boulot. Mieux vaut aimer son boulot.

Avec aussi peu de temps pour vivre, quelqu’un pourrait-il m’expliquer pourquoi TOUS les New Yorkais ont un chien ? Je ne comprends pas.
Ici, c’est complètement normal d’avoir un chien même quand on n’a pas le temps de s’en occuper. Tout est organisé pour vous faire déculpabiliser.

Il y a des parcs à chiens, des sites de rencontre pour chiens, et surtout, surtout, des tas de promeneurs de chiens. IL Y A DES CRÈCHES POUR CHIENS.
Genre si votre chien se sent seul, il peut aller passer sa journée à jouer avec d’autres chiens, peinard. Social, le chien.

Vous partez en vacances dans un endroit qui n’accepte pas les chiens ?

Pas de problème. Vous pouvez le mettre à l’hôtel pour chien. C’est aussi cher qu’un hôtel pour être humain, mais au moins vous serez sûr que votre chien socialisera et sera en pleine forme quand vous rentrerez à New York* – pour vous remettre à bosser comme un fou.

Ouais, moi aussi, je trouve ça dingue.

Mais attendez, laissez-moi un peu de temps. Encore un an ou deux, et c’est comme pour le reste : je finirais par adopter, moi aussi, un chien. J’en ai déjà envie en fait. Je me retiens.

* Peut-être aura-il-même fait un juice cleanse ?

Parler de l’horoscope comme d’une science exacte = 1 an.

Je sais…
Vous aussi vous lisez votre horoscope du coin de l’oeil.
Ce qui est délectable, d’ailleurs, c’est de le lire un peu en cachette, comme si c’était un truc un peu honteux, amusant, qui ne sert à rien.

Ok. Mais pas à New York.
À New York, ce qui est honteux, c’est de ne pas respecter les gens qui croient en l’horoscope. À New York, l’horoscope, c’est du sérieux.

À New York, commencez à parler de votre horoscope et tout le monde vous regardera avec un air profond, très concerné. Vous recommandera son astrologue préféré.

Au bout de quelques années de ce lavage astrologique de cerveau, vous trouverez ça absolument normal de vous faire une idée des gens selon leur signe.
Et vraiment étranges les gens qui ne connaissent pas leur ascendant.

Transpirer de 6 à 7 le matin tous les matins de la semaine et adorer ça = 5 ans.

On a déjà parlé de l’obsession du sport à New York, mais as-t-on déjà parlé de la folie Soul Cycle ?

Cette salle plongée dans le noir où les stroboscopes se déchaînent avec de la musique à vous crever les tympans et une prof qui vous motive en parlant très très fort dans son micro (tout en transpirant avec vous) ?
Ah, et vous êtes censé pédaler comme une dératée pendant tout ce temps ?

Perso, ça ressemble à mon pire cauchemar.

Mais la moitié de mes potes sont accro.
Donnez-moi trois ans (remarque, d’ici là, un nouveau sport aura fait surface, à tous les coups.)

Se demander comment on faisait pour être gay avant = 3 mois.

Ah, c’est tellement facile d’être gay à New York qu’on oublierait presque que dans d’autres endroits du monde il faut encore être discret, ne pas se tenir la main dans la rue, ne pas s’embrasser, ne pas se marier, ne pas faire d’enfant.

Se demander qui est l’imbécile qui a inventé les cuisines, ce truc qui ne sert à rien et prend beaucoup trop de place dans un appartement = 1 an.

C’est tellement facile de se nourrir de “take out” à New York que cuisiner devient vite un art superflu.
D’ailleurs aller faire les courses est quasiment plus cher que de d’aller au restau.
D’ailleurs on travaille tellement comme des fous que pour peu qu’on ait fait les courses, à moins d’être méga organisé 90% va finir par mourir dans le frigo.
On finit par abandonner.
Cuisiner finit par devenir une curiosité.

Résultat, la dernière fois j’ai fait une compote de pommes pour le studio, et tout le monde est tombé en pâmoison : J’ai coupé des pommes !!! Je les ait fait cuire !!! J’AI COUPÉ UNE GOUSSE DE VANILLE ET JE L’AI MISE DEDANS !!!
Truc de malade.

Voilà pour le moment !
Il faut que je vous laisse, il est temps pour moi de commander mon dîner. Mais avant de filer, il faut que je vous dise ce que j’aime le plus à New York, le seul truc que j’aimerais voir exister partout :

La tolérance.
New York est vraiment une ville où l’on peut être qui l’on veut. Créer son propre style de vie. On ne vous juge pas. On vous fout la paix. On s’intéresse, même. J’adore, j’adore, j’adore.

Même si, de temps à autre, je suis ravie que vous m’aidiez à garder les pieds sur terre. Juice cleanse ? Ok, pas pour moi.