La conversation que nous avons eue l’autre jour sur la fourrure m’a plu.
D’abord, pour une fois, ce sujet a été discuté sans crises de nerfs.
C’est tellement rare de pouvoir avoir une vraie conversation autour de la fourrure sur Internet qu’en général, à moins d’adorer se faire jeter des tweets à la figure, on évite.

Ce coup-ci, ça s’est fait dans le respect, un grand merci à vous.

Après avoir lu vos commentaires très intéressants (j’ai appris énormément de choses et si vous vous posez des questions sur la fourrure, je vous invite à les lire), je pense être arrivée à mettre le doigt sur mon sentiment par rapport à la fourrure.

Mais avant, laissez-moi vous raconter un peu ma life.

Je ne suis pas végétarienne. J’ai grandi dans une famille où l’on mange beaucoup de légumes et un peu de viande. La viande, on l’achetait chez le meilleur boucher et on la dégustait.

Mon père est restaurateur, chef.
Il a toujours cuisiné la viande – mais surtout le poisson. Je me souviens notamment que dans notre restaurant, nous avions un vivier à langoustes. Quand un client en commandait une, mon père l’attrapait dans le vivier pour la transporter à la cuisine. J’entendais la langouste crisser sous ses doigts.

Puis il attrapait un grand couteau et la tranchait en deux, vivante.

C’était assez choquant pour une enfant, mais j’ai grandi dans un village avec des vaches et des chèvres et des poules et des moments où on les tue pour les manger.
J’ai assisté plusieurs fois à la mort d’un animal. C’était triste et fascinant à la fois.

Plus tard, j’ai commencé à me méfier de la viande. D’abord avec la crise de la vache folle, puis depuis mon arrivée aux États-Unis, où je me méfie des hormones et des conditions d’élevage des animaux et de l’effet qu’en manger aurait sur ma santé.

Je réfléchis à la provenance de ce que je mange.
Quand on me propose du poulet dans un avion par exemple, je ne peux pas m’empêcher de me demander à combien de gens dans combien d’avions autour du monde le même plat a été proposé.
Puis j’imagine les millions de poulets. Puis leurs conditions d’élevage, et, brrrr…
Je refuse le plat.

Bref. Je ne mange de la viande que très rarement aujourd’hui, et seulement si je sais d’où elle vient.

Je pense que je suis beaucoup moins consciente de ce que je porte en revanche. J’aime beaucoup le cuir, c’est une matière très sensuelle, qui me plaît.
La plupart du temps, je ne me pose pas une seconde la question de savoir d’où vient le cuir qui sert à faire mes chaussures, mes sacs ou ce short en cuir à 200$ que j’ai trouvé la dernière fois chez Topshop.

Pourtant ce cuir, lui aussi, doit bien venir de quelque part.

Mais venons-en à la fourrure.

Je n’ai pas toujours trouvé ça sublime, la fourrure. Moi qui vient de Corse, un pays plutôt chaud, je n’en voyais jamais beaucoup autour de moi.
Puis c’était les années 90, une époque où la campagne anti-fourrure menée par les top-models (certaines d’entre elles portent de la fourrure aujourd’hui – mais c’est un autre sujet) avait je crois eu un réel effet. La fourrure était complètement démodée.

On pouvait en voir sur les femmes âgées, comme les vestiges d’une mode passée.
C’était charmant, désuet.

Puis soudain, bam !, la mode. La fourrure est réapparue.
J’ai trouvé ça franchement beau. J’en ai photographié. J’en ai porté, de la vintage – mais par par conviction. Je n’ai jamais pensé que l’argument “c’est du vintage” faisait de moi une porteuse de fourrure plus respectable.
Pour moi la fourrure, c’est de la fourrure, point.

Petit à petit, j’ai commencé à en voir partout, à tous les prix, sur toutes les filles.

Et un jour, c’était devant un défilé, pendant une fashion week, j’ai eu une indigestion.
Je ne sais pas ce qui m’a pris, le nombre de fourrures au mètre carré (sur les podiums comme dans la rue) m’a soudain donné un haut le coeur – un peu comme l’histoire des poulets dans l’avion.

C’était il y a quelques années déjà et c’était la première fois que je prenais conscience et commençais à m’interroger sur la question. Ça prend du temps de se forger une opinion sur des questions pareilles, quand on vit dans une société où l’on tue des animaux pour se nourrir et se vêtir depuis la nuit des temps.

Et surtout d’être au clair dans son jugement. Parce que moi, si un jour je décide que je suis contre la fourrure, ça voudra aussi dire que je suis contre le cuir et que je ne mangerai plus jamais un chateaubriand chez Paper Moon (eeeeeek).

J’ai du mal à comprendre qu’un raisonnement radical ne soit pas poussé au bout.
Et c’est l’une des raisons pour lesquelles j’admire autant Stella Mc Cartney, d’ailleurs.
Elle va au bout de ses idées.

Lire vos commentaires m’a aidé à comprendre quelle est ma position pour le moment.

Ce qui me gêne, ce n’est pas la vie et la mort des animaux – en tant qu’être humain produit de la culture dans laquelle j’ai grandi, philosophiquement je peux vivre avec ça.
Ce qui me gêne, c’est la manière dont les choses sont faites.

Un animal en voie de disparition, non. Un animal ayant vécu une existence misérable (nous avons tous vu ces images immondes d’élevage en batterie) – c’est la dernière chose dont je voudrais me nourrir et me vêtir.

Un animal d’élevage, élevé et abattu dans le respect, je ne suis pas contre.

Mais pour moi, la manière dont les choses sont faites, c’est aussi et surtout notre manière de consommer.

J’aimerais apprendre à avoir plus de respect pour ce que je consomme.

Ce que je trouve intéressant chez les vieilles dames dont je parlais plus haut, c’est le rapport qu’elles avaient avec leurs fourrures. Pour la plupart d’entre elles, c’était une pièce qu’elles gardaient à vie. C’était un symbole extérieur de richesse certainement, mais aussi un trésor que l’on gardait et chérissait et sortait à des moments choisis et que l’on léguait.

Mais aujourd’hui, on veut toujours plus, nouveau, neuf, moins cher, et en une saison, on oublie jusqu’à ce qui nous plaisait dans notre achat de l’hiver dernier.

Et pourtant il y a une vraie joie dans la modération.
Avoir une seule montre, sublime, comme Charlotte et sa baignoire. Un sac qui est notre signature, comme Grace et son Kelly. Des vêtements qui traversent les années.
Et pourquoi pas, si on l’achète chez un fourreur respectueux, une fourrure que l’on chérira pendant des années.

Bon, je ne dis pas qu’il faut se transformer en nonnes – je suis la première à vanter les mérites de Zara et les vêtements pas chers (ne commençons même pas à parler des conditions de productions de certains de ces vêtements, sinon c’est une thèse que je vais devoir rédiger) donc c’est légèrement hypocrite comme discours tout ça…

Tout comme le discours sur la fourrure.

Ce qui se passe avec la fourrure, c’est qu’elle a ce côté visible qui nous fait réagir, et tant mieux.
Il faut commencer quelque part.

Donc voilà où je me situe. Je respecte les autres points de vue, que l’on soit pour ou contre la fourrure – et je respecte surtout qu’on se pose et qu’on me pose des questions.

Perso, je ne suis pas prête d’acheter une fourrure, mais je n’aurai pas l’hypocrisie de m’en féliciter, parce que je ne suis pas prête non plus de remplacer le cuir de mes chaussures et de mes sacs par du synthétique.

Je n’arrêterai pas demain d’acheter chez Zara, mais à mon niveau personnel, j’ai déjà commencé il y a longtemps á essayer d’acheter moins et à ne pas promouvoir le “tout nouveau, tout beau” sur ce blog à tort et à travers.
Oui on parle de mode, mais surtout de stylisme, de pièces classiques qu’on garde pendant des décennies.

Pour moi, c’est ça la belle mode : c’est le style. Le style, c’est intemporel.
Et c’est là le rôle crucial qu’a à jouer l’industrie du luxe.

J’essaye d’évoluer, de commencer à vraiment réfléchir et j’espère qu’on pourra continuer cette conversation sur la mode et aussi sur le développement durable, tous ensemble et dans le respect, parce qu’il n’y aura pas d’avenir du style, de la beauté et de la mode sans de belles personnes qui se posent des questions…